Lutte contre la drogue : L’Algérie visée par la filière colombienne



La menace est réelle et l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Onldt) a des raisons de croire à l’imminence de la nouvelle stratégie de la filière colombienne qui cherche à remplacer le comptoir espagnol, pris en étau, en faisant du Maghreb, principalement l’Algérie, un axe de transit vers l’Europe, le plus grand marché de consommation au monde.

La sonnette d’alarme a été tirée, une fois de plus, par les responsables de l’office à l’occasion de la Journée d’information et de sensibilisation organisée hier à Tébessa. Les barons de la drogue, deuxième marché économique mondial après celui du trafic d’armes et loin devant le pétrole, veulent exploiter la perméabilité des frontières et la faiblesse du contrôle dans la région pour préserver et fructifier leur source de revenus. Mais ils cherchent aussi à l’établir dans la région qui constitue un marché potentiel. L’Algérie, longtemps restée pays de transit, est en passe de devenir un pays consommateur. Il y a péril en la demeure, avertit Aïssa Gasmi, directeur de la coopération internationale au sein de l’office. Les 20 millions de jeunes qui constituent la population algérienne aiguisent l’appétit et suscitent l’intérêt des réseaux. La consommation du cannabis chez nous s’est largement répandue depuis au moins deux décennies et celle des psychotropes se développe d’une manière galopante et inquiétante alors que la tendance va vers la culture de la plante, selon les indices des services de sécurité. La région Ouest est la plus touchée avec 48% du trafic et le principal itinéraire connu est celui qui passe par la frontière sud du Maroc, El Bayadh, Naâma, Ouargla et enfin El Oued où la drogue est distribuée et acheminée vers le marché local et ceux de l’Europe et du Moyen-Orient via la Libye et la Tunisie.Le choix de Tébessa pour abriter cette rencontre, à laquelle les autorités locales ont accordé la plus haute importance, est dicté par la géographie de la wilaya et sa position frontalière, à l’instar de Tlemcen à l’Ouest qui a accueilli, deux mois auparavant, une activité similaire. La nature transfrontalière du trafic de drogue prédestine Tébessa à devenir une plaque tournante tous azimuts alors qu’elle fait déjà la cible de marché de consommation de psychotropes. En 2005, elle a été classée comme la plus touchée par ce commerce qui frappe l’est du pays où le taux de consommation a atteint 78,5%. Son avenir est aussi déterminé par son voisinage avec la Tunisie et surtout avec la wilaya d’El Oued qui ne devrait pas tarder à contaminer Tébessa et à développer, selon les spécialistes de l’office, ses ramifications. Il y a quelques jours, tout juste, les brigades de la gendarmerie ont mis la main sur un réseau de trafic et récupéré pas moins de 6 kg de kif traité. Dans la stratégie de prévention et de répression du trafic et de la consommation développés notamment grâce à l’installation, en octobre 2002, de l’Onldt et la promulgation de nouvelles lois en décembre 2004, l’Etat semble avoir pris conscience de la mesure du danger considéré à juste titre comme une arme de destruction massive, pernicieuse et aussi dévastatrice que le terrorisme qui a marqué la décennie écoulée. Cependant, la traduction de ces efforts sur le terrain et la jonction des actions avec les différents relais de la société n’ont pas encore avancé pour créer une dynamique sociale de lutte contre le fléau de la drogue et un mur assez fort et assez étanche pour endiguer le mal qui a surtout besoin d’être extirpé à la racine. Les interventions qui ont émaillé les débats se sont fixé généralement sur ces questions. Les réponses, malheureusement, n’ont pas été édifiantes pour les présents qui semblent disposés, chacun dans son domaine, à prendre part à l’effort de lutte. C’est peut-être là le maillon faible de la nouvelle politique qui a besoin probablement d’une ultime retouche pour provoquer le déclic.

Tébessa. De notre envoyé spécial



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