Algérie - Revue de Presse

Symboliquement à la veille de la date historique : Mohamed Garne signe «Français par le crime, j'accuse !», chez l'Harmattan



Symboliquement à la veille de la date historique : Mohamed Garne signe «Français par le crime, j'accuse !», chez l'Harmattan
Mohamed Garne ne lâche pas prise. Point d'abdication. Au contraire : il persiste et signe. Son ouvrage, édité à compte d'auteur, intitulé « Lettre à ce père qui pourrait être vous », dans une première publication chez JC et Lattes, faute d'avoir pu insérer le titre initial dans une maison d'édition en France ou en Algérie, vient de paraître dans son intitulé originel. Après un long souffle qui n'en a pas pour autant essoufflé cet auteur qui s'est improvisé écrivain, par la force de son combat, sans rendre les armes : «Français par le crime, j'accuse !». Et ce après avoir paru quand même-c'était compter sans l'entêtement de Mohamed-à compte d'auteur, a de nouveau fait l'objet d'une autre édition. Et c'est l'Harmattan qui a sorti hier 18 mars, le livre biographique sous ce titre originel. Et c'est à la veille du 19 mars historique, qui a vu parapher le traités des accords d'Evian, que l'auteur et l'éditeur se sont mis d'accord pour marquer symboliquement cette date anniversaire d'il y a 49 ans. « Ce livre, puisse-t-il être la première pierre de l'édifice de mémoire entre les deux pays. Mes deux pays », ponctue l'auteur. Et pas meilleur choix pour Mohamed Garne qui est, lui et son histoire, dans la grande Histoire de notre pays. Une vie tourmentée faite de lutte et de détermination à toute épreuve. Et qui même avec des apaisements survenus plus tard, trop tard peut-être mais pas jamais, sans être de véritables baumes cicatrisants, puisque les séquelles sont bien là ; étalées à pleines pages, 51 ans après, continuent de fendre en Mohamed Garne, dans son corps et son esprit. Et par delà, dans la mémoire de sa mère qui lui en veut d’être parti fouiller dans ce passé qu’elle a rangé dans un coin de son psyché pour ne plus avoir à se remémorer ce drame dont elle s’est rendu victime. Pour elle, la honte est bue jusqu’à la lie. Et elle ne veut nullement tremper son unique fils dans cette mélasse qui, pour elle, a fini, ou a voulu finir avec la guerre. Cette sale guerre qui l’a souillée, elle, la jeune fille pudique, pudeur qu’elle garde intacte à aujourd’hui. Puisque devant le tribunal, et alors que Mohamed est parti demander réparation pour retrouver le patronyme de ce père qui n’était pas le sien, a fini par lâcher le morceau, excédée, raconte Mohamed dans le livre, par tant d’acharnement de son fils à vouloir faire la lumière sur cette identité qu’elle a usurpée volontairement pour le protéger. Mais elle n’avait pas cette ténacité qui allait l’amener à avouer malgré elle, la vérité. Une autre pour Mohamed. Et  puis comment faire autrement face aussi à cet autre forte persistante opposition de cette belle-famille par laquelle des proches veulent à tout prix lui signifier pour les écarter d’un éventuel héritage : « Non ! ce n’est pas l’enfant de Abdelkader…» UN ENFANT DE LA GUERRE EN QUÊTE DE PATERNITÉC’est mon enfant. A moi. J’ai été violée, oui ! Violée et torturée par les soldats qui m’ont accrochée dans les maquis alors que mon mari venait d’être abattu dans un accrochage. Abdelkader que j’ai épousé dans les maquis, union scellée par le FLN… Pourquoi Mohamed avait-il besoin de remuer dans ce passé, pourquoi, voilà maintenant tout le monde sait et la honte s’abat sur moi… », rapporte et écrit Mohamed de ces voyages effectués dans le village natal de sa mère Thniat El Had, à bord d’un taxi, bravant une mort certaine. Car, nous sommes en 1994, et alors que la violence terroriste fait rage. Mohamed, armé de sa foi et de sa piété, embraque avec sa mère à