Note de lecture, L’ordre et le désordre



Quel bonheur que d’avoir sous la main un livre qui traite avec sérieux de l’école algérienne ! Nous l’avons eu cette chance en lisant un essai au titre fort significatif : L’ordre et le désordre, signé par le professeur Nouredine Toualbi-Thaâlibi. Docteur en psychologie clinique, diplômé de la Sorbonne, il est connu pour ses nombreux écrits sur l’institution éducative. C’est aussi un observateur averti de la vie nationale prise sous l’angle sociologique. Dans sa dernière livraison, il invite le lecteur à une visite guidée dans les méandres de la descente aux enfers de la société algérienne. L’ouvrage est structuré en chapitres liés les uns aux autres par un fil conducteur : l’opposition entre l’ambition toute formelle d’accéder à la modernité et les réflexes de l’archaïsme idéologique. Dans cette masse fouillée d’indications, d’analyses et de projections, le système éducatif se taille une bonne place. Il est même décrit avec force détails comme étant à l’origine de certains dysfonctionnements de la société algérienne. Un véritable scanner où les outils conceptuels des grands maîtres de la sociologie moderne (Durkheim, Bourdieu, Passeron, Max Weber) sont sollicités pour décortiquer l’état comateux dans lequel est plongé notre société. Parfois le scientifique use d’un vocable spécialisé que le profane aura vite fait de décrypter à partir du contexte. En fin pédagogue, l’auteur s’est soucié de l’impact grand public. Il n’a pas rédigé pour un cercle fermé d’initiés et là est tout son mérite. La qualité des analyses et la pertinence des propositions allant de soi chez un universitaire de cette trempe. Dans les passages sur l’école, le professeur Toualbi a pris soin d’illustrer ses critiques à l’encontre des pédagogues/idéologues du ministère par des extraits de manuels en éducation islamique notamment. Imparable procès qui n’a pas épargné le pouvoir politique pour ses atermoiements à abroger l’ordonnance du 16 avril 1976. Toutefois, il a pris soin de noter que des efforts de remédiation sont entrepris dans l’élaboration des nouveaux manuels. Nous prenons acte de cette précision, en attendant une évaluation critique des contenus. Le plaidoyer de l’auteur s’inscrit résolument dans le défi majeur qui se pose à l’Algérie : comment mobiliser les sources vives de l’intelligence pour prendre place dans le village planétaire. Les intellectuels ne sont pas oubliés. Ils sont définis à partir de leur degré d’allégeance au pouvoir, rendant un hommage à ceux qui maintiennent intact leur esprit critique. Dans cette opération chirurgicale, le psychologue laisse aller son scalpel pour extirper le mal du régionalisme, source du népotisme et du tribalisme dévastateurs. Ce fléau gangrène l’appareil de l’Etat pour s’infiltrer insidieusement dans le corps social. Il en démonte les mécanismes psychosociologiques et conclut — preuves à l’appui — à la collaboration honteuse de certains intellectuels dans la propagation de ce fléau. Ils en sont les relais. D’autres pans de la société sont passés au crible. Ils interpellent le citoyen soucieux de comprendre ces « tuiles » qui lui tombent sur la tête à chaque crise cyclique que connaît le pays. Un citoyen mangé par la pauvreté et à qui l’on répète avec cynisme que les caisses de son Etat regorgent de milliards de dollars. Une proie alléchante qui s’offre aux démons dénoncés dans ce livre (régionalisme, népotisme). L’ouvrage se lit d’une seule traite avec une écriture aérée qui laisse deviner une autre facette de l’auteur. N’est-il pas docteur ès lettres et sciences humaines ? En refermant le livre, le lecteur retient une chose : la vérité est une quête permanente chez les vrais scientifiques, ceux qui ont le courage de leurs idées. Les faux, eux, se contentent de plaire au prince du moment quitte à tordre le cou à l’éthique et à manger au râtelier de la rente.

 L’ordre et le désordre, essai de Nouredine Toualbi-Thaâlibi préfacé par Mouloud Achour. 172 p. Casbah éditions, juillet 2006





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