Les Hafsides et l’Espagne, une histoire pathétique


Les Hafsides et l’Espagne, une histoire pathétique

4ème partie et fin

En 1535, l’Infant de Bougie se trouve dans une impasse financière catastrophique car sa pension ne lui est pas versée régulièrement. Criblé de dettes, harcelé sans répit par ses redoutables créanciers, il a recours à son maître et protecteur l’empereur: il sollicite de la puissante maison d’Espagne le règlement de ses dettes. Promptement, Charles Quint s’adresse aux maîtres de sa chambre des comptes, il écrit: «l’illustre Infant de Bougie, Don Fernando, devait recevoir chaque année, selon notre bon plaisir cinq cent mille maravédis avec l’obligation de payer six cents ducats à ses sœurs, cousines et nièces pour leur entretien... En considération aux services que Don Fernando m’a rendus et qu’il continue à me rendre, je consens à ce qu’il lui soit fait remise de la somme dont il s’agit (11). «La lettre de l’Infant adressée à sa Majesté, datée de janvier 1535, donne d’intéressants détails sur les relations qui existent entre les deux personnages et les services qu’il pourrait rendre si on lui permet de se déplacer à Bougie.

Son engagement personnel apparaît clairement dans cette missive; il se propose de remplir le rôle de missionnaire auprès de la population de cette ville ou «il espère amener plus de Maures à se convertir et gagner les âmes à la sainte foi catholique (12)». En outre, on peut souligner que son souci d’améliorer ses relations avec sa famille et de faire accepter sa conversion par ses compatriotes, préoccupe, pendant longtemps, le prince et jusqu’à son dernier souffle; on peut lire dans son courrier où il soutient qu’il «pourra entrer en négociation avec ses parents et Ahmed El Kadi, Seigneur de Kouko... Enfin s’il acquiert la certitude que les Maures ne pourront plus lui nuire pour s’être fait chrétien, il n’importunera plus si souvent sa Majesté (13).» Par ailleurs, il se veut politicien et diplomate qui pourrait rallier à son camp et par conséquent à celui des Espagnols, Ahmed El Kadi, leur ennemi intraitable «afin de susciter des embarras à Barberousse(14)» car leur haine commune des Turcs pourrait amener un rapprochement... «Ce chef, dit Marmol était de bonne maison et de la race des anciens seigneurs d’Alger.» C’est également, avec subtilité et désintéressement que l’Infant de Bougie tente de convaincre l’Empereur que son séjour dans sa ville natale serait bénéfique et pourrait être utile à la politique de l’Espagne contre les Turcs; il écrit «qu’il est convaincu qu’il peut faire beaucoup à cet égard, si sa Majesté consent à l’aider en lui envoyant seulement des lettres parce que dans la circonstance l’adresse vaut mieux que la force (15)». Enfin, la lettre s’achève en mettant en relief l’entente et la paix qui ont marqué les relations entre les deux souverains, son père Moulay Abdellah et Don Ferdinand, grand-père de Charles Quint. De nombreuses questions assaillent notre esprit: la captivité de Don Fernando a-t-elle été dure? Privé de liberté, ce captif a-t-il connu la monotonie des jours, la nostalgie lancinante que rien ne peut adoucir sinon le retour au pays de ses ancêtres les plus lointains? Perdu dans les méandres du vide, la vie lui a-t-elle été agréable, loin de la cour bougiote, au goût raffiné largement influencée par les courants andalous? Se trouvant dans une situation financière des plus difficiles, cet otage a-t-il ressenti un manque de considération sociale? S’est-il enraciné en Espagne, en laissant une quelconque progéniture qui puisse rappeler son passage dans la péninsule Ibérique? On pourrait se poser bien d’autres questions qui resteront sans réponse car l’histoire est muette à ce sujet. Le long et brillant règne hafside a échoué lamentablement sur les côtes espagnoles.

Mahmoudi Meriem

Bibliographie:

11- Lettre de l’Empereur aux maîtres de sa chambre des comptes pour l’affaire de l’Infant de Bougie; Madrid, le 14 Février. Arch. De Simancas-Estado, Legajo, 462 12- Revue Africaine, de 1856 à 1868 13- Ibn Khaldun, Histoire des Berbères traduction De Slane. Les Hafsides, dynastie musulmane qui régna en Afrique du Nord de 1228 à 1574 et eut pour capitale Tunis. 14.15, lettre de l’Infant de Bougie à sa Majesté, Janvier 1535. Arch. De Simancas-Estado,legajo, 462




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