L’Intersyndicale accule le Gouvernement
La grève à laquelle l’Intersyndicale a appelé, avant-hier, aura été une réussite retentissante. Le taux de suivi a atteint les 100% dans certains secteurs qui étaient totalement paralysés, à l’exemple de l’administration, des collectivités locales.
C’est, en tous cas, le point de vue de Mohamed Mallaoui du SNAPAP qui n’a pas caché sa satisfaction devant l’importance de l’écho reçu par l’appel des douze organisations autonomes qui constituent l’Intersyndicale. Forte du succès de sa journée d’action de mardi, l’Intersyndicale entend pousser l’avantage plus loin en menaçant de «remettre ça» le mois prochain. La date de la prochaine grève n’est pas encore arrêtée, en attendant la réunion de l’intersyndicale ; mais le Gouvernement est, d’ores et déjà, averti. Averti au sens où Belkhadem ne peut pas faire comme si de rien ne s’était passé. Car la mobilisation de mardi est porteuse d’un message trop clair pour ne pas être décodé par qui de droit, à savoir le ras-le-bol des fonctionnaires algériens qui assistent impuissants à la dégradation quotidienne de leur pouvoir d’achat et devenant, du coup, «des sinistrés du système». Le gouvernement est, aujourd’hui, dans l’obligation d’apporter des réponses immédiates et concrètes aux revendications exprimées par les représentants des travailleurs. Ces réponses passent, d’abord, par l’entrée en vigueur des augmentations accordées en septembre dernier, dans le cadre de l’accord entre le Gouvernement et l’UGTA. Pourquoi ces augmentations ne figuraient-elles pas sur la fiche de paie du mois de janvier? La mise en œuvre des décrets d’application, est-elle une opération compliquée à ce point? Encore une fois, donc, l’administration, empêtrée dans ses habitudes, porte une part de responsabilité dans la montée de la mayonnaise sociale. S’agissant, aussi, des statuts particuliers sur lesquels les fonctionnaires fondent beaucoup d’espoirs, on ne peut comprendre qu’ils ne soient pas encore prêts, sachant qu’il s’agit, en fait, d’une vieille lune que les chefs de gouvernement successifs brandissaient comme des fromages depuis une décennie. Pour ne prendre que le statut particulier dans le secteur de l’Education, son existence remonte à l’époque où Slimane Cheikh avait fait un passage éclair au ministère de tutelle. D’où la question de se demander s’il y a vraiment une volonté politique de faire aboutir, en espèces sonnantes et trébuchantes, les dispositions des statuts particuliers. En plus de l’obligation de réponse, le Gouvernement doit aussi revenir à l’évidence sur l’urgence d’un dialogue social. En effet, sauf à courir le risque de contribuer au pourrissement, il ne peut plus faire l’impasse sur les syndicats autonomes, lesquels ont encore montré, mardi dernier, qu’ils ont de l’ancrage parmi les fonctionnaires. L’UGTA de Sidi Saïd qui a, peut-être, ses adhérents, n’a pas le monopole de la représentativité syndicale. Belkhadem, en sa qualité de chef de Gouvernement, et qui a, d’ailleurs, réitéré sa disponibilité au dialogue, doit accepter de discuter avec tout le monde, en partant du principe qu’on ne choisit pas ses interlocuteurs. Il est vrai que tous les chefs de Gouvernement préfèrent avoir en face d’eux le débonnaire Sidi Saïd, l’homme du syndicat maison, plus accessible aux compromis syndicaux pour des dividendes politiques personnels. En somme, le Gouvernement qui est assis, aujourd’hui, sur une poudrière, qui fait qu’il est en sursis permanent, doit faire preuve de deux vertus: écouter et discuter avec tout le monde, dans l’espoir de dégoupiller la crise sociale qui prend les allures d’un gros nuage pouvant perturber la météo politique d’une année 2008 qui s’annonce décisive.
H. Senouci
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com