Algérie - Revue de Presse


Procès Khalifa au tribunal criminel de Blida



Après 62 jours, l?affaire mise en délibéré aujourd?hui Ainsi, le procès qui a tenu en haleine l?opinion publique durant plus de deux mois se termine. Hier, la cour de Blida en a profité pour rendre hommage aux femmes magistrates à l?occasion de la Journée internationale de la femme à travers une collation à laquelle les journalistes femmes ont été conviées. Evidemment, la présidente, Mme Fatiha Brahimi, et sa conseillère étaient présentes. Elle déclare que les plaidoiries prendront fin aujourd?hui et, tout de suite après, l?affaire sera mise en délibéré pour répondre, nous dit-on, à plus de 1500 questions. A propos du verdict, elle affirme qu?elle ne sait pas si c?est dans un, deux jours ou une semaine. « Ce qui est certain, c?est qu?il prendra le temps qu?il faut. » Le greffier, auquel tout le monde a rendu hommage, reconnaît avoir utilisé jusqu?à hier 5 stylos pour remplir 220 pages d?un registre cinq mains, le plus grand format. Un exploit, diront les initiés. Le premier avocat à avoir entamé la journée d?hier a été Me Berghel pour défendre quatre accusés ? Djamel Guellimi, inspecteur général de Khalifa Airways et directeur général de Khalifa TV, contre lequel une peine de 20 ans a été requise, ainsi que Djamel Aziz, Hocine Soualmi et Guers Hakim, respectivement directeurs des agences d?El Harrach, des Abattoirs et d?Oran. Il commence par rendre hommage au tribunal et à sa présidente pour sa parfaite connaissance du dossier et sa maîtrise de la gestion de l?audience. Pour lui, l?affaire est différente du contenu de l?arrêt de renvoi et autant la création de la banque a été rapide, autant son retrait d?agrément a été lent. Il déclare qu?il lui est difficile de croire que Abdelmoumen Khalifa ait pu constituer sa banque pour voler les Algériens, mais finit par reconnaître que le golden boy, un « enfant privilégié », a utilisé le nom de son père, un ancien ministre, pour escroquer tout le monde. « L?Algérie lui a tout donné et lui a tout pris à l?Algérie. » A la source du scandale Il note néanmoins qu?il n?était pas seul dans cette aventure. Des personnalités politiques entre ministres, députés, magistrats et autres l?ont propulsé et aidé dès le début. Il s?est acheté un jet privé et sillonnait le ciel de l?Algérie, sans qu?aucun des responsables s?interroge sur l?origine de ses biens. Il se demande comment les 11 rapports de la Banque d?Algérie n?ont pu être pris en charge pour engager les poursuites à son encontre en temps opportun. Selon lui, il y avait une volonté délibérée de geler ces rapports sur les violations commises par El Khalifa Bank. Il rappelle que les premiers rapports d?inspection de la Banque d?Algérie avaient fait état de la violation du ratio de solvabilité. Dans la lettre adressée par la Banque d?Algérie à Abdelmoumen, il fait état de cette situation en lui demandant de recapitaliser la banque pour faire baisser le poste divers qui avait atteint plus de 40% (53,7 milliards) du bilan. Pendant cinq mois, la Banque d?Algérie demande à Abdelmoumen la recapitalisation, en vain. La Banque d?Algérie était au courant de tout ce qui se passait et le ministre des Finances, Mourad Medelci, ne pouvait agir, parce que Khalifa était puissant à cette époque. Medelci a jeté la balle dans le camp des directeurs des entreprises publiques, qu?il a accusés d?avoir violé des textes, qu?il a mis longtemps à retrouver, en plaçant les fonds publics à El Khalifa Bank. Est-ce que les banques publiques n?ont-elles pas connu également des détournements ? Ce qui se passe dans ces établissements dépasse le préjudice d?El Khalifa Bank », déclare Me Berghel. Celui-ci affirme que le choix de Mohamed Djellab en tant qu?administrateur provisoire n?est pas un hasard, en s?interrogeant pourquoi il n?a pas inventorié les fonds de la caisse. « Il a géré El Khalifa Bank à sa guise. Il a présenté des chiffres aux parties qui l?ont désigné. En l?absence de procès verbal et de rapport final sur l?administration provisoire, je considère que les chiffres donnés sont faux. » Il souligne à propos des écritures entre sièges (EES) que la Banque d?Algérie était au courant, dès le début, à travers les suspens que ses inspecteurs ont constatés. Pour lui, les trois directeurs d?agence ne peuvent être au courant de ce que faisait Abdelmoumen, du fait qu?il était le seul responsable de ces EES. Il déclare qu?en plus des EES en suspens qui étaient de l?ordre de 53 milliards de dinars, il y avait un montant de 280 milliards de dinars en chèques impayés, précisant que les agences n?