Adrar - Revue de Presse

L'économie du crime



Il faut bien se réveiller: l'Algérie n'est pas un simple pays de transit de la drogue, mais une destination et un marché. L'offre a fini par créer sa demande et celle-ci explose. Certains acteurs de la filière se disent qu'ils vont réaliser cette fameuse «substitution» à l'importation que l'Algérie n'arrive pas à faire dans l'économie. Ceux qui ont investi dans le médicament, sous la règle que les importateurs devaient se muer en producteurs, en savent quelque chose et cultivent une rancune tenace à l'égard d'un Etat qui les a séduits avant de les abandonner. Exit donc la substitution aux importations dans le secteur juteux du médicament... La substitution se fait ailleurs, là où l'on n'a pas besoin de l'appui formel de l'Etat. Pour la seconde fois au moins, on découvre que pour les trafiquants de drogue, la substitution aux importations n'est pas de la parlotte. La Gendarmerie nationale vient en effet de découvrir dans la région d'Adrar des plantations de cannabis et d'opium. 15 bons hectares plantés, une dizaine d'exploitations. On croirait presque parler d'agriculture et d'économie ! Le Maroc voisin donne des idées à ceux qui sont pressés de « frapper leur coup ». On plante comme là-bas et le transfert du savoir-faire, comme celui de la drogue tout court, se moque allègrement de la fermeture des frontières et de l'état plus que frigide des relations entre les deux Etats. C'est une tendance nouvelle qui semble avoir de l'avenir. On continuera à importer du Maroc, mais des « hommes d'affaires » locaux veulent prendre une part de marché. En définitive, seules les choses positives pâtissent du caractère exécrable des rapports bilatéraux. Les Marocains ne sont pas que des producteurs de haschisch, ils ont des banques très performantes, qui auraient pu intéresser les « guichets » d'Algérie qui ne savent toujours pas par où commencer. Si les frontières n'étaient pas closes et les échanges plus sérieux et si on le veut bien, cela aurait été une sacrée bonne émulation, profitable à tous. Mais comme on dit, les échanges entre l'Algérie et le Maroc sont inévitables et, en l'état actuel des choses, ils se font par les mauvais côtés. Chez nous, l'offre a fini par créer la demande et à la rendre extensible. Il y a quelques années, une enquête de la Forem sur la consommation de la drogue en milieu universitaire et scolaire avait jeté le trouble. Désormais, plus personne ne conteste que le phénomène ait pris de l'ampleur et qu'une « économie de la drogue » soit en train de se mettre en place. Une bonne moitié de la drogue qui vient du Maroc n'est plus en transit, elle est destinée à la consommation en Algérie. Le marché existe désormais et certains prennent le risque de la produire localement. S'ils ne sont pas pris, ils « frapperont leur coup » et feront des affaires en or. On en est au début seulement ! Il y a quelques mois, le ministre de l'Intérieur évoquait une impréparation à la prise en charge du crime organisé, du trafic de drogue et des kidnappings. Ce sont des «activités nouvelles» qu'il faut traiter vigoureusement, avant qu'elles ne s'incrustent.
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