L’Ecole religieuse du Cheikh Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir que Dieu ait son âme
(2ème partie et fin)
A son retour à Timimoun, il s’attendait à ce que le songe se réalise. Mais cinq années se passaient sans que rien de particulier ne se produise… A chaque fois qu’il était de passage à Adrar, Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir passait par la lisière de la ville, ce qui fait qu’il n’a jamais vu la mosquée où il devait officier la prière du vendredi. A Adrar, il dormait chez Ben Nacer, plus connu sous le nom de «Juin», un ancien ami de son père et dont la maison se trouvait près de la mosquée Djillali. Lors d’un séjour à Adrar et alors qu’il se trouvait en compagnie de Kabouya, il vit les mêmes murs que ceux qu’il vit dans son songe.
Un jour, et alors qu’il assistait au départ des pèlerins, il se tourna vers ces mêmes murs et se remémora le songe et son désir de visiter les Lieux saints de l’Islam, la terre du prophète QLSSSL et la Maison de Dieu, Beït El-Haram. Alors qu’il regardait en direction de ces murs, quelqu’un posa sa main sur son épaule. C’était Hadj Ahmed Kabouya. Le Cheikh dit alors: «J’assumerai l’année prochaine les frais de ton pèlerinage aux Lieux Saints de l’Islam et effectuerai moi-même le Hadj en ta compagnie.» Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir comprit alors que le rêve se matérialisait finalement. C’était en 1951. En 1952 et alors qu’il se préparait activement à effectuer le pèlerinage à la Mecque, Kabouya tomba malade et dut reporter son projet. Suite à cette défection, Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir fit le voyage aux Lieux Saints de l’Islam en compagnie du fils de son cheikh Sidi Abdelkader et du cheikh Moulay Ahmed qui demeurait alors à Sali. Kabouya mit à leur disposition une voiture qui les conduisit à Ghardaïa d’où ils devaient se rendre à la Mecque. Sur leur chemin, ils visitèrent la ville d’El-Ménéa où l’un des notables de cette ville, Si Mohamed El-Bekri, les accueillit. C’était un homme pieux. Durant leur séjour à El-Ménéa, leur hôte leur déclara que les saints hommes avaient convenu qu’à la fin des Temps ce qui reste de baraka se manifestera dans le Touat. Selon les spécialistes en la matière, le Touat englobe Tadiket, Aïn Salah, Ibn Tabelkouza, Timimoun, Bouda, Adrar, jusqu’à Kerzaz et Oued Saoura.
D’El-Ménéa, le groupe prit la direction de Metlili Châamba. Le Cheikh rapporte que les gens de cette région prenaient bon soin du palmier qu’ils entouraient d’un bassin pouvant s’élever jusqu’à hauteur du genou. Après s’être assurés que le car qui devait les conduire en Egypte était prêt, les trois hommes se rendirent à Ghardaïa où ils se restaurèrent et accomplirent la prière du Dohr. Au moment où le soleil commençait à décliner, ils s’acquittèrent de celle d’El-Asr (salat taakhir). Ils prirent ensuite du thé, renouvelèrent leurs ablutions et se mirent en devoir de préparer le repas du soir. Une fois la prière du Maghreb terminée, le groupe récita deux versets du saint Coran et s’acquitta de la prière de l’Ichaa avant de s’endormir pour se réveiller peu de temps avant l’aube. A l’aurore et suite à l’appel du muezzin, les gens chargés de la restauration se mirent en devoir de préparer le petit déjeuner avant d’accomplir la prière. Une fois dans le car, ils commencèrent la récitation des prières «adkar» avant de suivre les cours des chouyoukh. Sur leur itinéraire, ils traversèrent la Tunisie puis la Libye. Le cheikh rapporte que les gens de Libye sont hospitaliers, pieux dans leur majorité et portent des vêtements traditionnels spécifiques. Au cours de son séjour en Libye, le groupe n’a pas eu à préparer ses repas. A son arrivée en Egypte, il s’installa près de la mosquée Al Azhar et dressa ses tentes sur une place publique. On raconte qu’en 1952, l’Egypte du général Mohamed Naguib vivait dans une misère insupportable. A chaque fois qu’ils préparaient à manger, mille mains se tendaient dans leur direction pour réclamer une pitance.