étaient même pas créées à cette époque. « Le premier responsable de cette banqueroute est le PDG lui-même et non pas les directeurs d?agence qui ignoraient tout de cette gestion et ne pouvaient dans tous les cas lui désobéir. Même la loi sur le travail leur exige d?obéir à leurs responsables », relève Me Berghel. Il affirme que cette affaire lui rappelle celles du terrorisme, lorsque les services de sécurité, quand ils ne trouvaient pas de chefs d?inculpation pour poursuivre des personnes, ils leur collent la non-dénonciation de criminels, parce que, tout simplement, ils sont passés par malchance dans une rue où un terroriste a commis un attentat. L?avocat s?est également interrogé quant à l?objectif recherché à travers l?abrogation de l?article 119 du code pénal, qui consacrait de lourdes peines aux crimes économiques, et son remplacement par une peine de 20 ans, pour le correctionnaliser à la fin et ne pas faire de différence entre celui qui vole un dinar et celui qui vole mille milliards de dinars. Abdelmoumen a été invité par George Bush et Condoleeza Rice à un dîner Il s?est attaqué à l?instruction qui a qualifié l?association de malfaiteurs pour inculper les cadres de la banque. « Comment croire qu?une association de malfaiteurs puisse avoir non seulement une banque mais une armée de 900 convoyeurs, un agrément et des avions ? » Il souligne que Djamel Aziz n?a pas remis la liste des bénéficiaires des cartes de thalassothérapie et que le contrat de sponsoring avec ce centre porte l?entête du centre de thalassothérapie et non pas celui d?El Khalifa Bank. Il indique que l?expert Hamid Foufa a déculpabilisé les directeurs d?agence et précisé que le seul responsable est Abdelmoumen Khalifa. Il présente Djamel Guellimi comme une victime de sa relation avec Abdelmoumen Khalifa. Guellimi a jeté le tablier après un désaccord avec Raghed Echemâa. Il affirme qu?il est également victime de sa première affaire de l?aéroport, dans laquelle il a été condamné à 18 mois de prison, et pour laquelle il a bénéficié d?une grâce de 2 mois, après 16 mois de détention. « Il ne sortira pas rapidement du fait que le parquet s?est opposé à sa libération et il a fallu saisir la chambre d?accusation et surtout le ministre de la Justice pour que Guellimi quitte la prison à un mois de la fin de sa peine. » Me Berghel affirme que l?opinion publique est convaincue que les vrais coupables ne sont pas au box des accusés et à ce titre, il demande au tribunal de répondre le jour de la mise en délibéré de l?affaire par « un non à toutes les questions posées afin d?éviter une autre catastrophe au pays. C?est une affaire politique et non de droit. L?ancien gouverneur, Abdelwahab Keramane, l?a affirmé, Abdelmoumen l?a réaffirmé, alors entrez dans l?histoire en rendant un verdict juste ». Il explique que Abdelmoumen a commencé à avoir des problèmes à partir du moment où il a créé sa chaîne de télévision. Tout le monde, dit-il, savait qu?il volait de l?argent mais personne n?a bougé, mais le jour où il a lancé sa télévision et commençait à apparaître partout, l?artillerie lourde a été utilisée pour le casser. Medelci a accepté d?assumer sa responsabilité au lieu d?accuser d?autres parties. « J?ai demandé l?audition d?Ahmed Ouyahia, auquel je rends hommage pour avoir accepté, mais le tribunal ne l?a pas convoqué. Je l?ai fait parce qu?il était responsable en cette période, et à ce titre, il se devait de nous donner des explications. Cette affaire est du terrorisme économique, tout comme le dossier des disparus, et je refuse les règlements de comptes. Si vous décidez de dire que cette affaire n?est pas criminelle, vous allez rendre confiance au peuple et crédibiliser les institutions de l?Etat, notamment la justice. » Maître