Spectacle. Casif de Sidi Fredj (Alger), Sublime soirée avec Lounis Aït Menguellet

Comme d’habitude, l’artiste a encore subjugué le public avec l’ambiguïté des sens qu’il insuffle aux mots. Des mots ciselés à l’image d’un orfèvre des plus émérites.Le théâtre le Casif à Sidi Fredj (Alger) a accueilli, lundi dernier, le chanteur kabyle, Lounis Aït Menguellet.
Le concert a drainé un public nombreux adepte de la poésie et de la chanson à texte. L’artiste a interprété un répertoire riche où sentiments, vicissitudes de la vie, engagement sont mis en lumière avec sagesse et lucidité. Aït Menguellet est accompagné entre autres par l’artiste Rabah Tissilia (guitare), son fils Djaâffar à la flûte et le percussionniste Saïd Ghezli, ce qui a donné aux airs musicaux une âme du terroir. Ainsi, à les entendre, le spectateur ne se sent pas dépaysé ni cloué dans l’exotisme. Aït Menguellet entame la soirée avec Tekesm el mahna, pour ensuite interpréter des chansons sentimentales à l’exemple de Matrud ula dnek aketer, Tafat ned dunitiw, Sabr aauliw. Autres chansons savourées, Nekni swarrac elezzayeer, Asunejma, Askuti et Attes, attes. Dans cette chanson, il dit en résumé :

Dors, dors, il n’est pas temps encore

Ce n’est pas ton tour de parole,

Toi qui a perdu le sommeil.

(…)

Parcours le Caire de bout en bout,

Oiseau porte leur mon message.

Dis leur : les caisses d’opium

Que vous nous avez envoyées,

Nous les avons reçues.

Dis leur : bannissez l’inquiétude,

Ceux que vous craignez sont tous endormis.

(…)

Ils te bercent jusqu’à t’endormir,

Te couvrent,

Tout ce que tu désires existe

En rêve tout est facile

Referme les yeux et rendors-toi

De peur que nous te réveillions

Dors, dors, il n’est pas temps encore,

Ce n’est pas ton tour de parole.

Toi qui a perdu le sommeil,

Tu le retrouveras dans notre pays,

(…)

L’artiste gratifie le public d’une autre chansons non moins dépourvue d’images et de métaphores, à savoir Akka ammi, inspirée du livre de Machiavel Le prince, pour boucler la soirée avec Kecini ruh nek adeqquimet. Une soirée où le ciseleur des mots à l’image d’un orfèvre des plus émérites a su inoculer à son public l’amour de la poésie avec un support musical qui plonge ses racines dans les tréfonds de la montagne. Les spectateurs n’ont pas beaucoup dansé malgré les rythmes intenses qu’a donnés l’artiste à plusieurs de ses chansons. En effet, on ne se livre pas aux chants de Lounis Aït Menguellet, on les apprécie. Et pour ce faire, il faut être distant pour les écouter. Peut-être, le spectateur pourra-t-il découvrir du moins en partie infinitésimale l’art de jouer avec l’ambiguïté des sens, une des caractéristiques de la poésie de Lounis Aït Menguellet.






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