Alger - Revue de Presse

Analyse du jeudi



Un «repenti» pas comme les autres Depuis sa reddition, le 2 juillet dernier, Abdelkader Benmessaoud dit Abou Mos’âb Abou Daoud, que certains journaux ont présenté comme l’«émir de la zone IX» (Sahara) de l’ex-GSPC, a défrayé la chronique avec ses propos sur les frictions internes de l’organisation terroriste, conséquentes à son adhésion à Al-Qaïda qui, selon lui, n’a pas fait l’objet d’un consensus. S’il s’agissait d’accorder un crédit à ses affirmations, l’ex-GSPC serait en train de vivre une crise interne qui pourrait l’imploser. Mais, à part la confirmation du «litige» opposant l’ancien «émir» de la zone IX (Sahara), Mokhtar Belmokhtar, à l’«émir national», Abdelmalek Droukdel (Abou Mos’âb Abdelouadoud), qui n’est plus un secret pour personne depuis plusieurs mois, il n’a rien apporté de nouveau. Selon toute vraisemblance, le seul intérêt que pourrait présenter ce Benmessaoud serait des renseignements utiles sur le plan opérationnel pour la lutte antiterroriste. Pour tout le reste, il ne semble faire que du cinéma, pour ne pas dire qu’il est en train de tenter de tromper l’opinion publique sur la «décision unilatérale» de la direction du GSPC pour son affiliation. Car pour la fronde interne que celle-ci est supposée avoir soulevée au sein de la base de l’organisation terroriste, force est de constater que depuis sept mois (date du remplacement officiel du GSPC par Al-Qaïda au Maghreb, avec changement de dénomination de l’organisation le 24 janvier 2007) et même depuis bientôt une année (date de l’allégeance du GSPC à Al-Qaïda, le 11 septembre 2006), mis à part la propre reddition de cet «émir», aucun autre dirigeant de quelque niveau que ce soit n’a réagi pour cette raison. Même le «désaccord» entre Belmokhtar et Droukdel n’a pas pour objet l’assujettissement à Al-Qaïda, mais pour décider qui des deux serait le plus qualifié pour la représenter au niveau maghrébin. La réalité est que l’ex-GSPC est resté tous ces derniers mois égal à lui-même avec de spectaculaires actes criminels en prime, et rien ne laisse présager un prochain reflux de sa nuisance si ce n’est par l’offensive la plus déterminée et à toute épreuve des forces de sécurité. Mais les moyens gigantesques mis massivement en mouvement de manière ponctuelle, comme ce fut le cas au long de l’année en cours, en complément de l’action quotidienne, parviennent tout juste à clouer temporairement ses manifestations sanguinaires qu’il a la possibilité de décupler par des coups médiatiques. Le gros des hordes toujours actives a capitalisé une moyenne de plus d’une décennie de maquis qui a fait qu’elles n’ont plus rien d’êtres humains avec une morale telle que l’entend la société. Elles fonctionnent selon une logique dont la dynamique ne peut être maintenue que si elle est régulièrement nourrie de prétextes toujours renouvelés pour que sa radicalité ne souffre du moindre fléchissement. C’est cette logique qu’il s’agit de cerner de très près pour trouver les moyens appropriés pour la contrer. Les moyens de la force publique et de la loi restent incontournables pour lutter contre le terrorisme, mais il arrive un moment où ils atteignent leurs limites. Et cette limite a été atteinte, il y a déjà longtemps en Algérie. C’est ce qui fait que même si les instruments mis en action se sont améliorés, d’année en année, et même parfois perfectionnés, si les méthodes et les hommes ont pu immanquablement s’adapter à toutes les conjonctures, il reste que le terrorisme est toujours là, avec près de deux décennies d’existence. Les efforts d’un Benmessaoud pour brouiller la situation, en affirmant qu’une poignée de terroristes autour de Droukdel tient en otage toute une organisation constituée de plusieurs dizaines de groupes et des centaines de terroristes, souvent isolés les uns des autres mais qui marchent d’un même pas et agissent dans la même voie, ne semblent pas traduire les faits comme ils se prêtent à l’observation. A titre d’exemple, le Sud du pays dont il a été l’«émir» (si toutefois cela est vrai), en remplacement de Mokhtar Belmokhtar en rupture de ban avec l’«émir national» (et non avec le GSPC, ni même Al-Qaïda), est vital pour l’organisation terroriste du fait des filières de la contrebande et des réseaux de trafics frontaliers. Et comme il se dit, à moins qu’il soit rapidement neutralisé, Yahia Djouadi alias Abou Ammar (l’ex-«émir» du GSC qui a rallié le GSPC en 2002) en a désormais la charge, il risque de redevenir un nid de guêpes plus qu’il ne l’a jamais été. Car ce Djouadi n’est pas un contrebandier mais un tueur. Les trafiquants, il pourra en recruter treize à la douzaine. C’est seulement une question d’argent. El l’argent, l’ex-GSPC sait où le trouver. Même en dehors du pays.
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