Les Belles algériennes de Nassira Belloula, Franchir les portes closes



Ecrire pour mieux vivre », Saint-Jean Perse aurait pu inventer cette réponse lapidaire rien que pour résumer la condition des écrivaines algériennes et leur motivation première.

Depuis Djamila Debèche et sa voix inédite qui conquit durant la nuit coloniale le paysage exclusivement masculin de la littérature, les femmes n’ont cessé d’emprunter l’écriture reconnue comme un pouvoir symbolique pour résister à l’ordre social établi exprimé essentiellement par la domination/ répression de l’homme. Dire les maux par les mots « en quête d’une identité usurpée soit par la colonisation soit par l’exil », et écrire aussi comme Yamina Mechakra qui disait : « J’écris avec mon cœur, mes viscères ; mes textes, en gestation, sont des accouchements douloureux. » Sans tomber dans la caricature, Nassira Belloula tente de dessiner à travers cette idée un panorama des écrivaines algériennes et leur place dans le paysage littéraire national dans son essai intitulé Les belles algériennes, paru récemment chez les éditions Media-Plus. Un recueil de confidences composé d’une vingtaine de portraits et d’entretiens avec des noms qui forment aujourd’hui cette littérature foisonnante et de plus en plus audacieuse. Evitant d’emprunter les sentiers battus des recherches universitaires en se concentrant sur le must de cette scène, à l’image de Assia Djebbar, Ahlem Mosteghanemi et Yamina Mechakra, notre consœur a tenté d’élargir son champ en mettant en exergue des plumes plus jeunes et néanmoins prometteuses telles Maïssa Bey, Nadia Ghalem et Hafida Ameyar. Poétesses, romancières ou essayistes, elles investissent toutes les formes littéraires et participent à la création de l’enseigne féminine de la littérature algérienne que tente d’embrasser cet ouvrage proposé au grand public. Tout au long des nombreux face-à-face que Belloula, elle-même écrivaine, assure avec ses femmes auteurs, elle tente d’extraire des réponses aux interrogations posées dans l’introduction de l’ouvrage sur la nature du désir d’écrire chez ces femmes, et celui du rapport exceptionnel qu’elles entretiennent avec les mots. Elle aborde aussi la question de savoir s’il existe une écriture typiquement féminine et si les Algériennes se préoccupent des mêmes sujets que les autres femmes. Et c’est de la bouche de Zineb Labidi que vient une bribe de réponse qui veut qu’on écrive à partir de sa situation sociale et historique, lorsqu’elle dit ceci : « Une femme qui écrit franchit de multiples portes et traverse une saison qui n’est sur aucun calendrier ». Les femmes algériennes l’ont compris et en ont usé pour briser les chaînes du patriarcat, ne serait-ce que symboliquement, et pour atténuer la douleur ressentie tout au long de la décennie tragique du terrorisme islamiste. C’est ce qui explique en partie la multiplication des plumes durant les années 90 assimilée au renouveau de la littérature algérienne et où ces voix féminines aspirent à occuper une place de choix et développer leur espace de signifiance en s’affranchissant d’une thématique exclusive qui empêche le corps féminin, comme l’intelligence qu’il renferme, de se dévoiler entièrement et livrer ses profondeurs inépuisables. Le pari est ainsi lancé pour revendiquer l’héritage « d’une antique civilisation qui a vu naître le premier Romain de l’humanité en la personne de l’Algérien Apulée de Madaure ». Les belles algériennes de Nassira Belloula. Editions Media-Plus, 2006.






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