Adrar - Manuscrits et Khizanas (bibliothèques)

Manuscrits du Touat-Gourara : Tout un gisement menacé par les aléas du temps et par l’abandon.



Manuscrits du Touat-Gourara : Tout un gisement menacé par les aléas du temps et par l’abandon.
Cachées dans le dédale des vieux ksour du Touat, jalousement gardées par leurs propriétaires et les cheikhs de zaouïa, les Khizanas, ces armoires-bibliothèques traditionnelles, continuent d’attirer étudiants et chercheurs en quête d’un savoir consigné dans des manuscrits anciens, aujourd’hui menacés par les aléas du temps et la fragilité de l’environnement.
De la théologie aux mathématiques en passant par l’astronomie, la médecine, les lettres arabes et la poésie, ce sont autant de disciplines que traitent les manuscrits, parfois millénaires, du Touat et du Gourara, préservés dans ces bibliothèques et dont des familles de "Kaïms" (gérants) s’occupent génération après génération.
Dans le ksar de Tamentit (18 km au sud d’Adrar), la Khizana El Bekria, l’une des plus anciennes et des plus riches d’Algérie, reçoit régulièrement des doctorants et des chercheurs qui viennent consulter des écrits vieux de plusieurs siècles, jaunis et fragilisés par le temps qui passe.
Le gérant de cette Khizana, située dans un ksar bâti en béton, vieille de plus de 625 ans et qui renferme plus de 4000 manuscrits, originaux affirme-t-il à l’APS, s’inquiète des dégâts occasionnés par la manipulation des documents, «évitable, s’ils avaient été numérisés», dit-il. Abdelhamid Bekri, s’est vu obligé, avoue-t-il, de «retirer de la consultation publique plusieurs manuscrits fragilisés».
En l’absence de scanners adaptés et face au coût «élevé» des produits de conservation, ce gérant s’escrime à préserver ses manuscrits par le recours à des procédés rudimentaires. «Des herbes asceptisantes, du tissu et des armoires en verre : c’est tout ce qu’une khizana peut s’offrir», se lamente ce kaïm.
Plus loin dans la localité de Metarfa à Aougrout (80 km au nord d’Adrar - région du Gourara), une autre khizana, s’entête, comme pour narguer le temps, à offrir à la consultation sa modeste «collection» -quelques centaines de manuscrits, dont certains en lambeaux, enrichis de livres imprimés- dans un ksar en ruine, complètement isolé de «la civilisation»…
Fondé au 17e siècle par Mohamed El Aâlem Ben Abdelkebir El Metarfi, cette bibliothèque, gérée aujourd’hui par la famille Ben Abdelkebir, a contribué à la soutenance d’une vingtaine de thèses de magistère et de doctorat, a indiqué son Kaïm.
Se limitant à laisser le manuscrit dans sa bâtisse originelle en terre qui offre de meilleures conditions climatiques pour la préservation, pense-t-elle, cette famille, n’en déplore pas moins la perte de plusieurs manuscrits lors de l’effondrement d’une de ces bâtisses.
Metarfa a bien bénéficié d’une petite bibliothèque -unique initiative, assure-t-on, pour les manuscrits de cette localité, érigée en bordure de la route- mais qui reste inexploitée, parce que l’espace est jugé «inapproprié» par les Ben Abdelkebir.
Un patrimoine quasiment tombé en déshérence
La famille Ben Abdelkebir dit, par ailleurs, avoir eu «plusieurs promesses» de prise en charge par des institutions dont la Bibliothèque Nationale, restées «sans suites». Elle demeure, cependant, «ouverte à toute proposition à condition de conserver les manuscrits et de ne pas délocaliser la Khizana».
De fait, le chef-lieu de la wilaya d’Adrar s’est doté d’un Centre national des manuscrits (CNM), crée en 2006 et qui, à ce jour, «peine à établir des relations de confiance avec les propriétaires», avoue sa directrice Saliha Laâdjali.
Le centre dont la maigre collection comporte une cinquantaine de documents à peine, provenant de dons ou d’achats, est installé dans des locaux «inadéquats» et manque d’équipements et de matériaux nécessaires à la restauration.
Pour l’heure, Il ne propose qu’une «conservation préventive», et une numérisation des documents sans pouvoir offrir une protection légale ou un espace d’exposition ou de consultation, se désole sa directrice.
L’enclavement de la région, la détérioration du bâti traditionnel, lui-même, dans cette partie du sud-ouest algérien, ajoutés au manque de moyens de préservation, de restauration et de numérisation menacent sérieusement les manuscrits du Touat-Gourara, de l’aveu de tous.
Alors même que ce patrimoine, formé de manuscrits témoins de l’histoire de toute une région et écrits de la main d’érudits comme Aberrahmane Ethaâlbi ou son disciple Abdelkrim El Maghili, grande figure de la région du Touat-Gourara, est quasiment tombé en déshérence, il semble exposé à la convoitise de connaisseurs venus d’ailleurs.
Plusieurs familles de propriétaires de khizanas affirment, ainsi, avoir reçu des offres alléchantes de collectionneurs étrangers cherchant à acquérir frauduleusement des manuscrits du Touat-Gourara dont le volume total serait estimé entre 15 000 et 18 000 manuscrits, selon certaines sources.


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