C'est un Abdelaziz Belkhadem au comble de la colère qui a eu à animer, hier dimanche, au siège du Front de libération nationale à Hydra, une conférence de presse au ton musclé, au lendemain de la session houleuse du comité central : «Dorénavant, je n'accorderai plus de crédit à personne» ! Une menace qu'il adresse aussi bien à ses opposants que contre la presse.
Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - Pas du tout content des comptes-rendus de la presse nationale sur le déroulement des travaux du comité central du week-end dernier à l'hôtel Ryadh de Sidi-Fredj, il lancera à l'adresse des confrères : «Faites les commentaires que vous voulez !» Quant à ses contestataires, c'est simple : «Désormais, ils n'ont plus le droit de parler au nom du FLN. S'ils le font, ils répondront devant la justice». Belkhadem se considère «conforté dans (sa) fonction de secrétaire général par les membres du comité central», et il cite une motion de 250 membres. Pour Belkhadem, il n'y avait, vendredi dernier, qu'une dizaine de membres du CC qui demandaient son départ, le restant des membres le soutenant largement. Même le comité des sages ne trouve pas de grâce à ses yeux : «C'était ma proposition dès le départ. Et d'ailleurs, moi j'avais proposé à ce que ce comité soit présidé par Boualem Benhamouda (… ) Ils s'avéreront être partie prenante du conflit et je leur ai dit que je ne les reconnais plus en tant que sages.» Belkhadem relate les différentes rencontres qui l'ont regroupé avec ce comité, depuis la toute première rencontre avec Goudjil, le 3 mars dernier. Il en arrive à la toute dernière, tenue vendredi après-midi à l'hôtel Ryadh, dans une ultime tentative de débloquer la situation. «Mais nous sommes arrivés à une impasse parce qu'ils voulaient imposer leurs conditions. J'ai refusé car c'est moi qui suis en position de force et pas eux. Si j'ai accepté de les recevoir, c'est par respect à leur âge.» Cela, avant que Belkhadem ne s'englue dans une flagrante contradiction : elle concerne le vote de confiance, l'objet central du litige qui avait bloqué l'ouverture des travaux de la session du comité central. «Un membre du bureau politique avait attiré mon attention, la veille de cette session, et j'avoue que je ne m'en suis pas rendu compte au départ. Il s'agit de l'article 13 des statuts qui stipule que les membres du comité central délibèrent par vote à main levée.» Soit. Mais lorsqu'il abordera la question de nouveau, un peu plus tard, il affirmera, «qu'en guise de bonne foi, moi j'ai accepté le principe d'un vote de confiance et j'ai même préparé l'urne, les bulletins de vote et même que j'ai proposé la forme de la question de ce vote» ! Mais en place et lieu de tout cela, nous avons eu droit à un tout autre scénario.
Comment Belkhadem a préparé son assaut
«Ils (les contestataires, ndlr) ont pris la tribune de force. Moi je leur ai accordé jusqu'à 16h30 pour évacuer les lieux», dira encore Belkhadem qui, par ailleurs, dément formellement avoir contacté le moindre responsable de la sécurité pour faire intervenir la force publique. «Les services de sécurité ont d'autres missions » soutiendra-t-il. Or, selon une source très bien informée, Belkhadem a, dès la matinée de vendredi, contacté le directeur général de la Sûreté nationale. Ce dernier lui répondra que le lieu de la rencontre dépendait de la Gendarmerie nationale. Belkhadem contactera alors le général Ahmed Boustilla qui lui signifiera qu'il ne pouvait rien faire sans un ordre de sa tutelle. Contacté à son tour, Daho Ould Kablia lui demandera, dans un premier temps, de lui adresser une demande de réquisition avant de se rétracter pour lui signifier, enfin, que «la mission des services de sécurité se limitait au maintien de l'ordre sur la place publique, en dehors de l'hôtel. A l'intérieur de l'enceinte, par contre, c'est une affaire strictement partisane qui ne nous concerne pas». Déçu par ce refus, Belkhadem prétextera la prière du vendredi et donnera au comité des cinq qui négociait avec lui rendez-vous à 16h00 pour reprendre les discussions. «En réalité, nul ne sait où Belkhadem était allé entre 12h30 et 16h00», nous confiera notre source. «Mais ce qui est certain, c'est que ce n'était pas pour faire la prière, comme le prouve d'ailleurs l'accélération des événements en fin d'après-midi». Belkhadem a-t-il, pour tout résumer, contacté, directement ou indirectement, le président du parti, Abdelaziz Bouteflika ' «Le président est au courant de tout ce qui se passe au parti», dira Belkhadem en personne lors de sa conférence de presse. Y compris dans la journée du vendredi ' Ce qui est certain, deux faits : d'abord, l'accès à la salle des conférences de l'hôtel Ryadh, avec une facilité déconcertante, de pas moins de 200 éléments du service d'ordre du parti, en tout cas pas membres du comité central et qui prendront, par la force, possession de la tribune. Quelques minutes auparavant, les hauts cadres de l'Etat, membres du comité central du FLN qui étaient à l'intérieur, avaient été alertés que quelque chose allait se passer. Et ils quitteront d'ailleurs les lieux. Belkhadem voulait juste gagner la tribune et annoncer qu'il était en possession d'une motion le soutenant et signée par 221 membres. Une «motion» qui ne sera jamais rendue publique, toutefois. «Nous l'avons remise à l'huissier de justice», expliquera Belkhadem lors de sa conférence de presse. Sans préciser toutefois que l'huissier de justice en question, établi à Ouargla et non pas à Alger, est un membre du comité central du FLN, partisan de Belkhadem !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : K A
Source : www.lesoirdalgerie.com