Yasmina Khadra, Les sirènes de Baghdad font boum



Yasmina Khadra continue de sonder la société arabe, l’Algérie devenant trop étroite. Dans Les sirènes de Baghdad, l’écrivain démonte le mécanisme qui mène à l’inconcevable. Ou comment devient-on kamikaze. Sans être « le terrorisme expliqué à ma fille », le livre donne des clés non sans intérêt sur ce phénomène.

Bombe humaine. Tout commence par une histoire de zizi. Yasmina Khadra nous explique que cela peut mener au terrorisme. Ou comment un étudiant irakien, plutôt tranquille, qui a vu le sexe de son père lors d’une opération de représailles bascule dans le fanatisme, au point de vouloir se transformer en bombe humaine. C’est toute la trame du dernier livre de « l’écrivain algérien le plus lu dans le monde ». Les sirènes de Baghdad explosent au rythme de kamikazes, de plus en plus nombreux. Les candidats au suicide sont légion. Et le personnage décrit par Yasmina Khadra ne dénote pas dans le paysage. Cela pouvait très bien se passer à Larbaâ Beni Moussa en Algérie, à Charm Al Cheikh en Egypte, ou dans n’importe quel autre pays arabe. On n’oublie très vite que l’histoire se déroule en Irak. Bagdad ne se différencie pas des autres capitales musulmanes sur ce plan. « Ce roman est un mécanisme que l’on remonte. Le mécanisme d’une tragédie voulue par les hommes. Elle commence dans un village d’Irak, oublié du monde, et que la guerre soudain investit, sous la forme de tueries commises par les troupes d’occupation, et que le commandement range avec une désinvolture à peine ennuyée dans la catégorie des ‘’bavures’’. Le narrateur, un tout jeune homme, passe de sa timidité solitaire, à la haine. Il se rend à Baghdad, plonge dans une ville secouée par l’horreur, y côtoie ou y retrouve, dans un cheminement hagard, des personnages aux discours de plus en plus radicaux, de plus en plus manichéens, qui entendent opposer pour une lutte sans merci un Occident arrogant, dont le seul Dieu serait l’or, à un Orient méprisé, ridiculisé, quand il a pourtant donné au monde mille découvertes, mille histoires, mille poèmes. La dialectique est huilée, rôdée, rhétoriquement parfaite. Le jeune homme la reçoit sans interrogation ni remise en question », explique l’auteur sur son site. L’ennemi extérieur a le don de mettre un voile sur les démons intérieurs. Il cache l’essentiel. L’hyperémotivité qui est censée être l’apanage des musulmans ne réside pas dans le mépris, vrai ou supposé de l’Occident, mais bien la déliquescence des régimes arabes, arrivés par les armes ou le trucage des urnes au pouvoir, et à l’incapacité de ces derniers à dompter la modernité. Cette inadaptation, conjuguée avec le sentiment diffus d’être laissé-pour-compte dans la marche du monde, crée un profond malaise. Les Ben Laden et consorts n’ont fait que récolter la colère, la haine et le ressentiment, semés par des pouvoirs sans légitimité, par une modernité nécessairement sélective. Mettre tout sur le dos de l’Occident relève au mieux d’une malhonnêteté intellectuelle. L’injustice provient avant tout des dictatures militaires locales, même si elles portent des costumes civils. A force d’emprisonner toute pensée, les régimes arabes ont donné naissance, bien malgré eux, à des forces rétrogrades qui voient dans la modernité une agression, un danger réel pour leur univers fantasmé. Yasmina Khadra n’a pas fini de chercher à comprendre ce grand enfant malade qu’est la société arabe.







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