La 7e édition du Festival national du théâtre professionnel (Fntp) n'est pas que compétition. Il a aussi sa section Off, ouverte à toutes les troupes qui n'ont pas pu ou voulu inscrire leurs productions en compétition. Dans cette section, le public algérois, qui n'est pas venu en force, a pu découvrir à la salle El Mouggar la troupe marocaine Masrah El Médina, avec la pièce «Deq ou bessquate» (Il t'a pris et en silence). Coproduite avec le Théâtre national Mohamed VI du Maroc, la pièce est une savoureuse comédie écrite par Abdelkabir Chadati et mise en scène par Hichem El Djebani.Le rideau se lève, laissant découvrir une scénographie toute simple, un divan sur le côté droit de la scène et un mini jardin lui faisant face. Dans un langage cru, direct, avec à peine quelques allusions pour évoquer certaines situations épineuses, la pièce nous fait découvrir le quotidien de deux couples, Bachir et Safaa, ainsi que Mounir et Kamélia. Après des années de mariage, la cohabitation entre les épouses et leurs maris devient quasiment impossible. Leurs quotidiens sont rythmés par des disputes autour de futilités qui leurs empoisonnent l'existence. Excédés, les deux maris se retrouvent à comploter pour se débarrasser de leurs épouses. Les femmes, de leur côté, ont, elles aussi, concoctés un plan.La mise en scène est intelligente et on y retrouve quelques clins d''il au cinéma, comme l'introduction de flash-back ou quand les personnages se font animateurs TV. Le 4e mur est brisé, les comédiens s'adressent directement au public, faisant de lui un acteur à part entière dans la pièce. Les dialogues sont fort drôles et
l'accent marocain y ajoute du piquant. Le public est carrément plié de rire, surtout quand les personnages de la pièce improvisent et s'adressent à leur metteur en scène. On retrouve aussi dans le texte des insinuations directes au différend frontalier algéro-marocain.
La pièce satirique s'adresse au grand public, et chacun peut se reconnaître dans une partie de ce spectacle qui se penche sur la vie de couple et la relation mari et femme, avec tout ce qu'elle englobe comme incompréhension, absence de communication,déconsidération' Autre bon point pour la pièce, l'excellente performance des comédiens qui ont tant et si bien impliqué le public que ce dernier a fini par les prendre en sympathie.Le deuxième spectacle programmé en section Off du 7e Fntp est une merveille venue du sud-ouest du pays, «Houb ouahal» de la troupe théâtrale Foursane errok'h d'Adrar. Ecrite par Akdaoui Echikh et mise en scène par le génialissime Haroun
El Kilani, la pièce est un conte du désert qui rapporte la légende d'une femme maudite. Condamnée pour avoir osé aimer un homme étranger à la tribu, une jeune femme se voit jeter un sortilège qui lui paralyse les jambes. Vivant en réclusion totale, des siècles passent avant qu'elle ne reçoive la visite de deux frères qui errent dans le désert. Ils tombent sous le charme de la femme maudite et tentent de la délivrer de son sort. Le premier se rend au tombeau de cheikh mouley Erreguani (qui a donné son nom à la ville de Reggane où la waada dédiée au saint homme clôture la saison des waadi de la région) pour lui ramener une seb'ha sacrée, tandis que le deuxième se rend en Afrique en quête d'un sable miraculeux qui guérit tous les maux. De retour, les deux prétendants entrent en conflit, conflit qui dégénère et finit par la mort des deux frères et de leur amour, la femme maudite qui, finalement, est libérée du sortilège par l'amour et la mort. La mise en scène a bien mis en valeur la dimension mythique et mystique du texte, tant dans les costumes qu'avec la scénographie (utilisation de bougies et du b'khour) et la musique où on retrouve l'imzad. Lauréate du Grand prix du Festival régional de théâtre professionnel de Sidi Bel Abbès, cette pièce a ravi et fait rêver plus d'un en transportant le public dans un monde imaginaire.
W. S.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Wafia Sifouane
Source : www.latribune-online.com