Tout ou presque a été dit sur les taxis de la capitale. Ils sont tellement différents de leurs confrères à travers le monde, tellement «originaux» que la sémantique populaire a été leur chercher une appellation qui n'existe nulle part ailleurs : ils sont des «taxieurs». Depuis des décennies qu'on cherche à redonner à la capitale ce transport public individuel, on n'est jamais parvenu à le faire dans les termes que requiert ce service, souvent indicateur important de la qualité de la vie des grands espaces urbains.De longues années qu'on essaie, ou on fait semblant. En s'y prenant franchement mal, en restant dans la dérisoire velléité ou en «liquidant l'affaire» par acquit de conscience, les pouvoirs publics n'ont jamais réussi à le faire. Et aux habitants d'Alger ou ceux qui y séjournent occasionnellement de ruminer leur désillusion. Le client constate à chaque fois qu'on n'a même pas réussi le minimum qui aurait pourtant dû tenir du factuel : le taxi est un transport individuel par définition et par vocation, il n'y a qu'à Alger que c'est si compliqué pour qu'il en soit ainsi.
Il l'est pourtant légalement, c'est-à dire... théoriquement. Mais quand une loi ou une disposition réglementaire est enfreinte en permanence, tout le temps et partout, elle devient obsolète et c'est la pratique qui la remplace de fait... accompli. Quand on a lancé les «taxis collectifs», des Algériens particulièrement inspirés se sont même demandé à quoi ça allait servir, puisque tous les autres étaient aussi... collectifs, le «jumelage» étant tacitement consacré depuis toujours. Il n'y a pas que le caractère individuel du service de taxi qui aurait pu relever de l'évidence. Il y a tout le reste. Parce que les chauffeurs de taxi qui ont un seule... destination, ce n'est pas une vue de l'esprit. Une destination qu'ils choisissent selon ce qu'elle offre comme commodités par la fluidité de la circulation, comme «affinités» personnelles ou comme... sécurité, des pans entiers de la capitale étant «blacklistés», très souvent arbitrairement par ailleurs. Arrivent ensuite les prix. Souvent, le compteur servait de décor et il a fallu l'avènement des applications électroniques pour constater un léger mieux en la matière. Il n'est même plus besoin de parler du reste. L'état physique parfois catastrophique des véhicules, la musique ou le prêche selon le bon vouloir du «taxieur», la cigarette interdite par les non-fumeurs mais autorisée par les autres parce qu'il faut bien qu'ils en grillent une quand ils veulent et les couples sommés de rester à distance respectable l'un de l'autre. Alors, maintenant que les services de transport sont obligés d'imposer un protocole pour la reprise de l'activité à la faveur du déconfinement, on s'est presque surpris à rêver. Par bonheur, le dispositif implique ce qui devait être depuis toujours relever de la... normalité. Ce n'est donc pas une surprise que les taxis se rebiffent.
Ce ne sont pas les mesures de protection sanitaire qui les dérangent, ils veulent reprendre « leur » activité... pas devenir de vrais taxis. En commençant par exclure cette mesure dont ils disent qu'elle est «draconienne» : un seul voyageur dans le véhicule !
S. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.lesoirdalgerie.com