Annaba - Revue de Presse


SAISON ESTIVALE



L?ETE DES DEMUNIS A Constantine Classe tous risques Familles s?abstenir, surtout lorsqu?on emmène avec soi des jeunes filles dans un milieu majoritairement jeune, masculin et très peu galant. Les nantis iront, comme chaque année en pareille saison, se rôtir au soleil sur le sable fin des plages tunisiennes ou consentir au farniente des rivages de la Costa del Sol en Espagne ou même se hâler la peau et bronzer très « tendance » sur les grèves de la mer Egée en Grèce. Omar, Houssem, Anouar et Karim se contenteront, quant à eux de suivre à distance les évolutions paresseuses de ceux qui ont l?immense privilège de se dorer au soleil, à la télé ou d?après ce que l?on nous rapportera. « Nos parents (un employé communal, un « compressé » d?une ancienne boîte étatique, un aide-cuisinier et un chauffeur-livreur chez un privé, ndlr) ne pensent même pas à nous faire l?insigne honneur de nous conduire à la grande bleue ne serait-ce que pour la journée. Ils sont trop occupés à se démener pour nourrir les bouches insatiables de nos familles nombreuses. » Leïla, Asma, Choubeïla et Khatima, adolescentes à la fleur de l?âge, ne sont guère prêtes encore cet été à « éprouver cette joie unique de barboter dans les vagues ondulantes et écumeuses d?une douce mer d?un après-midi de juillet. » Car nos parents trouvent que maintenant se rendre à la plage équivaut à aller au devant de problèmes certains puisque nous avons dépassé l?âge de la puberté ( !), rien que cela ! Conséquence incontournable ; l?on continuera à assurer, malgré nous, les tâches ménagères ponctuelles en attendant la rentrée. Farid, Mourad et Abdelghani, tous les trois étudiants en fin de cycle de licence ès lettres à l?université de la ville, sont « dans l?obligation de reporter aux calendes grecques un projet qui nous tient hautement à c?ur, celui qui consiste à entamer un périple à pied, comme des valeureux globe-trotters, à partir de Marseille jusqu?à Lille, dans le Nord, où notre copain Farid a de la famille. Cependant, le refus qui nous a été signifié dernièrement par le consulat général de France à Annaba à propos de l?octroi d?un visa d?entrée sur le territoire de l?Hexagone rend celui-ci tout à fait caduc. Pourquoi ne peut-on pas faire comme les jeunes des autres contrées, qui sont libres de vadrouiller comme bon leur semble partout où ils estiment adéquat de le faire, et continuer ainsi de traîner cette citoyenneté comme un boulet de relégués que nous estimons ne point mériter ? Mais alors là pas du tout. » Même ceux qui avaient l?habitude d?user de subterfuge et d?exploiter le filon des « tentes de la complaisance » en seront pour leurs frais, car dans ce domaine aussi, sous-louer un cabanon sommaire ou une tente surchauffée nécessitera que l?on montre patte blanche auprès de qui de droit (collectivités locales, organismes et entreprises économiques) ou de la graisser de manière consistante. Baignade interdite Reste maintenant la solution dite de l? « abonnement à la journée » relativement ruineuse pour qui ne sait point gérer un budget familial déjà moribond : louer un taxi avec son chauffeur, à charge pour le locataire d?assurer la restauration de ce dernier. En définitive, cet été, également bon nombre de ménages resteront sur le carreau et ne pourront guère bénéficier de cette sacro-sainte virée à la grande bleue. La paupérisation rampante et en ordre de marche de la population, la précarité de l?emploi, l?éclatement de la couche moyenne, la baisse conséquente du pouvoir d?achat, et la sous-rémunération sont passés par là. Les laissés-pour-compte des vacances estivales sont là pour porter le deuil de cet immense gâchis. Ces dernières attendront des jours meilleurs.




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