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Au camp des gardes communaux à Boufarik Le sort pitoyable des sauveurs de la République



Au camp des gardes communaux à Boufarik                                    Le sort pitoyable des sauveurs de la République
Depuis l'échec de leur deuxième tentative de marche sur Alger, ils n'ont pas quitté ce lieu où le minimum de conditions d'hygiène est absent. Ils sont plus de 20 000, cantonnés ici en attendant de lancer l''offensive'' sur Alger.
'Le camp de la dignité des refugiés de la garde communale." Cet écriteau barre une banderole accrochée à un grillage qui cerne le champ en jachère où les gardes communaux ont élu domicile depuis le 19 juillet, à la lisière de l'autoroute. C'est à Boufarik, à quelques centaines de mètres du marché de gros de cette ville. À côté de la banderole, un grand drapeau national est aussi fixé comme pour témoigner du grand patriotisme qui anime ces combattants qui, au mépris de leur vie et de celle des leurs, ont pris les armes pour sauver la République des griffes des GIA. Partout dans le camp, des drapeaux flottaient. Des huttes de fortune faites avec des roseaux, des cartons ou des draps sont implantées au pied de la haie d'arbres qui délimite le champ. À l'intérieur, des gardes communaux, débraillés et mal fagotés, s'y allongent. Certains dorment à même le sol pendant que d'autres, réunis à l'ombre des arbres, tuent le temps en échangeant un brin de causette. Des monceaux de détritus brûlés parsèment le champ. Les traits tirés, ces sauveurs de la République sont très éprouvés par cette épreuve même si, dans leurs yeux, se lit une rare détermination. Depuis l'échec de leur deuxième tentative de marche sur Alger, ils n'ont pas quitté ce lieu où le minimum de conditions d'hygiène est absent. Ils sont plus de 20 000, cantonnés ici en attendant de lancer l''offensive'' sur Alger. Ils font leurs besoins en pleine nature et prennent leur bain dans un grand bassin qui leur a été concédé par un agriculteur.
La bouderie des officiels et du CRA dénoncée
C'est dans une petite bicoque qu'ils préparent leurs repas. Avec les dons de citoyens et leurs cotisations, ils réussissent à se procurer des vivres. 'À part le peuple, personne ne nous vient en aide", s'offusque Lahlou Aliouat, porte-parole des gardes communaux, qui dit tout le mal qu'il pense du Croissant-Rouge algérien (CRA) qui n'a pas daigné, tout au long de leur séjour dans ce camp, venir leur rendre visite. Supportant mal le jeûne et la chaleur, beaucoup de gardes communaux sont tombés malades. 'Le premier jour du Ramadhan, on a évacué 80 des nôtres à l'hôpital grâce à une ambulance de la Protection civile. Maintenant, chaque jour, nous évacuons deux éléments pour recevoir des soins", déplore M. Aliouat.
Les gens du CRA ne sont pas les seuls à bouder ces laissés-pour-compte. Les autorités observent la même attitude méprisante. Ni la Présidence, ni l'ANP, ni le ministère de l'Intérieur, ni le wali, ni le chef de daïra, ni même le maire de Boufarik n'ont jugé utile d'envoyer un émissaire s'enquérir des conditions de séjour des gardes communaux frondeurs. Le soutien moral, les gardes communaux l'ont trouvé, disent-ils, auprès de la Ligue des droits de l'Homme, d'une organisation d'avocats, du RCD et du FNA.
Des pressions pour casser le mouvement
Comme si leur abandon ne suffisait pas, les autorités multiplient les pressions sur les gardes communaux pour casser leur mouvement qui s'est inscrit dans la durée. Selon un agent de la garde communale de M'sila, le propriétaire du champ converti en camp a été approché par certaines parties lui enjoignant de labourer son champ et d'en chasser les intrus. 'Il a refusé d'obtempérer. Mieux, il nous a fait don de 170 plats", souligne notre garde communal, très reconnaissant. Celui qui a mis à la disposition des gardes communaux un bassin et un puits a fait l'objet du même 'chantage", sans pour autant y céder.
D'autre part, plusieurs gardes communaux ont été suspendus de leur travail. 'Nous n'avons pas un chiffre définitif mais plus de 1 000 agents ont été suspendus dans 4 wilayas", déplore M. Chouaïb, coordinateur national des gardes communaux. 'Ils feront tout ce qu'ils voudront, nous n'allons pas courber l'échine. Pendant les années de braise, nous avons fait face aux terroristes. Ce ne sont pas les pressions de l'Intérieur qui auront raison de notre détermination. S'ils croient nous affaiblir avec ces pressions, ils se trompent. Au contraire, le mouvement est en train de s'élargir et surtout de se durcir", lance M. Aliouat.
Préparatifs pour une marche historique vers la capitale
Signe de la détermination des gardes communaux à aller jusqu'au bout, ils n'ont toujours pas renoncé à l'idée de lancer un nouvel assaut sur Alger. 'Il n'y aura pas de marche ce jeudi, même si le principe d'une telle action est retenu. Nous sommes en train de mener une réflexion pour une meilleure organisation de notre prochaine action. Ce sera une marche grandiose et historique. Notre objectif est de mobiliser 60 000 éléments pour dépasser le chiffre de 45 000 de la première marche", assure M. Aliouat. 'Qu'ils fassent ce qu'ils veulent, un jour on sera à Alger", lance un garde communal. 'C'est en toute conscience qu'on a décidé de ne pas se précipiter. On leur donne tout le temps de régler le problème mais surtout, nous voulons prendre l'opinion publique à témoin. Ils seront les responsables de ce qui adviendrait", reprend M. Aliouat.
L'idée de la dissolution de leur corps par le chef de l'Etat n'effraie pas les camarades de M. Chouaïb. Bien au contraire. 'Il est président de la République, on ne peut pas s'opposer à sa décision pour peu que nos droits soient préservés. Je refuse de m'immiscer dans le travail des institutions", souligne M. Aliouat qui dit ne pas apprécier qu'une telle information soit fuitée dans la presse et non pas rendue publique à travers un communiqué officiel.
Quelle solution donc à ce problème qui a trop duré et surtout terni l'image de l'Algérie ' Les gardes communaux ne jurent que par 'un statut de dignité". 'Nous sommes exploités, nous voulons un statut de dignité", lance M. Aliouat.
A. C.
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