Il y avait à Al Azhar un étudiant algérien originaire de Touggourt qui se nommait Messaoud Touil ainsi qu’un autre nommé Mohamed Boukharrouba, celui-là même qui deviendra le président Houari Boumediene. Ils vivaient dans l’aile réservée aux Maghrébins. Messaoud demanda à son ami Boukharrouba d’aller chez des amis pour céder leur chambre aux trois chouyoukh du Touat. Le cheikh raconte aussi que Messaoud Touil les invita à visiter le sanctuaire du savant et saint homme Sidi Khelil, auteur du «Moukhtassar» avant de les accompagner à celui de Chafiî –que Dieu les agrée- ainsi qu’au tombeau du philosophe Ibn Ataou Allah Al-Askandari et ceux de Beït Al-Achraf. Le groupe quitta l’Egypte par la voie maritime pour se rendre au Hidjaz. Les trois hommes accomplirent les prières prescrites par la religion islamique à bord du bateau qui les transportait. Sidi Mohamed Ibnou El-Kebir rapporte qu’au moment de leur départ pour la Mecque, les Egyptiens scandaient le nom de Mohamed Naguib et qu’à leur retour c’était celui de Gamal Abdenasser qu’ils clamaient.
A Médine, le cheikh fit la connaissance d’un homme pieux nommé Cheikh Yacine, tout le temps absorbé par la lecture de «Dalael El-khaïrat» ainsi que par les prières sur le prophète QLSSSL. Il assure que la djemaâ wahabite lui a interdit ces lectures et s’en est plaint à l’émir de Médine, en l’occurrence l’Emir Fayçal. Ce prince décida de confronter les gens de la djemaâ à cheikh Yacine. Dans son intervention, Cheikh Yacine déclara: «Je n’ai pas rendu hommage au prophète QLSSSL plus que ne l’a fait son Maître qui lui a attribué le qualificatif de ‘Arraouf Arrahim’ et dit à son propos ‘Oua innaka la ala khouloukine âdime’». Cheikh Yacine énuméra les passages où Dieu citait comme exemple son prophète QLSSSL. Convaincu, l’Emir Fayçal trancha en faveur de Cheikh Yacine et l’autorisa à poursuivre la lecture de «dalael el-khaïrat», là où il le désirait. L’Emir donna, par ailleurs, son adresse au Cheikh Ibnou El-Kebir pour un échange de correspondances. Il s’agit de Cheikh Yacine, auteur de Dalael el-khaïrat, porte de Djebril (Gabriel), Mosquée du prophète de Médine.
Le Cheikh déclare avoir entretenu un courrier avec l’Emir Fayçal et qu’il recevait les réponses du prince. D’autre part, le Cheikh rapporte qu’un jour, et alors qu’il se trouvait en compagnie de Moulay Ahmed qui tenait dans sa main un chapelet et priait Dieu à l’intérieur d’Al-Azhar -où ils attendaient que le muezzin les appelle à la prière du matin-, un jeune de ceux qu’on appelle Houmat Essouna lui fit le reproche de cette «bidâa», hérésie. Le jeune exalté, qui portait des vêtements occidentaux, dit au Cheikh que la sebha est une hérésie et est par conséquent illicite. Pour toute réponse, le Cheikh tendit la main vers le pantalon du jeune homme et lui dit d’un air narquois: «Je présume que le prophète QQSSSL portait un pantalon de ce genre et ceci rend son port halal!» Le jeune exalté portait aussi un bracelet montre autour du poignet gauche. Le Cheikh y porta la main et lui dit, sur le même air: «Je présume aussi que le prophète en portait aussi une et que ceci relève de la Sounna!» Le cheikh porta, par la suite, la main au menton du jeune homme qui venait de se raser et dit: «Je présume enfin que le prophète QSSSL se rasait aussi la barbe et que cette pratique aussi relève de la Sounna!» Enfin, le Cheikh prit le jeune homme par le col et tira vivement vers lui la cravate qu’il avait autour du cou avant de le repousser et lui dit de vive voix: «Selon ton raisonnement, le prophète QSSSL portait aussi une cravate. Toi, tu es la personnalisation de la bidaâ!» Confondu et ne n’ayant plus rien à dire, le jeune homme prit ses jambes à son cou et se sauva sans demander son reste.
