Al-Qaïda au Maghreb revient aux pratiques du GSPC
L’irruption d’Al-Qaïda en Algérie par le biais du GSPC s’est voulue fracassante à travers un genre d’attentats qu’aucune organisation parmi celles qui ont sévi en Algérie n’a osé: les attentats-suicides et à l’explosif sur la voie publique et contre les institutions de l’Etat. Les funestes crimes du 11 avril de l’an dernier à Alger par lesquels elle a inauguré son implantation dans le pays, et surtout du fait qu’ils ont été suivis d’autres du même type, ont jalonné l’actualité sécuritaire dans une hantise renouant avec la psychose des années 1990 marquées par la spirale sanguinaire du GIA. Mais, progressivement, la lutte antiterroriste, elle-même surprise dans un premier temps par ce type d’attentats, a pu se doter de moyens et de mécanismes à même de s’adapter à la nouvelle conjoncture jusqu’à parvenir à prévenir les initiatives criminelles et les mettre en échec. Depuis la fin de janvier dernier, aucun attentat-suicide ou au véhicule piégé n’a pu se produire. Personne n’aurait parié, la fin de l’année dernière, qu’Al-Qaïda au Maghreb pourrait rester près de quatre mois sans organiser un attentat de ce genre. Aujourd’hui, le fait est là: le terrorisme, contrairement à ses prétentions de pouvoir se permettre ce qu’il voulait quand il voulait, s’est révélé n’être en mesure de commettre ses crimes que par traîtrise dans les espaces où ses pairs qui l’ont précédé dans la même voie n’ont pas osé y aller et par les moyens auxquels ils se sont interdits de recourir.
Cependant, si, jusqu’à présent et depuis la fin de janvier dernier, le genre d’attentats propres à Al-Qaïda n’ont pu être reproduits, cela ne signifie pas que les tueries de l’ex-GSPC, à la manière qui les a développées depuis sa création, ont cessé. Elles sont seulement moins médiatisées et «médiatisables» par rapport aux attentats-suicides. La focalisation des médias sur ces derniers a fait que les attentats «habituels» sont passés au second plan. Mais, dans les faits, ils ont tendance, ces dernières semaines, à se multiplier et parfois dans des régions inattendues. C’est ainsi que, par exemple, la ville de Constantine et ses environs immédiats, qui n’ont connu en tout et pour tout que quatre actes terroristes durant toute l’année 2007, vient d’en enregistrer le même nombre cette l’année, et seulement depuis le début avril dernier. Et, il est important de noter que la même ville n’avait précédemment connu aucun attentat depuis 2002. Il en est de même pour la wilaya de Médéa, notamment sa région sud-ouest (Djebel El-Louh), où, coup sur coup, plusieurs actes terroristes contre des gardes communaux et des militaires ont été enregistrés cette dernière période par rapport aux manifestations plutôt sporadiques des années précédentes. A cela, il faudrait ajouter une certaine agitation observée cette année dans la wilaya de Tlemcen où se sont multipliés des ratissages à la recherche de groupes terroristes dont des traces ont été repérées ou, encore, ces tentatives de certains groupes de reprendre pied dans certaines régions de la wilaya de Jijel. Aussi faudrait-il noter qu’en désespoir de cause d’exécuter son plan pour lequel elle s’est implantée dans le pays, à savoir la planification d’attentats visant un maximum de dégâts et de destructions contre les symboles de l’Etat, Al-Qaïda au Maghreb est en train de renouer avec les anciennes pratiques bassement criminelles du GSPC, incluant même des faux barrages pour délester les simples usagers de la route des moindres biens portés sur eux et où un militaire permissionnaire, sans arme et en tenue civile, risque de passer à la lame s’il est repéré.
Mis à part la situation très embrouillée qui règne en Irak, à travers le reste du monde, les attentats d’Al-Qaïda ou de l’une de ses branches se sont distingués par leur espacement dans le temps et ont visé des cibles très précises. Aussi condamnables qu’ils soient, ils ont néanmoins toujours porté une «signature» et un «message» par lesquels l’organisation terroriste tenait à se faire percevoir comme portant un projet et visant un objectif même si elle est la seule à en être convaincue. En Algérie, en renouant avec les pratiques du GSPC, elle est en train de montrer qu’elle n’a ni projet ni objectif, si ce n’est de la pure criminalité pompeusement enrobée d’un message pseudo-religieux.
Mohamed Issami
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com