L'agitation sociale, invité surprise de la tripartite de jeudi (Ph. DK News)La tripartite a changé de contenu. Celle qui doit réunir jeudi le gouvernement, le patronat public et privé et les syndicats de travailleurs, ne devrait guère ressembler aux rencontres traditionnelles. Ce n'est plus une réunion restreinte, où on négocie pied à pied des facilités à accorder aux entreprises et des concessions à faire aux travailleurs. Elle a évolué par petites touches, pour se transformer en un forum économique ouvert à une large participation, durant lequel le gouvernement, fort de l'aisance financière du pays, peut faire preuve de largesses. En revanche, la rencontre n'aura pas l'aspect contraignant, qui mettait traditionnellement le gouvernement sous pression, en raison de demandes précises des syndicats de patrons et de travailleurs.
M. Abdelmalek Sellal a délibérément poussé à ce changement, pour bien placer la rencontre dans la perspective de l'élection présidentielle d'avril 2014. Il a pris une série d'initiatives à cet effet. Prenant les devants, il a accordé au patronat et aux syndicats de travailleurs ce qu'ils attendaient bien avant la tripartite. Au profit du patronat, il a inscrit une série de mesures dans le projet de loi de finances 2014, ce qui a permis au ministre des finances de souligner que l'Etat maintient tous les dispositifs antérieurs, et les renforce par de nouvelles initiatives destinées à alléger la pression fiscale et les contraintes administratives.
En direction des travailleurs, le projet de lois de finances maintient tous les transferts sociaux et toutes les subventions, malgré les critiques de milieux spécialisés et des organisations patronales, qui mettent en doute l'efficacité de ces mesures.
Tripartite strictement économique
Le terrain ainsi déblayé, le gouvernement a agi dans deux directions différentes. Il a convaincu ses interlocuteurs de consacrer la tripartite au seul aspect économique, avec deux priorités, en promettant la tenue d'un autre sommet social avant la fin de l'année. Pour le gouvernement, il s'agit de parler croissance et maîtrise des importations. Il veut à tout prix trouver des solutions pour relancer l'industrie algérienne, qui a chuté pour passer le seuil de cinq pour cent du PIB. Dans le même temps, le gouvernement est hanté par l'explosion des importations, qui risquent d'atteindre les 60 milliards de dollars cette année. Pour la première fois depuis une décennie, la balance des paiements de l'Algérie risque d'être déficitaire.
En parallèle, le gouvernement a décidé d'élargir la participation à la tripartite. Des groupes de pression, des économistes renommés, d'autres proches du pouvoir, des cercles de réflexion ainsi que des syndicats autonomes et de nombreuses organisations patronales sont invités à la rencontre. Les partenaires traditionnels, le Forum des Chefs d'Entreprises (FCE) et l'UGTA, principal syndicat des travailleurs, vont se retrouver noyés dans la masse des participants. Nombre de chefs d'entreprises ont d'ailleurs exprimé leurs craintes de voir la tripartite se réduire à une simple parade, où chacun exposera ses points de vue, sans aller à des décisions précises. Ce qui va clairement dans le sens de ce que souhaite le gouvernement.
A la recherche d'un modus operandi
Le patronat, principal bénéficiaire des précédentes tripartites, risque quant à lui de perdre du terrain à cause de cette évolution. Dans un forum aussi large, il ne pourra exercer ses pressions traditionnelles sur le gouvernement. En outre, des divisions dans ses rangs risquent de le mettre en difficulté, d'autant plus que le FCE a refusé de rejoindre une « coordination patronale » créée la semaine dernière.
Pour la réunion de jeudi, le patronat avait l'intention d'insister d'abord sur le modus operandi en vue d'appliquer les décisions prises lors des anciennes tripartites. En effet, le patronat reconnait que le gouvernement a fait preuve d'une exceptionnelle bonne volonté, en répondant à presque toutes ses doléances. Toutefois,cette disponibilité de l'exécutif bute sur un problème central, l'application des mesures prises sur le terrain. En noyant la rencontre de jeudi dans un vaste débat avec de multiples partenaires, le gouvernement est assuré d'échapper à cette pression.
Seule inconnue au tableau, le front social est en train de s'enflammer de nouveau. Une grève « illimitée » a été lancée par un syndicat des enseignants, le CNAPEST, à la veille de la tripartite, ce qui peut, paradoxalement, renforcer les syndicats des travailleurs.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Aissa Bouziane
Source : www.maghrebemergent.info