Alger - Revue de Presse

Analyse du jeudi



De la lutte antiterroriste après le 11 décembre Les plus hautes autorités en charge de la situation sécuritaire dans le pays, en l’occurrence le ministre de l’Intérieur et le Directeur général de la Sûreté nationale, se sont relayées, après les attentats suicides du 11 décembre dernier à Alger, pour mettre à l’index un relâchement dans la vigilance de la part de la police. Un relâchement qui aurait été mis à profit par l’ex-GSPC pour commettre ses ignobles crimes. Mais, selon les informations rapportées par la presse nationale sur les mesures prises, l’on constate que c’est de toute une réorganisation du dispositif sécuritaire de la capitale qu’il s’agit et non pas seulement d’une défaillance humaine. Tout en croisant les doigts, il est à parier que les nouvelles dispositions qui ont commencé par être mises en application, ces derniers jours (désignation de nouveaux responsables, reconsidération des moyens et des points de contrôle, leurs multiplications, etc.), seront, tôt ou tard, prises en défaut et surprises par un nouvel attentat. Le terrorisme fera tout pour s’adapter à la nouvelle organisation comme il s’est adapté aux précédentes et finira par faire parler de nouveau de lui. Ce ne sera plus un problème de vigilance ou une faiblesse dans le dispositif qui sera en cause et pourrait être évoqué. La lutte antiterroriste ne devrait pas se réduire à un «simple» jeu du «gendarme et du voleur» ou même perçu, comme le font certains, comme un volet de la «grande criminalité». La complexité de la stratégie à adopter pour concevoir une lutte efficace contre le terrorisme réside, depuis le début des années 1990, dans le fait que l’Algérie est confrontée à une situation qui n’a pas de précédent dans l’histoire de l’humanité ; en ce sens que ce terrorisme n’a rien à voir avec toute forme de «gangstérisme» (même s’il en adopte parfois des méthodes) ou tout autre opération armée. La raison est qu’il dispose de soubassements théoriques sans cesse «enrichis» par des idéologues et des doctrinaires qui, eux-mêmes, se complètent, se renouvellent et se succèdent indéfiniment. Il est mû par des motivations internes qui prêtent à faire sourire, par leur fantaisie et leur absurdité, l’homme doué de bon sens, mais qui constituent pour lui un gisement inépuisable des justifications de sa raison d’être et d’agir. Le terrorisme vise un objectif suprême. Pour l’atteindre, il est prêt à tous les sacrifices, à commencer par ses chefs, autour d’eux et, bien sûr, parmi ses «ennemis». Rien n’est assez cher pour atteindre cet objectif. Ces différentes raisons, parmi d’autres, font de lui un «phénomène» entièrement nouveau par rapport à l’expérience humaine des différentes institutions de maintien de l’ordre public en Algérie, d’autant plus que le pays n’a aucune chance de s’inspirer d’exemples à travers le monde pour renforcer sa stratégie. Bien au contraire, en tant que précurseur, c’est de son expérience que le reste du monde est en train de s’inspirer depuis qu’il a été enfin compris qu’il ne s’agit pas d’un problème algéro-algérien, mais de plus en plus planétaire. Et au même moment, ce terrorisme qui sévit en Algérie a tout le loisir d’appendre et d’échanger avec ses alter ego dans certains pays comment prendre en défaut toutes les stratégies mises en place çà et là. Face à cette situation, focaliser sur des éventuelles «défaillances» de la lutte antiterroriste pour expliquer un acte spectaculaire du terrorisme, c’est se condamner à se répéter à chaque nouvel attentat du même calibre. D’autant plus que sur un plan strictement policier, il est connu de par le monde qu’une stratégie donnée est étudiée en fonction du danger vécu, et échelonnée en niveaux qu’il s’agit d’élever en fonction de sa densité. Et à partir de là, le dispositif ne peut pas aller plus loin et atteindra les limites de ce qui est de son ressort. C’est dire qu’en Algérie, la lutte antiterroriste, telle qu’elle a été menée et continue de l’être, ne pourra pas aller au-delà de ce qu’elle a donné jusqu’à présent. Il est temps d’en prendre conscience et de libérer les énergies patriotiques au sein et en dehors des institutions de l’Etat et dont le pays ne peut en faire l’économie tout en croyant qu’il fait tout pour se préserver du terrorisme qui ne baisse pas les bras et ne désespère pas d’être plus féroce. Cette résolution, si elle n’a pas été prise à différentes «étapes» qu’a connues le terrorisme, aurait dû être adoptée, au plus, à la suite de l’affiliation officielle du GSPC à Al-Qaïda et avec lui les autres organisations dissidentes du GIA qui l’avaient précédemment rallié. Continuer à «penser» le terrorisme d’aujourd’hui comme une simple continuité de celui d’hier, c’est se condamner à ne jamais en venir à bout. Mohamed Issami
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