Présentation du livre Désert, désir d’éternité, La passion du Sahara de Ourida Nekkache et Maïssa Bey



Je vois mon pays de pierres et de lumières / Je vois des montagnes sauvages défier le soleil/ Je vois mon peuple bleu aux yeux remplis d’honneur et de sel / Je vois des mères aux tresses éternelles pleurer leurs terres / Je vois des femmes à la peau douce et aux seins gonflés d’espoir / Je vois… Je vois / Là tout proche de mes mains tendues vers le désert / Un pied sur mes rêves / Et l’autre sur mon poème. »

Ce poème dédié aux Touareg qui se sont battus pour leur liberté est signé Ourida Nemiche Nekkache qui, sur la base d’une collection de photographies qu’elle a réalisée, a coédité un ouvrage avec Maïssa Bey, romancière, toutes deux passionnées du Sahara algérien. Ce qu’elle voit est retranscrit en images mais aussi en poésie. Cette ouverture représente en quelque sorte un prélude aux chants qui vont suivre dans cet ouvrage. D’abord les siens, ensuite ceux qu’elle a recueillis et traduits (Terre inachevée jusqu’à la perfection) et, enfin, la prose poétique de la romancière algérienne dont la seconde partie intitulée Désert, désir d’éternité donne son titre au livre édité par Dalimen. Loin de toute visée exotique, la passion de Ourida Nemiche se traduit d’abord dans la photographie où même les paysages renferment toujours une part d’humanité, mais aussi d’humilité derrière leurs imposantes présences et les étranges pierres sculptées par le temps qui jonchent cet espace oublié des dieux. L’habitant du désert est omniprésent, ne serait-ce que par les traces qu’il laisse : un verre de thé, un feu, des traces de pas éphémères sur les dunes, etc. « Si tu décides d’aller vers le désert/ Apprends d’abord l’humilité/ Car là où tu poseras tes pieds/ Aucun bruit ne se fera/ Sache que dans l’immense silence/ Tu n’entendras que les pas de ton cœur », nous prévient l’universitaire de Sidi Bel Abbès (qui réside à Oran). Poussée par une passion, loin de toute prétention académique, elle a entrepris, depuis quelques années, d’abord pour elle-même, la traduction de quelques vestiges poétiques qui, hérités de génération en génération, ne demandent qu’à survivre davantage. « Cette poésie pratiquée par des gens ordinaires risque de disparaître sans qu’il y ait une plume qui la cristallise », confie-t-elle et, pour elle, la séduction a opéré dès la découverte des chants d’amour, de gestes où même de religion qu’elle présente dans cette contribution. « Où vais-je aller/ Vers où vais-je m’orienter/ Rends-moi ma selle et mon épée/ Car vois-tu le désert est ma liberté/ Car comprends-tu le désert est ma destinée. » Ce poème, parmi d’autres, est recueilli dans l’Ahaggar. D’autres proviennent du Gourara, d’Adrar ou d’autres contrées toutes aussi fascinantes comme cet extrait du Gourara. « Au nom de Dieu moulana, je vais parler/ De mon cœur qui s’est emballé/ Au nom de Dieu apaise-toi/ Car Fedna fille de Tala/ M’a laissé/ De l’eau, un peu d’eau pour ma gourde asséchée/ Pour mon cœur perdu. » « L’inquiétude concernant le risque de disparition de cette poésie vient d’abord des gens du Sud eux-mêmes. Ceux que j’ai rencontrés, ils sont nombreux, pensent déjà que leur descendance se désintéresse déjà ou, du moins, n’accorde pas l’intérêt qu’il faut », rapporte-t-elle. Pourtant, poursuit-elle, la poésie rythme leur quotidien et accompagne les grandes étapes de leur vie, mais le répertoire s’appauvrit. Parlant de la collection photographique reproduite dans cet ouvrage, elle confie que l’idée lui est venue d’abord de la poésie : « Avec elle (la poésie), les paysages se sont imposés à moi. » D’où cette représentation de l’infini mais presque toujours à partir d’un lien symbolique comme les lucarnes des ksour, les palmiers (presque sacrés), etc. Mais ici la démesure est synonyme d’humilité. De son côté, Maïssa Bey ouvre avec un extrait d’un poème de Djamel Eddine Bencheikh (Ici s’exaspère la passion). Son talent de romancière donne à l’ouvrage une dimension particulière et renforce les images par celles produites par sa prose dont certains courts passages se suffisent à eux-mêmes : « Il y a sur les rives du silence tant de rêves ensablés. » Un travail de méditation qui lui fait dire aussi : « Ecouter la résonance tremblante de ces voix que transporte le vent, et que seuls les hommes libres peuvent capturer (…) » Tant de passages pour un hymne au désert mais surtout à ses habitants. L’ouvrage fera l’objet d’une présentation le 21 septembre au CCF d’Oran par les deux auteures.





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