qui il fait croire « qu’ils vont juste au bled ». Le jeune homme paiera très fort ce mensonge : Kheïra fera silence total durant tout le retour dès sa sortie du tribunal et pendant. Elle se complaira dans un mutisme qui fait peur à son enfant pendant plusieurs semaines, voire des mois encore. Elle rentre dans sa coquille et alors que son fils a de la peine à résister. Lui qui a mis 28 ans pour la retrouver. Pour enfin mettre la main sur un parent, lui la pupille de l’Etat qui a écumé orphelinats et maisons de  nourrice, une mère de surcroît pour se blottir dans ses bras, sentir son odeur, mettre un visage, un nom… Et cela arrivera un après-midi d’hiver de l’année 1988, dans cette chaumière à l’intérieur d’une grotte repeinte à la chaux, dans le cimetière de Sidi Yahia. Alors qu’il était encore locataire des orphelinats, après celui d’El Attaf, recueilli par les Sœurs-Blanches, puis remis à celui d’Alger, Saint Paul. Et pour toutes les nourrices qui ont eu main basse sur sa vulnérabilité, sans vergogne : frappé, enfermé, affamé, brûlé, abandonné, hospitalisé pour tous les sévices dont il a été victime… Dans ce livre, Mohamed reprend le chemin de sa naissance en 1960, et de tous les événements survenus de par sa naissance dans les maquis ; sa survie dans le camp de concentration de Saint Cyprien des Attafs, à présent Sidi Bouabida, dans la wilaya de Aïn Defla, là où a été emprisonnée sa mère, après que son mari Abdelkader est tombé au champ d’honneur. Et par ricochet, Mohamed raconte à sa manière cette Révolution algérienne de Novembre 1954. Révolution pendant laquelle a été conçu Mohamed Garne mais qu’il n’a pas connue. Bien qu’il en soit un acteur, celui par ailleurs pluriel dans une Algérie où des Mohamed sont nés de viols.Et la chasse de la vérité, sans jamais baisser les bras, en Algérie comme en France. Cette France coloniale qu’il traînera devant les tribunaux pour la mener sur le banc des accusés, pour lui prouver qu’il est tout simplement mais très péniblement le fruit d’un viol collectif commis sur sa mère dans les maquis de Aïn Defla, dans la wilaya V, le Titri. Une administration coloniale à laquelle courageusement et assurément, il va demander réparation, dédommagement mais surtout reconnaissance du viol ou des viols. A hauts cris. Face aux caméras. Il demande des excuses pour tous les supplices infligés à sa mère. Et à lui, cet enfant de la guerre né d’un crime qu’il qualifie sans détour de crime de guerre, d’un crime contre l’humanité.LA LUTTE JUSQUE DANS LES TRIBUNAUX FRANÇAISMohamed Garne est en ces années 2000 sur toutes les images des médias lourds, témoigne dans la presse, fort de ses accusations que ses avocats répercutent à coups de documents et d’archives médicales pour les séquelles graves qu’il traîne tant sur le corps et sur le psyché, lui qui a été frappé, alors encore dans le ventre de sa mèreLe jeune père de famille n’a de regard et d’ouïe que pour sa quête, les répondants et les entraves que la justice française lui fait mener. Acharnement et obstination, Garne reprend peu à peu ses droits même s’ils ne lui sont octroyés qu’à hauteur des 60% qui représentent la pension d’invalidité. En 2001, survient le premier procès. 30% seulement lui qui sont accordés. En 2002, 45 autres lui sont ajoutés. Alors que les dédommagements ne lui sont toujours pas octroyés. Ce qui fait toujours poursuivre la lutte à Mohamed qui ne baisse pas les bras et veut aller au bout de sa quête. Une bonne part est aujourd’hui réalisée avec sa participation à l’écriture de l’histoire tant prônée de lutter. Sans pardonner. Sans tourner la page. « Une reconnaissance juridique et symbolique pour les dommages qui m’ont été faits, loin de cette motivation de l’appât de gain. » 


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