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El Mahdi Matar, un sociologue reconverti en maroquinier



El Mahdi Matar, un sociologue reconverti en maroquinier
JIJEL - Passer du statut de sociologue, de chercheur et, de surcroît, d'expert en aménagement du territoire, à celui de maroquinier n'est, assurément, ni courant ni une sinécure, mais pour El Mahdi Matar, un des exposants du 3ème salon national du cuir de Jijel, la reconversion a été d'une facilité déconcertante.
La soixantaine passée, les cheveux grisonnants et le maintien alerte, cet algérois installé à Adrar depuis plusieurs années, a choisi de "s'évader" vers le monde de l'artisanat en optant pour le travail du cuir qu'il façonne selon son imagination.
Le parcours universitaire "itinérant" de ce licencié en sociologie qui a travaillé pour le compte de plusieurs structures relevant du ministère de l'Aménagement du territoire, est édifiant à plus d'un titre. Il est tour à tour à Médéa, Tlemcen, Collo puis à Adrar où il s'installe pour de bon après une tentative vaine de travailler dans un bureau d'études privé dans la capitale du Touat, confie-t-il à l'APS.
S'étant reconverti à l'artisanat depuis 1992, cet artiste, doublé d'un artiste, hors pair, a fait ses premiers pas dans le travail du grès, avec de modestes maquettes donnant naissance à des abat-jours et autres bibelots. "Je suis passé sans transition au cuir", assure-t-il avant de rappeler sa participation à la manifestation "2002, une année de l'Algérie en France" ainsi qu'à des expositions au pays (avec une fréquence de 4 à 5 expositions par an) où ses produits garnissent les vitrines et les devantures de plusieurs magasins de souvenirs d'Oran, d'Alger, d'Annaba ou encore de Béjaïa.
Son épouse, originaire des environs de Jijel, est sur ses traces en étant son "élève" pour recevoir une initiation au travail du cuir, alors que sa fille poursuit des études de design, d'aménagement et de céramique à l'école des beaux arts de Constantine. "Une petite famille d'artistes, quoi !", souligne-t-il avec fierté.
En quinze ans dans le cuir, El Mahdi Matar qui ne regrette pas d'avoir atterri dans l'univers passionnant et fascinant de la maroquinerie, se sent bien dans sa peau, tout comme l'est sa famille qui a toujours son stand d'exposition lors de salons et manifestations aussi bien nationales qu'étrangères.
Il est notamment l'auteur de tableaux gravés en cuir, ce qui, selon lui, constitue une "première" dans le pays. Des connaisseurs lui ont même suggéré de se rapprocher de l'Office national des droits d'auteurs (ONDA) pour faire breveter son produit.
Passionné du réseau social Facebook, cet artiste qui s'est fait connaître de par le monde, présente régulièrement ses 'uvres à Marseille (France), à Milan (Italie), à Tunis et en Belgique, indique-t-il.
En tant que sociologue, El Mehdi estime que le travail du cuir "n'a pas seulement une valeur utilitaire, mais plutôt une dimension culturelle". Il ne manque pas de déplorer la "fâcheuse propension du consommateur algérien qui se rue sur des produits en simili cuir, sans goût, sans âme et pas beaux du tout".
Partisan acharné du travail du cuir, cet artisan d'art, "vieux routier" des salons de cuir, relève que ce genre de rencontres est une occasion idoine pour raviver un métier qui risque de s'éteindre si on ne lui prête pas main forte. Le fait de pérenniser cet art transmis de génération en génération est pour lui un objectif "primordial et urgent".
S'agissant du public qu'il a croisé au musée Kotama où se tient ce salon (16-21 novembre 2011), l'artisan adrari a relevé le côté "sympa" des visiteurs qui "ont la chance d'habiter dans la capitale des Kotama qui reste (son) modèle dans l'activité du cuir". Le v'u le plus cher d'El Mahdi est de voir les pouvoirs publics lancer la réalisation de petites tanneries "bio" où le tannage du cuir se ferait grâce à une plante dénommée "acacia albida".
Il y a quelques années un expert espagnol en cuir, en visite dans la région d'Adrar, s'était montré disposé à concrétiser cette activité créatrice de nombreux emplois, pour peu que le ministère du Tourisme et de l'artisanat, prenne en charge ce volet, confie M. Matar.
Au premier étage du musée Kotama, les objets enfantés par cet artiste-sociologue suscitent une grande curiosité et continuent d'attirer, au second jour du salon, bon nombre de visiteurs, lesquels n'ont tari ni de questions ni d'éloges.
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