Algérie - Radio et télévision


LES CHAINES ARABES SE MULTIPLIENT : La télé algérienne se cache pour mourir



Après les Libanais (LBC), les Saoudiens (MBC), les Qatariotes (El-Jazeera), etc., le Maroc a décidé de se lancer dans la conquête des millions de téléspectateurs maghrébins, prenant ainsi bien des longueurs d’avance sur ses voisins immédiats, notamment l’Algérie, qui se garde, jusqu’à maintenant, d’ouvrir son champ audiovisuel.

En inaugurant hier sa chaîne satellitaire d’information en continu «Medi1 Sat», le Maroc semble décidé à investir un «marché» déjà convoité par plusieurs télévisions du Moyen-Orient et du Golfe. Le patron de la chaîne, le Français Pierre Caslta, cité par l’AFP, affiche déjà les ambitions de la toute nouvelle chaîne marocaine. «Nous voulons être la première chaîne d’information du grand Maghreb et de la communauté maghrébine d’Europe», affirme le patron de la chaîne qui avait lancé en 1981 Medi1, radio qui émet en français et en arabe et qui reste l’une des radios les plus écoutées dans la région.

Medi1 n’est pas la seule chaîne à afficher son ambition de s’ancrer dans la région. Bien avant la chaîne marocaine, LBC et MBC avaient décidé de se lancer dans la même aventure, en annonçant soit le lancement d’une chaîne dédiée pour la région (LBC), ou carrément la création d’une télé 100% maghrébine (MBC et ART).

 Pour se mettre au niveau de ses potentiels concurrents arabes qui avaient déjà pris la mesure de l’importance d’investir un champ audiovisuel qui compte plus de 80 millions de téléspectateurs, à la fois pour des raisons commerciales et «politiques», les responsables de la nouvelle chaîne satellitaire marocaine n’ont pas lésiné sur les moyens. La construction et les équipements techniques ultra-performants ont coûté 14 millions d’euros et les frais de fonctionnement annuel sont estimés à 15 millions d’euros, qui devraient être financés par la publicité. Dans un premier temps, la télévision diffusera de 14h00 à 20h00, avec des flashs d’information de cinq minutes en arabe et en français toutes les demi-heures, et deux grands journaux de 25 minutes dans les deux langues à 18h00 et 19h00. Plus tard, elle étendra ses programmes au matin puis à la soirée. Elle devrait diffuser des documentaires, des talk-shows, mais dans l’immédiat pas de sa propre production. «Notre principe c’est la rigueur, l’honnêteté, la clarté d’écriture sans prendre parti», explique le directeur de la rédaction Marc Saikali.

 La nouvelle station privée compte une centaine d’employés dans leur quasi-totalité marocains, ainsi que 29 journalistes répartis pour moitié entre francophones et arabophones, eux-mêmes de huit nationalités: marocaine, libanaise, syrienne, algérienne, jordanienne, tunisienne, française et suisse. La moyenne d’âge est de 28 ans. «On joue l’empathie avec le public: les présentateurs sont sympathiques, jeunes, ne cherchent pas à éblouir et n’ont pas le visage hiératique comme c’est le cas des chaînes du Golfe», explique le patron de la chaîne.

 Les journaux en arabe et en français ne sont pas dupliqués. «Il s’agit de les faire dans le même état d’esprit mais il faut qu’ils soient complémentaires», assure Marc Saikali. Le premier journal de la chaîne sera présenté par une journaliste algérienne.    

 Pour une chaîne dont le capital est majoritairement marocain (26% à Maroc Telecom, 26% à la Caisse des dépôts et de gestion, 14% à la radio Medi1 et 34% à un consortium français, la CIRT)

et dont les positions sur certains dossiers qui impliquent l’Algérie et le Maroc sont connues depuis longtemps et déjà véhiculées par Medi1 Radio, les Algériens ne doivent pas attendre grand-chose des principes annoncés en grande pompe par les responsables de la chaîne.       

 Cet intérêt de plus en plus grandissant des chaînes arabes pour le téléspectateur maghrébin ne fera que bousculer davantage les chaînes publiques maghrébines. Que ce soit en Algérie, en Tunisie ou au Maroc, la «démission» des télés publiques est une aubaine pour les chaînes arabes, et même pour les chaînes privées maghrébines qui veulent y tenter l’aventure d’autant plus que les chaînes françaises sont en nette perte de vitesse dans cette région. Avec les avantages qu’offre un tel «marché», à la fois sur le plan purement médiatique et commercial, nos voisins marocains, même s’ils s’y sont pris un peu tardivement, ont, semble-t-il, décidé de prendre de vitesse leurs voisins du Maghreb.

 En tous les cas pour les Algériens, l’ouverture du champ médiatique n’est pas d’actualité. Les déclarations des officiels sur ce sujet ne souffrent pas d’ambiguïté. Le ministre de la Communication a, à maintes reprises, «exclu» l’ouverture de l’audiovisuel au privé. Interrogé dernièrement sur une possibilité d’ouverture du champ médiatique, le représentant du gouvernement a fait remarquer que l’Algérie «vit une période transitoire», soulignant que «dans la conjoncture actuelle on ne peut pas livrer l’intégralité du secteur audiovisuel au marché». Il a relevé, à ce propos, que l’Etat «veille au développement de ce secteur par l’introduction de la technologie numérique, mais cela oblige, a-t-il observé, les médias concernés à développer leur capacité de production».






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