Selon certains de ceux qui l’ont accompagné, lors de son pèlerinage, une fois le hadj accompli et alors que le groupe se purifiait avant la prière près d’Al-Azhar, l’un d’eux eut l’idée de prendre en photo les trois cheikhs pour immortaliser le moment. Le Cheikh Ibnou El-Kebir lui dit alors de conserver cette image dans son cœur. Le compagnon prit quand même les trois cheikhs en photo, mais contre l’avis d’Ibnou El-Kebir. Après développement de la pellicule, il constata que Cheikh Ibnou El-Kebir n’y figurait pas et que l’espace qu’il occupait était noir. Selon des sources sûres, le photographe, conserve, à ce jour la pellicule à Tamanrasset. On rapporte aussi, de source aussi sûre, qu’une fois le cheikh rentré du pèlerinage à Adrar, il fit venir sa famille de Bouda et se mit en œuvre de préparer l’ouverture d’une école à l’intérieur même d’une annexe de la mosquée. Pour commencer, dix élèves s’y firent inscrire en 1953. Le jour où l’Algérie devint indépendante, ils étaient une centaine. Selon nos sources, pour se rendre utiles, la femme du Cheikh, sa marâtre et la serveuse préparaient les repas des «talaba», étudiants, ainsi que ceux des inévitables hôtes, dont le nombre dépassait parfois la trentaine. Cependant, l’école, attirant de plus en plus d’étudiants, et une fois les effectifs ayant dépassé les 140, le cheikh leur demanda de préparer eux-mêmes leurs propres repas. On rapporte que le cheikh disait souvent que l’étudiant doit être un homme complet, à tout point de vue, et qu’il ne doit pas compter sur le service des femmes. Il se pourrait, expliquait-il, qu’il ne trouvera personne pour le servir et qu’il se pourrait aussi qu’il ait affaire à une femme qu’il n’a pas le droit de rencontrer.
Vulgarisation du savoir
Toujours à propos de la vulgarisation du savoir, on rapporte que, quelque temps après l’indépendance et les résultats réalisés par son école, certains membres de l’Association des Ulémas algériens musulmans fondée par l’Imam Abdelhamid Ibn Badis et qui s’attaquaient, du temps de la colonisation et même après l’indépendance aux Zaouias, se réunirent à Alger et proposèrent au cheikh de fonder, en remplacement de son école coranique, un Institut islamique sous tutelle du ministère des Affaires religieuses. A cette fin, l’inspecteur des affaires religieuses des Oasis, Ahmed Quassiba, lui rendit visite et lui fit part du vœu du ministère des Affaires religieuses de voir le Cheikh fonder un Institut islamique dans son établissement.
