Alger - Revue de Presse

1.001 livres et leur lecture



1.001 livres et leur lecture Ce sont, tout à la fois, des motifs pratiques, sociaux, intellectuels et affectifs qui président à notre rapport au livre et qui déterminent la fécondité ou non de sa lecture. Alors, le livre, est-il suffisant de seulement le produire ? Selon Madame la Ministre de la Culture, beaucoup de choses se sont réalisées dans son domaine durant l’année 2007, et d’autres, plus importantes encore, vont l’être au cours des années à venir: la volonté existe, l’argent aussi et la stratégie est déjà fixée dans ses grandes lignes. Pourquoi ne pas la croire: elle doit être au courant, mieux que n’importe quel autre observateur, de la situation globale en la matière? En tous les cas, ce que nous avons recensé, quantitativement, ici et là, sans nous donner suffisamment de quoi confirmer toute son évaluation, ne nous force pas à la contredire: il y a eu, indéniablement, une certaine avancée sur le plan culturel en l’année 2007, et nous voudrions tellement nous laisser tenter par l’optimisme qui l’habite, mais hélas! Dans ce qui a été fait, nul ne serait en droit de la tenir, elle, ou son seul ministère pour seuls responsables de ce que l’aspect qualitatif était souvent défectueux: car, à tout considérer, la culture, le savoir-faire dans le domaine ainsi que la mise en place d’un environnement qui en soit favorable est l’affaire de toute la société et de l’ensemble de ses gouvernants tous domaines confondus -ceux de la culture devant être bien sûr là au premier rang. De l’entretien qu’elle a accordé au quotidien de presse El Watan la semaine dernière, du chapitre sur les réalisations durant l’année 2007 précisément, nous avons retenu le nombre de livres devant être édités(ou déjà édités). Il y avait là le chiffre de 1.001 livres. 1.001, un nombre qui renvoie si magiquement au Merveilleux conte arabe que nous nous sommes demandés si Madame la responsable, animée par le désir de faire tant, ne faisait pas de cet objectif chiffré un rêve loin de la réalité, et qu’elle atteindrait, elle; ou si elle ne voulait pas, en le mentionnant de la sorte, dire tout simplement que c’est un rêve aujourd’hui que de pouvoir réaliser ce peu qu’est 1.001 livres, comme survivre, et survivre encore un jour de plus. 1.001 livres édités. Rien n’empêche d’y croire. Sauf qu’on fera la remarque, en passant, que 1.001 livres étant moins que ce que produit une seule maison d’édition importante en France (entre 1.200 et 1.500 titres pour l’Harmattan), pays qui en compte plus de 2.000, devancé par l’Angleterre et l’Allemagne (90.000 à 100.000 titres/an environ). En terme de produit, nous sommes donc dans le 1 pour 100 de ce que produisent nos voisins européens; c’est la même proportion, à peu près, que pour les autres domaines de production. En terme de chiffre donc, notre secteur éditorial n’est pas en retard par rapport aux autres dans le champ algérien, ou n’est pas plus en retard que les autres par rapport à ceux de l’Europe. Nous voilà situés. Arraché du tourbillon que susciterait en nous le rapprochement du chiffre (1.001) avec la fantasmagorie culturelle et de l’amertume que nous laisserait une comparaison concrète, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous questionner: Quels sont ces livres? Sont-ils parus tous ou seulement quelques-uns? Quels en sont les genres dominants, la langue dominante? Quels sont la consistance et l’intérêt du contenu de chacun? Répondre à toutes ses questions est l’affaire de chercheurs, pourrait-on nous dire. Certaines d’entre elles pourtant, comme pour les deux dernières, pourraient trouver réponse chez le simple lecteur, pourvu que celui-ci trouve ces livres et qu’il en lise dans certaines dispositions. Or force est de constater que les lieux où le livre est mis à la disposition du simple lecteur se réduisent (Madame la Ministre en projette la résurrection, tant mieux!) au fil des années. Ceux qui ont fait l’expérience de libraire nous disent qu’on n’achète pas assez le livre. Là aussi, ce que nous avons constaté ne permet pas de confirmer entièrement, mais pas suffisamment pour contester, ce qu’ils affirment. En tout cas, la question essentielle n’est pas là: la consommation d’un livre ne se limite pas, en dernière instance, en l’acquisition ou non de ce livre, voire même à sa «lecture» ou pas. Pour dire les choses autrement: bien qu’il faille d’abord l’avoir, ce livre, entre les mains et le porter entre les dents, la question est de savoir si on le mâche bien, et si, ce faisant, on a désir ou volonté de le digérer; et quel avantage en a-t-on, à la fin, tiré intellectuellement et affectivement. Cette métaphore construite avec les éléments de la table est pour suggérer que la question du livre va plus loin que sa simple disponibilité. Si le ministère de la Culture semble agir pour ce faire, il reste donc qu’il faille -et cela est la mission de plus d’une seule instance- cultiver chez l’Algérien l’amour du livre, le désir et la curiosité de le décrypter, la bonne manière de le lire, et d’exploiter la connaissance qu’il en tire. C’est là un maillon essentiel d’une boucle où se relaient et interagissent des éléments à la fois économique, pédagogique, pratique, intellectuels et affectifs: c’est par ce maillon que pourrait se générer le désir de lire encore plus et de produire du livre. Disons pour finir que, plus généralement, ce sont tout à la fois des motifs pratiques, sociaux, intellectuels et affectifs qui président à notre rapport au livre et qui déterminent la fécondité ou non de sa lecture. Alors, le livre, est-il suffisant de seulement le produire? Mohamed Sehaba
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