Algérie - Andalous


Les Niqlabates

Les Niqlabates
Le déroulement de la Nouba des Niqlabâtes

La Nouba des Niqlabâtes est une suite vocale et instrumentale construite à partir d'une "progression" dans les sept Tubu' principaux de la Çan'a. Le tempo quant à lui va rester pratiquement constant pour tous les Niqlab. Quand une Nouba des Niqlabâtes n'utilise qu'un seul rythme d'accompagnement pour tous les Niqlab qui la constituent on parle de "Silsila". ( Par exemple: Silsila du Mizane Soufiane ou du Mizane Bashraf) .
Les anciens maîtres du genre (les M'aalem ou chef de formation musicale) changeaient toujours d'instrument pour jouer cette Nouba. Le Rebeb (instrument roi de la grande Nouba) était remplacé soit par la Kwitra, soit par le violon ou la Mandoline lors de l'exécution de la Nouba des Niqlabates (mais aussi lors d'un programme du répertoire apparenté).

Le déroulement de cette Nouba se fait de la façon suivante:

1. Le Tshambar :
Ouverture instrumentale qui rappelle la Touchia par certains aspects. Les Tshambar qu'on accompagne avec un rythme de la percussion à deux, à quatre ou à sept temps possèdent en fait, tout comme certaines Touchiates, des structures rythmiques aussi variées que complexes. Aussi l'adoption d'un rythme d'accompagnement unique pour un Tshambar donné interpelle toujours les musiciens critiques...

Notons que le Tshambar utilise plusieurs Tubu' ou modes musicaux et que nous y retrouvons parfois quelques motifs musicaux présents dans les Niqlab.

Nous connaissons les Tshambar Sika, 'Araq, Raml_Al_Maya, Zidane, 'Adjami.
On utilise aussi (récemment) des ouvertures de type Bashraf tirées du répertoire de Constantine en guise d’introduction à cette Nouba.


2. L'Istikhbar :
Prélude vocal sans accompagnement de la percussion. C’est un court poème écrit en arabe classique (un extrait de deux ou trois vers ) et qui utilise essentiellement trois des seize mètres de la poésie classique. Il est chanté en solo et est entrecoupé par des improvisations instrumentales qui reprennent le motif vocal. Pendant le chant, les instruments soutiennent discrètement la tonique, les pauses importantes du tab’ et parfois certaines formules mélodiques caractéristiques du Tab'.

L'istikhbar annonce une série de pièces vocales: les Niqlab.
On compte sept Istikhbar, un par Tab’ de Niqlab.


3. Le Niqlab :
Pièce vocale sur un mouvement assez léger qui vient après une courte introduction musicale appelée Krissi ou Mizane. Le Niqlab utilise différents rythmes d'accompagnement de la percussion. Les 2/4, 4/4, 6/4, 7/4, 8/8.
Certains musiciens adoptent les rythmes d'accompagnement à 3/4 ou 5/4 pour "masquer" certains Niqlabs qui présentent des défauts de structure rythmique.

Après l'exécution de la série des Niqlab dans un Tab’, on passe à un autre Tab' en faisant entendre sa note principale. On le fait, en général, en modifiant les deux dernières mesures du dernier Niqlab d'une série en "plaquant" une formule mélodique typique du mode annoncé.
Après cela on joue alors l'Istikhbar du mode, le Krissi et la série de Niqlab du Tab’ annoncé.

Par "modulations" successives, on passe du Tab’ Moual au Tab’ Mezmoum suivant la progression: Moual (Do), Jarka (Ré), Raml_Al_Maya(Ré), Zidane(Ré), ’Arak(Ré ou Mi), Sika(Mi), Mezmoum(Fa).

Dans la pratique actuelle, on observe que la Nouba débute par le Tab' Jarka évitant ainsi le Tab' Moual.

On a l'habitude de terminer la Nouba des Niqlabates par des Niçraf et Khlass dans le mode Mezmoum.

Notons que Jules Rouannet (sans citer le Tab' Mezmoum) nous donne une autre progression qui va du Raml-al-maya (La) au Jarka (Fa). Cette organisation des Tubu' de la Nouba des Niqlabates quoique différente de celle qui est pratiquée actuellement ne remet pas en cause le principe de la progression ascendante des notes de base de l'échelle des Tubu'. (Il est vrai qu'à partir du milieu du vingtième siècle on a commencé à jouer les Tubu' sur des notes plus basses par rapport à celles citées chez certains auteurs et par rapport à celles que nous retrouvons dans les premiers enregistrements de la Çan'a. De même quatre des sept Tubu' fondamentaux se jouent sur la même note de base (Ré) avec Raml_Al_Maya, Jarka, Zidane et 'Araq.)
La progression citée par Rouannet qui associe à chaque Tabb' une note distincte de l'échelle musicale mérite qu'on s'y attarde un peu. Dans la Qacida religieuse nous trouvons d'autres progressions dans les Tubu' et les rythmes Niqlab sont insérés entre les Derdj et les Niçraf. Tous ces éléments nous suggèrent que la Nouba des Niqlabates n'a peut-être pas livré tous ses secrets et que le Niqlab est loin d'être une pièce "mineure" dans le corpus de la musique Çan'a.. En ...

Les Niqlabates dans la pratique courante.


En général la Nouba des Niqlabâtes se fait toujours selon les règles énoncées plus haut. Mais les musiciens se limitent de plus en plus à un seul Niqlab par Tab' . Par contre ils multiplient le nombre de Khlass à la fin de la Nouba.
Quelques points attirent cependant l'attention:
1. Il arrive qu'on ne chante pas tous les Istikhbarates en se contentant que d'une ou deux répliques instrumentales de l'Istikhbar.
2. On ne chante pas systématiquement tous les Modes de Niqlab. La nouba la plus courante utilisera la progression: Djarka, Raml_Al_Maya, 'Araq, Zidane, Sika et Mezmoum (avec Niçraf et Khlass dans ce dernier mode).
3. On évite de plus en plus de jouer les Tshambar d'ouverture ainsi qu'un certains nombre de Niqlab "réputés" difficiles (en fait à la structure rythmique défectueuse conséquence de certaines manipulations ? ).
4. Une tendance "bizarroïde" à fait adopter à certains musiciens le rythme 6/4 pour accompagner tous les Niqlabates que les anciens jouaient à 2/4 (un peu par snobisme, un peu pour se démarquer). Une méprise "monumentale" car le 6/4 dans les Niqlabates obéit à des règles strictes que certains musiciens semblent ignorer.
5. Devant certains pièces à la structure rythmique incomprise ou incohérente on voit certains percussionnistes adopter le rythme d'accompagnement à 5/4 (ou à 3/4) plus facile à compenser en fin de phrase. (Notons qu'aucune structure cohérente utilisant le rythme 5/4 n'est présente dans le corpus des Niqlabates et nous verrons pourquoi dans notre section sur les rythmes. Voir "Aspects Techniques").

Les Niqlab restent très prisés dans la pratique algéroise (Çan'a et Chaabi). Certains morceaux (trop manipulés par des maîtres influents) gagneraient cependant à être revus (structures rythmiques et découpage du texte défaillants)… Mais cela est un autre chapitre !
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)