Alger - A la une

Activités culturelles



Activités culturelles
Ils sont jeunes, motivés, créatifs et rompus aux usages des nouvelles technologies. Tel est le profil des initiateurs des rencontres artistiques qui investissent de temps à autre notre espace public ces dernières années.Ces actions réinventent, à leur échelle, le vivre ensemble au-delà des barrières de tous ordres. Retour sur un phénomène salutaire qui redéfinit notre approche de l'action culturelle et injecte, même à dose homéopathique, de la vie dans nos villes. S'il est un spectacle dans nos villes, c'est assurément celui des agressions, des vols, des marchés illicites et autres gardiens de parking.Pense-t-on à un rassemblement dans nos rues ' C'est le plus souvent celui des supporters de foot survoltés, prêts à en découdre avec ceux d'en face ou encore celui des hordes de jeunes armés de couteaux, de haches et d'épées qui s'adonnent à la guerre des gangs entre quartiers. Le constat est unanime et les chiffres sont alarmants. D'aucuns s'interrogent : mais que fait la police ' Certes, elle fait ce qu'elle peut, mais il est regrettable de voir des agents de police venir empêcher la tenue de rares rencontres artistiques, pacifiques et citoyennes, comme ce fut le cas mercredi dernier.quatorze heures. Placette de la Grande Poste d'Alger. De jeunes garçons et filles (18-25 ans, voire plus jeunes) affluent vers un coin d'ombre pour savourer des ballades à la guitare et donner de la voix ou du rythme dans une douce communion. Ils sont une trentaine d'artistes en herbe bon chic bon genre, look premiers de la classe, munis d'instruments de musique, de crayons et d'appareils photo. Des armes prohibées et dangereuses au vu de l'intervention policière venue mettre fin à ce «rassemblement non autorisé». Bilel Mahsen, initiateur de la rencontre, étudiant en psychologie et musicien, affiche son incompréhension.En effet, comment expliquer l'interdiction d'une rencontre bon enfant entre amis (qui se chiffrent certes par dizaines grâce à Facebook) dont l'unique objectif est de partager ses talents avec le plus grand nombre ' Est-ce le rôle de la police de disperser les artistes ' Loin de se démonter, le groupe emprunte le bus vers le jardin Tifariti où se poursuivra ce bel après-midi estival entre musique, danse et arts plastiques. Les participants ont vite été rejoints par les usagers du jardin et les habitants du coin. «On a reçu beaucoup de témoignages de soutien, d'encouragements et de propositions pour nous aider à monter d'autres rencontres», témoigne Bilel qui pense déjà à la prochaine rencontre.Les dernières années on été marquées par la multiplication d'initiatives citoyennes, libres de toute tutelle, pour créer la communion autour d'activités culturelles ou autres, à l'image des nombreuses opérations de nettoyage des plages ou des quartiers. On pensera également aux mémorables Journées du «hayek» qui ont rencontré un succès appréciable auprès du public et des médias. Celles-ci ont d'ailleurs fait des émules avec une Journée de la robe kabyle, dont la deuxième édition est prévue le 9 août au Jardin d'Essai.«Faites place... !»Qu'elles soient autorisées ou non, qu'elles réunissent des centaines de participants ou les habitants d'un quartier, ces actions collectives ne manquent pas d'attirer l'intérêt des citoyens de divers horizons qui réapprennent à se rassembler, au-delà des préjugés. Abderrahmane Chaker, qui a animé la création collective d'une fresque à Raïs Hamidou (banlieue ouest d'Alger) se souvient : «Cette placette (où s'est tenu l'événement) était un lieu marqué par la délinquance et la toxicomanie. Avec cette fresque, on a réussi à réinvestir l'espace durant une journée pour une activité culturelle interactive.Certains des jeunes habitués de cet endroit qui sont très loin du monde artistique ont été séduits par cette initiative et sont venus nous prêter main forte. La réussite de l'événement tenait au fait d'inviter les gens à participer et non à les réduire au statut de simples spectateurs.» Il y a évidemment une dimension citoyenne dans ces actions. C'est aussi l'avis des membres du Collectif pour la liberté de l'action culturelle et citoyenne. Des initiales qui claquent (CLACC), une page facebook bien animée et une indécrottable volonté de travailler ensemble.Telle est la recette de ce collectif qui multiplie les actions depuis sa création en 2011. «Au départ, on est une bande de potes, se souvient Samir Nedjraoui, membre du collectif, certains étaient des artistes et d'autres pas du tout. On a décidé de faire revivre la rue algérienne qui est vraiment triste.» Résultat : des rencontres et spectacles de rue à Oran, Béjaïa et Alger dont le dernier, à la Grande Poste, a réuni pas moins de 200 participants avec de petits ateliers improvisés et ouverts à tous.Quand on l'interroge sur les objectifs à long terme du collectif, Samir répond malicieusement : «Notre objectif est de disparaître pour que les gens se réapproprient l'action.» En effet, le point commun de ces acteurs culturels d'un nouveau genre est de miser sur l'effet boule de neige loin de toute ambition personnelle. «Il y a une très belle métaphore de Nietzsche, qui parle de Sipo Matador, une plante grimpante avide de soleil qui arrive à traverser le plus épais des murs en se frayant un chemin tortueux jusqu'à la surface», conclut Anis Saïdoun, initiateur d'une mémorable séance de lecture publique au Jardin d'Essai. Dans la longue épopée vers la conquête de l'espace public, ces actions sont autant de petits pas culturels pour un grand pas citoyen.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)