Coincés dans leurs bases de vie depuis plusieurs semaines, ils attendent patiemment le moment de prendre le vol qui les ramènera près de leurs proches.Depuis le déclenchement du branle-bas de combat contre le coronavirus, des milliers de travailleurs de l'industrie pétrochimique sont bloqués sur leur lieu de travail dans le Sud algérien. Coincés dans leurs bases de vie depuis plusieurs semaines ? pour certains huit au lieu de quatre en temps normal ?, ils attendent patiemment le moment de prendre le vol qui les ramènera près de leurs proches en Algérie ou à l'étranger.
"De toutes les manières, nous n'avons pas le choix. Autant prendre son mal en patience. Je me dis que même si je suis loin de chez moi, de mes enfants, j'ai la chance de travailler, contrairement à tous ceux que le coronavirus a contraints au confinement", nous confie au téléphone, avec philosophie, Smaïl, directeur financier de TouatGaz, à partir de la base du groupement à Adrar, où il se trouve depuis bientôt cinq semaines. Fruit d'une joint-venture entre Sonatrach et l'anglais Neptune Energy, le Groupement TouatGaz (GTG) produit quotidiennement 12 millions de mètres cubes de gaz sec.
"Dès le 20 mars, une batterie de mesures de sécurité préventives a été prise par Sonatrach afin de faire face à la menace. Des dispositions strictes et rigoureuses qui ont permis de réduire les possibilités de propagation du virus", continue Smaïl, en citant, pêle-mêle, le confinement des travailleurs arrivants pendant 14 jours, l'interdiction d'entrée et de sortie de la base (sauf cas de ravitaillement d'urgence), stérilisation des bureaux, réaménagement des procédures de restauration (à midi, les travailleurs s'assoient du même côté de la table sans vis-à-vis et, le soir, le dîner est servi dans des barquettes pour être consommé dans les chambres), fermeture de la salle de sport mais aussi interdiction des contacts entre collègues, respect de la distance de sécurité et usage du gel hydroalcoolique. "Je vous avoue que j'ai eu peur les premiers jours, mais ces mesures ont contribué à me rassurer. Aujourd'hui, j'arrive même à calmer les collègues stressés", affirme, d'une voix enjouée, Tassadit, cadre de TouatGaz, en poste sur site depuis huit semaines mais sur le point de rallier Tizi Ouzou, sa wilaya de résidence. La jeune femme, qui s'inquiète pour son père de 73 ans, diabétique et hypertendu, préfère ainsi rentrer à la maison après deux mois d'absence.
"Il y a beaucoup de solidarité ici. C'est comme une seconde famille. Nous n'avons donc pas plus peur que tous les autres êtres humains de la planète", continue notre interlocutrice. À GTG, qui compte quelque 800 travailleurs dont une dizaine de femmes, le confinement n'a pas été décrété, à la fois pour raison de service, mais également grâce à l'efficacité des mesures de sécurité. "Nous pouvons faire du sport, parfois jouer au foot. Nous n'avons pas de contraintes particulières de ce côté-là", reprend Smaïl, qui ne cache toutefois pas son impatience de rentrer à Alger, retrouver sa femme et ses deux enfants. "Je les ai en vidéoconférence tous les jours. Ils comprennent le fait que je sois absent aussi longtemps, puisque eux-mêmes sont soumis aux désagréments du confinement", ajoute-t-il.
Mesures de prévention strictes
D'origine franco-algérienne, Houari prend également les choses avec beaucoup de philosophie.
Ce cadre de 43 ans, résidant à Toulouse, est à Adrar depuis près d'un mois et demi. "J'ai eu la possibilité de rentrer à la maison il y a quelques semaines, mais j'ai préféré rester parce qu'il faut bien que le travail se fasse", confie-t-il, en admettant avoir eu peur au départ avant que, les jours passant, ce sentiment ne se dissipe quelque peu grâce notamment à l'entente avec les collègues de travail.
D'ailleurs, Houari estime qu'en dépit de l'éloignement, les travailleurs du Sud sont peut-être plus fortunés que "vous, qui êtes confinés à la maison. Ici, nous pouvons circuler librement même si nous devons respecter scrupuleusement les dispositions de sécurité". Le natif d'Oran devrait retrouver sa maison et ses deux filles à Toulouse grâce à un vol programmé pour le 24 avril. "En principe, je devrais y rester entre cinq et six semaines avant de reprendre le travail", termine-t-il avec optimisme.
Pour autant, tout n'a pas été tranquille dans la base de vie de GTG, qui a connu des épisodes difficiles. Il y a eu cette jeune femme, confinée parce qu'elle venait de reprendre le travail après un congé, qui, n'arrivant pas à joindre sa mère malade, a perdu son sang-froid et "ameuté" la base de vie en pleine nuit. Renseignements pris, il s'est avéré que le téléphone du frère que la malheureuse tentait de joindre était en panne et que sa mère se portait bien. Il y a eu également ce jeune homme qui a été pris de panique parce qu'il ne pouvait pas rentrer chez lui retrouver son père malade.
"Nous avons eu des situations assez compliquées qu'il a fallu gérer. Cela a été difficile mais nous avons réussi à les surmonter", se rappellent Smaïl et Tassadit.
À 910 km d'Adrar, plus précisément à Hassi R'mel, Zoheir, 51 ans, inspecteur échafaudage dans une société d'engineering et de construction pétrochimique, dresse presque le même tableau. "Le travail de sensibilisation et les mesures de sécurité strictes m'ont rassuré. Je n'avais pas spécialement peur", affirme Zoheir qui, contrairement à ses confrères d'Adrar, se trouve actuellement en congé à Oran. Il cite la prise de la température des travailleurs, matin et soir, à chaque entrée au chantier et aux bureaux, le réaménagement de la restauration, le marquage des distances de sécurité sur le sol, l'interdiction des attroupements dans le coffee-shop, des réunions de sensibilisation au Covid-19, comme autant de dispositions qui sont scrupuleusement observées à titre préventif par les travailleurs de sa société. "Grâce à Dieu, aucun cas n'a été enregistré jusqu'ici", se félicite-t-il encore, en espérant un rapide retour à la vide normale.
Samir Ould Ali
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir OULD ALI
Source : www.liberte-algerie.com