El-Oued



Zola Djenane : «Mon parcours est comme un chemin de montagne»

Zola Djenane est artiste-peintre et décoratrice d'intérieur. Elle est aussi championne d'Algérie d'alpinisme. La célèbre devise olympique, Citius, altius, fortius (plus vite, plus haut, plus fort), semble être aussi celle de cette très dynamique artiste et sportive.Le Soir d'Algérie : Vous qui êtes déjà artiste-peintre, pourquoi avez-vous choisi l'alpinisme '
Ce n'est pas contradictoire ! Mon parcours est comme un chemin de montagne «en zigzag», des beaux-arts en passant par la création de ma galerie d'art «Le Garage», puis décoratrice/designer tout en restant artiste dans l'âme, ce n'est juste qu'une continuité avec une ressemblance métaphorique où l'on doit s'élever dans l'art, l'escalade aussi bien spirituelle que mentale. Les deux arts majeurs pour moi que sont la peinture et l'escalade me permettent de m'évader, m'élever et, surtout, de réaliser mes rêves.
Vous êtes championne d'Algérie d'alpinisme. Pourriez-vous nous parler un peu plus de cette compétition et qui l'organise '
Oui, je suis championne d'Algérie 2019 d'escalade dans la catégorie seniors dames. La compétition a été organisée par la fédération algérienne de ski et sports de montagne et s'est déroulée à Alger sur un mur d'escalade artificiel. Je représentais mon club « Terrain d'aventures » de Boufarik avec l'accompagnement de M. Karim Oukara comme coach d'escalade. Notre club a remporté ce jour-là six médailles d'or dans les différentes catégories.

Une différence entre l'alpinisme en salle de compétition et celui de montagne '
Personnellement, mon choix préférentiel s'oriente plus vers l'escalade en montagne. Voilà les différences entre le mur artificiel et la montagne : le mur artificiel a déjà les prises colorées apparentes, on connaît donc d'avance la distance, la hauteur et la voie à prendre pour arriver au relais final sans avoir besoin de faire une «manip» une fois arrivé en haut, il suffit de placer «les dégaines» dans les «plaquettes» pour clipper la corde afin d'assurer la sécurité. Les avantages du mur d'escalade artificiel sont très importants. Il permet un entraînement technique et physique indispensable à la progression de l'athlète par tous les temps. Il développe aussi des automatismes de gestes techniques par une maîtrise de l'équilibre. Par contre, la montagne, c'est en plein air, un contact permanent avec Mère Nature. Contrairement au mur artificiel, c'est tout un processus. L'approche : une marche difficile, souvent un dénivelé important avec tout l'équipement pour arriver à la voie que nous devons grimper. La paroi est un terrain équipé parfois avec des plaquettes et relais (tout dépend de la longueur de la voie), et des fois c'est un terrain d'aventure qui n'est pas équipé, alors nous utilisons des coinceurs et des pitons en suivant la topographie des voies déjà ouvertes depuis plus de 80 ans par des alpinistes chevronnés comme notre entraîneur M. Karim Oukara.
La règle d'or dans ce domaine est le respect strict de la sécurité, du matériel d'escalade (cordes, baudrier, casque, dégaines, descendeurs, sangles, coinceurs, etc.), équipements personnels (lampe frontale, coupe-vent, polaire, nourriture, trousse de secours et surtout une bonne paire de chaussons confortables) et les conditions météorologiques comme par exemple en hiver la neige à laquelle il faut s'adapter avec un équipement spécifique, dont les crampons, piolets, tenues adaptées au grand froid, surtout lors de l'escalade d'un mur de glace.

Que ressentez-vous quand vous êtes au sommet d'une montagne '
Je ressens une satisfaction personnelle, émotionnelle en me découvrant une capacité hors normes de concentration qui me permet de dépasser les limites avec une maîtrise mentale et physique car, en montagne, l'erreur est fatale. La récompense après tous ces efforts est le cadeau offert par la nature qui n'est jamais le même, comme un océan de nuages au-dessus des cieux, un coucher de soleil, un aigle volant à notre niveau, etc. Tout s'applique par la suite à tous les moments de la vie de tous les jours.
Vous avez escaladé beaucoup de monts et montagnes '
En Algérie, oui, la plupart du temps au massif de Tikjda , au sud du pays à Tamanrasset et dans l'Est, au canyon du Ghoufi, à Batna, le mont Chélia. Chaque massif est différent par rapport à la nature de la roche et au climat.
Vous faites de la spéléologie aussi '
Non, pas vraiment. Mais, parfois, pour accéder à une voie difficile, il nous arrive d'employer les techniques de spéléologie comme traverser des crevasses, des grottes, etc.
Ce domaine est inscrit dans «ma liste à faire» car, par chance, nous avons dans notre club algérien «Terrain d'aventures de Boufarik», un spéléologue chevronné avec une grande expérience du terrain depuis pas mal d'années : M. Mohamed Belaoud.

