Alger - Revue de Presse

Aller à Genève, mais pas à n'importe quel prix



L'adhésion de l'Algérie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et les moyens d'accélérer cette adhésion seront au menu des entretiens du commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, avec les officiels algériens lundi à Alger. Le Monsieur Commerce de l'UE devra en fait approfondir avec les responsables algériens la problématique d'une adhésion à l'OMC qui, de l'avis de nombreux experts, tarde à se conclure. Plusieurs facteurs, notamment politiques, font que l'Algérie, contrairement à d'autres pays émergents, «traîne le pas» dans ces négociations avec l'organisation. Bien sûr, officiellement, l'Algérie, par la voix du ministre du Commerce, s'est défendue contre une telle éventualité. N'empêche, beaucoup se posent des questions sur cette extrême lenteur qui caractérise les négociations de l'Algérie pour son accession à l'OMC. Des sources proches du commissaire européen au Commerce ont souligné que sa visite en Algérie obéit principalement à l'objectif de «pousser Alger à faire un effort» dans le processus de négociations avec l'OMC. Bruxelles, après son accord d'association avec Alger, s'était engagée à accompagner et soutenir la demande d'adhésion algérienne. Sans pour autant concrétiser cette démarche. Selon le commissaire européen, qui a salué la reprise du dialogue et les récents progrès sur la première priorité commerciale de l'Algérie, à savoir son adhésion à l'OMC, «il reste encore du chemin à parcourir et j'invite l'Algérie à redoubler d'efforts pour atteindre cet objectif». Bien sûr, ce soutien n'est pas «gratuit», ni politiquement, ni sur le plan des relations commerciales et économiques entre Bruxelles et Alger. Car si l'Algérie est accusée de traîner le pas dans le processus d'adhésion à l'OMC, c'est qu'il y a de bonnes raisons, estiment des experts. Il y a d'abord cette revendication de l'OMC, appuyée en «catimini» par Bruxelles, de mettre dans le panier des négociations le volet énergétique. Une demande qui, pourtant, n'a pas été faite lorsque Ryadh et Caracas avaient négocié et accédé à l'organisation, dont le siège est à Genève, en Suisse. Il est pour le moins paradoxal de demander à un pays producteur de pétrole de prendre en compte dans son agenda le secteur de l'énergie et d'indexer ses prix sur ceux du marché, et oublier de le demander à d'autres pays qui ont adhéré si facilement à l'une des trois institutions de Bretton Woods (avec le FMI et la Banque mondiale). Ensuite, il y a le secteur des services, dont certains segments restent encore sensibles pour l'économie algérienne, elle-même, il faut le reconnaître, pas encore prête à pénétrer les grands marchés commerciaux internationaux. Et puis, il reste le gros morceau, celui des banques et du marché financier. La position de certains pays faisant partie du panel de l'OMC à ce niveau est que le marché bancaire algérien reste encore perfectible et pas tout à fait «strong» pour entrer dans les grandes places bancaires mondiales, alors que le grand reproche fait à l'Algérie réside dans la structure de passation des marchés. Or, à ce niveau des négociations, il y a cette nécessaire transparence que l'économie algérienne se doit de refléter pour mettre à l'aise ses partenaires. C'est en fait ce niveau des discussions que devront aborder les responsables algériens avec le commissaire européen au Commerce. Car si l'Algérie est pressée par l'UE d'aller vite à un accord «à l'emporte-pièce» avec l'OMC qui ne garantit pas sa «sécurité économique et commerciale», pourquoi dans ce cas-là «hâter le pas» ? A Alger, il y a toujours cette hantise de l'inconnu et, surtout, de regarder peut-être là où il ne le faut pas lorsqu'il faut y aller franchement. Même à Genève, «why not», mais pas à n'importe quel prix.
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