Parution. L’Algérie en péril de Maâmar Benguerba



L’auteur annonce déjà la couleur dans le titre de son ouvrage : l’Algérie en péril, gouvernance, hydrocarbures et devenir du Sud. Le livre s’articule autour de ce triptyque dont l’auteur tente tout au long de l’ouvrage d’expliquer les enjeux et les conséquences des politiques de développement successives menées jusqu’à aujourd’hui sur la stabilité du pays.

L’intérêt de l’ouvrage réside dans le parcours professionnel et militant de son auteur ; un commis de l’Etat aujourd’hui à la retraite qui a le privilège de bien connaître le fonctionnement des rouages de l’Etat et du système pour avoir été tour à tour gestionnaire, parlementaire et ministre. Le mérite de cet ouvrage, aux accents très critiques, est que son auteur casse un tabou qui veut que généralement quand on est congédié de son poste après avoir occupé de hautes fonctions dans les institutions de l’Etat, on s’interdit toute critique vis-à-vis du système et des hommes forts de ce système. C’est que quand on a touché à la responsabilité, et ce, que cela induit comme privilèges, on ne désespère jamais de revenir un jour aux affaires ! M. Benguerba a osé le pas même si l’enfantement n’a pas été facile, dans la mesure où les maisons d’éditions qu’il a sollicitées ne se sont pas montrées beaucoup emballées pour éditer son livre pour des raisons liées, bien évidemment, à son contenu. « Près de deux années après, les dernières élections présidentielles se résument à la consolidation du système de pouvoir », écrit l’auteur qui porte un regard très critique à de propos la loi sur les hydrocarbures. Il y voit une accélération du « mouvement de dénationalisation des ressources en hydrocarbures » avec comme corollaire la disparition de Sonatrach et une revendication autonomiste plus affirmée du Sud. Le pouvoir entretient l’illusion du changement, mais le système reste et se perpétue en reproduisant les mêmes pratiques et les mêmes dysfonctionnement, écrit l’auteur. A preuve, soutient-il, le « départ du premier responsable de l’Anp et le bouleversement de ses chaînes de commandements n’a en rien écorché la carapace bien huilée du système du pouvoir ». Il appréhende le pouvoir en tant que système qui se nourrit des réseaux, des intérêts claniques, du partage de la rente, et de soutiens intéressés qui se recrutent dans la classe politique, dans la société civile et le mouvement associatif avec une mention spéciale pour les zaouïas et les confréries religieuses. « A aucun moment de l’histoire de l’Algérie indépendante, les zaouïas n’ont occupé pareille position sur le terrain politique », observe l’auteur. Il se livre à une critique en règle contre le système de gouvernance, l’opposition qui n’a, selon lui, d’opposition que le nom, la compromission avec le pouvoir des partis politiques, des organisations sociales avec à leur tête l’UGTA, les personnalités « assujetties », les médias de masse sous monopole strict du pouvoir, l’alliance présidentielle perçue comme « une volonté de reconstitution du parti unique », les zaouïas et les confréries religieuses utilisées comme « contre-feux pour réoccuper et discipliner l’espace religieux ». Au volet économique, son verdict est sans appel. « L’Etat continuera à financer les demandes sociales tant qu’une économie de production ne s’est pas substituée à l’économie distributive et tant que les revenus en hydrocarbures le permettront », prévient-il. Sur le dossier controversé de la privatisation, il considère que « les hésitations qui caractérisent la gestion de ce dossier se fondent sur des intérêts claniques enveloppés dans certains cas en des dogmes approximatifs ». Le lecteur pourra également découvrir dans cet ouvrage des informations et des analyses fort pertinentes sur nombre de sujets d’actualité, tels que la politique énergétique et les retombées de la loi sur les hydrocarbures jugées dangereuses pour l’avenir des générations montantes.




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