
Le réveil de l'irrédentisme touareg est une donnée régionale importante avec l'apparition du MNLA (Mouvement national pour la libération de l'Azawad). Les Touareg ou Imazighen, sont des Berbères nomades. Relativement homogène au Nord, notamment en Algérie et en Libye, le peuplement touareg s'est peu à peu dilué parmi la population des agriculteurs noirs ou des nomades peuls de la région sahélienne. Dans les années qui précédèrent l'indépendance, les chefs touareg réunis à Kidal demandèrent à la France de ne pas les rattacher aux futurs Etats qui allaient être ethno-mathématiquement dirigés par les Noirs sudistes dont, compte tenu de l'histoire ancienne, ils se méfiaient. En vain. La première rébellion touarègue éclata en 1962-1963 dans l'Adrar des Iforas au Mali. Elle s'éteignit à la suite d'une impitoyable répression menée par le régime du président Modibo Keita, mais également en raison de la sécheresse des années 1970 qui poussa les Touareg vers les camps de réfugiés installés en Libye et en Algérie. Ensuite, leurs axes de transhumance ayant été barrés par des frontières dont le tracé avait été décidé sans eux, les Touareg furent clochardisés quand, pour les contrôler, les Etats issus de la décolonisation les sédentarisèrent. Ceci explique pourquoi les hostilités ne cessèrent jamais tout à fait et également pourquoi les Touareg furent sensibles au projet porté par le colonel Kadhafi de création d'un «Etat»saharien.
En quoi le conflit actuel diffère-t-il des précédents '
Le 17 janvier 2012, des insurgés touareg lancèrent une offensive contre les forces armées maliennes à Menaka et dans la région de Kidal. Or, il ne s'agissait pas là d'une simple résurgence d'un conflit latent, mais au contraire d'une nouvelle forme de revendication.
A la différence des précédents mouvements, qui visaient officiellement à une plus grande intégration des Touareg au sein de la société malienne et à de plus grands efforts de la part de Bamako dans la lutte contre la pauvreté, aujourd'hui, les insurgés ne revendiquent pas le développement, mais l'autodétermination et l'indépendance. Ils ne parlent plus de rébellion, mais de «mouvement révolutionnaire» destiné à «libérer le peuple de l'Azawad de l'occupation malienne». Le chef opérationnel du MNLA, Mohammed Ag Najem, est membre de la tribu des Iforas. Colonel de l'armée libyenne, il commandait une unité spécialisée dans le combat en zone désertique et qui était casernée à Sebha. Il a quitté la Libye avec armes et bagages quelques jours avant le lynchage du colonel Kadhafi par des miliciens de Misrata. Son groupe dispose d'un matériel de pointe, y compris des missiles sol-air. Pour le moment, les armes puisées dans les arsenaux libyens suffisent aux rebelles, mais il leur sera difficile de mener une guerre longue.
Le Mali affirme que le MNLA a fait alliance avec AQMI, le MNLA dément. Qu'en est-il réellement '
Le problème est que la rébellion touarègue, qui a perdu son protecteur libyen, va nécessairement devoir chercher d'autres soutiens. AQMI pourra-t-il en profiter ' La réponse à cette question est complexe. Une chose est sûre : s'il n'y avait pas AQMI, les Occidentaux se désintéresseraient de ce qui se passe au Mali. La carte AQMI est donc la seule dont disposent les Maliens pour tenter de les faire s'engager à leurs côtés, et c'est pourquoi ils affirment que les insurgés ont des liens directs avec les fondamentalistes musulmans. Le MNLA dit au contraire haut et fort qu'étant un mouvement berbère, il est le meilleur rempart contre ces derniers. En 2006, les Touareg alors en révolte s'étaient d'ailleurs durement accrochés avec le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), ancêtre d'AQMI. Certes, mais quelques Touareg semblent avoir constitué un petit commando local jihadiste à la fin de l'année 2011 et, selon certaines informations, ce dernier aurait participé à l'une des attaques du mois de janvier 2012 aux côtés du MNLA. L'information a été aussitôt fortement démentie par ce dernier, qui y voit une tentative d'intoxication de Bamako. Si le risque de porosité n'est pas exclu, une alliance AQMI-MNLA est difficile à envisager, du moins tant que les rebelles Touareg ne sont pas acculés à l'accepter.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B L
Source : www.latribune-online.com