Berghel termine tout ému, les larmes aux yeux, en demandant l?acquittement de ses mandants. Défendant Djamel Guellimi, maîtres Boubekeur Khalifa Saïda et Bachi Mohamed se sont succédé devant le prétoire pour tenter de démolir les actes d?accusation. Ils reviennent sur la personnalité de l?accusé, son passé et celui de sa famille, pour affirmer que Guellimi n?est qu?une victime de Abdelmoumen, son ami d?enfance et de quartier. Les deux avocats s?attaquent à l?instruction et affirment que l?accusation ne repose sur aucune preuve, sans compter que l?arrêt de renvoi de la chambre d?accusation ne repose sur aucune suite logique. notent que le fait que Guellimi soit au bureau de maître Rahal le jour de la signature de l?acte d?hypothèque, ne signifie en rien que c?est lui qui l?a signé. « Guellimi a reconnu au tribunal que cette signature n?est pas celle de Rahal ; s?il était impliqué, il aurait tout simplement déclaré qu?il ignore. C?est au parquet de ramener les preuves de l?accusation et non pas à l?accusé. » A propos du faux en écritures administratives, les avocats relèvent que ce faux concerne des écritures privées qui n?avaient pas encore été enregistrées. Ils ont été remis à Issir Idir Mourad, sans savoir ce que Abdelmoumen présageait en faire. « Il a tout bonnement abusé de sa confiance », déclarent les avocats qui ajoutent qu?en rendant service à maître Rahal, Guellimi ne « savait pas que Abdelmoumen allait utiliser ces actes pour voler. Abdelmoumen n?était pas un ange, mais un renard ». Pour argumenter sa puissance et sa force, ils révèlent qu?à cette époque, il avait même été convié à un dîner à Washington par George Bush et Condoleezza Rice. Ils expliquent que le terrain que lui a donné Khalifa, il l?a eu en contrepartie d?un Pajero dont le prix à l?époque avoisinait celui du bien foncier. Il dément avoir reçu Yasmine Keramane à Paris et que pour les conventions de sponsoring, ils affirment que l?accusé les avait signées sur instruction de Abdelmoumen. Maître Fetnassi, plaidant pour Karim Boukadoum, déclare que les déclarations de Lazhar Bounafaâ entrent dans le cadre d?un règlement de comptes qui remonte à l?époque où l?accusé était président du conseil d?administration des trois OPGI d?Alger (Dar El Beida, Alger Centre et Bir Mourad Raïs) et Bounafaâ était directeur général de l?OPGI de Dar El Beida. Il s?interroge comment des personnes ayant bénéficié de sommes colossales sous forme de prêts aient été citées comme témoins, à l?image de Lakhdar Khalifa, frère de Abdelmoumen. La veille, maître Moda, plaidant pour Issir Idir, note que le crédit accordé à Khalifa n?a pas été destiné à la création de la banque, mais à l?importation de matière première pour KRG. Il affirme n?avoir jamais été employé à Khalifa, puisqu?il est resté pendant 4 mois comme chef de projet et n?a à ce titre bénéficié d?aucun privilège ou avantage. Maître Berghel, défendant le notaire maître Rahal, contre lequel une peine de 18 ans de réclusion a été requise, indique que l?accusé n?a jamais eu l?intention de commettre un acte frauduleux et qu?aucun des éléments constitutifs de cette accusation n?a été établi. Par ailleurs, Mustapha Farouk Ksentini, avocat de la famille Chaâchouâ, le père Ahmed et les enfants Badredine et Abdelwahab, déclare ne pas comprendre pourquoi cette précipitation à juger l?affaire sans la présence de l?accusé principal, Abdelmoumen Khalifa. « On aurait pu mettre les accusés sous contrôle judiciaire jusqu?à l?extradition de Khalifa. Les Britanniques ne vont pas tarder à le livrer à l?Algérie. S?ils continuent à le garder, ils tomberont dans le recel de malfaiteurs. Cela n?est pas dans leur intérêt national. Je pense qu?on ne peut juger cette affaire en l?absence de l?accusé par souci de rassembler tout le dossier. Il y a 70 inculpés pour délits, l?affaire aurait pu attendre, car nous voulons que les choses soient bien faites », a-t-il déclaré. Selon lui, El Khalifa Bank a été gérée par Abdelmoumen comme un casino. « Une banque gérée par des bouts de papier », a-t-il dit. Il a rejeté toutes les accusations retenues contre ses trois clients.




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