Comment s'est passé le confinement pour une dynamique artiste et sportive comme vous '
Au début de la pandémie, je me suis confinée comme une personne «responsable», mais cela ne m'a pas empêchée de ramener la montagne à moi, comme faire une descente en rappel du toit de mon domicile et planter une tente au beau milieu de mon jardin pour des nuits à la belle étoile. C'est ma destination favorite classée 1001 étoiles au «guide de Mère Nature» ! Par la suite, je me suis engagée avec notre association El Kettani, le groupe Sbitar, et d'autres volontaires et amis pour aider les patients de Covid-19, le personnel soignant des hôpitaux (Bab-el-Oued, Béni-Messous, Kouba, El-Kettar, Blida, Médéa), en fournissant des tenues de protection, du consommable, des donations d'appareils médicaux respiratoires grâce à l'aide d'autres clubs et en distribuant des repas chauds aux médecins et patients pendant quatre mois, afin de les aider à surmonter cette épreuve. Parallèlement, nous distribuons des aides alimentaires aux familles dans le besoin pendant ce confinement.
Vous activez dans plusieurs associations. C'est vrai '
Oui, j'ai déjà beaucoup d'actions avec notre club et association dans le domaine caritatif et médical. Mais quand il le faut, nous nous associons à des médecins spécialistes bénévoles en ophtalmologie dans des campagnes de prévention ou pour des interventions chirurgicales dans le Grand Sud afin d'opérer des cas de cataracte, glaucome, trachome. J'en profite pour remercier ces médecins : Mohamed El Hadi Koulougli, Samira Chickh, Jawed Brahami, Assia Ziani, Sofiane Bouhalou et toute l'équipe accompagnante, les donateurs, et le personnel soignant local pour leur aide précieuse.

Vous avez participé à des compétitions ou escalades de montagne à l'étranger '
Non, je ne pense pas encore avoir le niveau requis (ce n'est que mon humble avis) et de plus, il y a encore beaucoup de voies à découvrir dans notre propre pays.
Monter, un jour, jusqu'au toit du monde, le mont Everest, fait-il partie de vos rêves '
Un grand oui !! Comme tout grimpeur débutant ou hautement qualifié, on peut dire que le mont Everest est le Saint Graal pour tout alpiniste investi. Mon rêve intermédiaire serait l'escalade des Alpes suisses/Eiger, plus précisément l'arête Mittellegi.
Voir la Terre à partir du sommet d'une montagne, ça doit être merveilleux !
Oui, une sensation magnifique ! Je me sens proche de mon Créateur et je m'émerveille devant la grandeur de son chef-d'?uvre en ayant cette sensation d'être vraiment privilégiée. Tutoyer les cieux et les sommets nous fait ressentir, paradoxalement, notre petitesse devant Mère Nature que nous devons préserver pour les générations à venir. La montagne a beaucoup à offrir à ceux qui savent contempler...
Qu'en est-il de votre métier de décoratrice d'intérieur '
Je pense que c'est plus une passion qu'un métier. Chaque nouveau chantier est pour moi un nouveau défi et un challenge pour se réinventer en proposant aux clients un ton, un style, une couleur qui n'était pas a priori dans leurs idées. Voir le résultat d'avoir ramené mes clients dans un domaine inconnu et inexploré, avec, à l'arrivée, leur joie, est une satisfaction personnelle incommensurable !
Un peu plus de détails sur votre club «Terrain d'aventures» '
J'ai énormément de chance d'adhérer à ce club prometteur qui, je pense, va faire des émules en Algérie, comme une boule de «neige», car ces coachs qui ont une réelle expérience technique et pédagogique du terrain transmettent leur savoir à cette génération plus jeune. Ces coachs sont Omar Abbad, Djalil Kerfi et Abdou Boumenir qui s'appliquent déjà à ouvrir des voies d'escalade en montagne avec une autonomie hors pair.
D'ailleurs, je félicite tous les membres de ce club qui donnent sans compter, ni leur temps ni leurs moyens, pour la bonne marche de ce relais intergénérationnel tant dans le milieu sportif que dans le milieu sociétal, et surtout pour inculquer les valeurs du vivre-ensemble et le respect de l'environnement. Et pour finir, sur une citation de Confucius : «Apportez chaque jour une corbeille de terre, et vous ferez enfin une montagne.» A méditer...
Et pour terminer '
Je remercie beaucoup mon mari car, sans lui, je ne serais jamais arrivée là où je suis maintenant.
Entretien réalisé par
Kader Bakou

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