A cette époque, assurent nos interlocuteurs, il n’y avait à Adrar que des écoles d’enseignement primaire. Fidèle à ses principes et aux buts éminemment nobles qu’il s’est tracés, le cheikh accepta l’offre et dit: «Je ne priverai pas les enfants de la région d’un Institut islamique qui dispensera aussi des cours d’enseignement moyen. C’est ainsi que l’Institut islamique vit le jour et comprenait quatre classes, la première pour le calcul et les mathématiques, la seconde pour la langue, l’orthographe et la conjugaison arabes, la troisième réservée à l’histoire, la géographie et les sciences naturelles et, enfin, la quatrième dispensera des cours sur la foi et le fikh. Pour l’enseignement des calculs et mathématiques, il a été fait appel à un professeur du royaume du Maroc. Les cours d’histoire, de géographie et de sciences naturelles étaient confiés à un professeur de Syrie pris en charge par le cheikh; la langue, la grammaire et la conjugaison en arabe étaient enseignées par un professeur d’Egypte, du nom de Abdelfettah Al-Azhari. Enfin, le cheikh enseignait le culte et le fikh islamiques. On raconte aussi que le professeur égyptien a demandé un jour au cheikh de lui confier son sceau personnel, ce dernier le lui donna et fit semblant d’ignorer se qui se passait. Sentant du louche, le cheikh fit venir le receveur de la poste et lui demanda de vérifier le courrier destiné à des correspondants en dehors d’Adrar et de l’informer si jamais il tombait sur une lettre qui porterait son nom et de la lui apporter. Deux jours plus tard, le receveur s’amena et avec lui une lettre portant son nom et destinée à Monsieur Tewfik El-Madani, alors ministre des Affaires religieuses. Il l’a immédiatement ouverte et lue. Dans la lettre qui lui est injustement attribuée, le cheikh se désistait de la direction de l’Institut islamique pour des raisons de santé et priait le ministre de nommer Abdelfettah Al-Azhari à ce poste. Ainsi, fixé sur les intentions du professeur égyptien, Cheikh Ibnou El-Kebir le convoqua, le fit entrer dans une pièce où il lui fit des remontrances. Il lui demanda de ne plus recommencer avant de lui signifier qu’il n’ignorait rien de ce qui se tramait. Le Cheikh n’ignorait pas qu’à travers la création de l’Institut islamique, c’était la disparition de son école et la voie soufie de son établissement qui étaient recherchées. Pour faire face à cette nouvelle situation, les enfants de Kabouya firent don d’une parcelle de terre. Le cheikh auquel la noble entreprise, toute dédiée à l’Islam et aux musulmans, tenait à cœur, organisa une quête auprès des fidèles. C’est ainsi que naquit à Adrar, le célèbre Institut islamique dont la réputation a, depuis longtemps, dépassé les frontières du pays, de la région et du continent. Le cheikh transféra au nouvel établissement d’enseignement l’ensemble des livres et ouvrages qu’il avait reçus et qui contenaient de nombreux dogmes et croyances du wahabisme et attaques virulentes du soufisme. Le complot éventé et les desseins de ses détracteurs avortés, le cheikh démissionna de la direction de l’Institut islamique après l’avoir dirigé deux années durant, 1964 et 1965. Il se consacra, par la suite, à sa propre école. Plusieurs années plus tard, cheikh Ahmed Kessiba confia à l’un de ses amis que Cheikh Ibnou El-Kebir les a vaincus. «Nous lui avons dressé un traquenard pour le détruire ainsi que son école en créant l’Institut islamique au sein même de son établissement mais en vain.
Nous lui avons aussi envoyé des ouvrages dont les auteurs attaquent le soufisme. Pour répondre à nos complots et machinations, il a fondé un autre institut avant de démissionner.
Il fit ainsi sienne l’idée d’Ibnou El-Wardi qui dit ‘Fais semblant d’ignorer ce qui se trame autour de toi et sois sûr que seul celui qui feigne d’ignorer aura le dernier mot’». Ainsi était et demeure dans le cœur de ses très nombreux disciples et amis le Cheikh Ibnou El-Kebir que Dieu couvre de Son immense miséricorde et héberge dans Son Vaste Paradis. Le cheikh rappelé à Dieu, son enseignement est plus que jamais d’actualité.
Abdou Ghalem et Sahli Mohamed
J'ai l'honneur de vous contacter svp , j'ai besoin de savoir le n tél de chikh de zawayat ben kbir
mon n tél c 0795782338
chemami fayssal - ain beiada, oum el bouaghi, Algérie
13/05/2012 - 32177
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com