Lecture de lecteur. Un amour silencieux : La parabole du papillon

Nadia Sebkhi possède l’art du roman. C’est ce que l’on découvre dans son livre fort intéressant : une large érudition de l’auteur qui nous transporte dans une histoire de cœur palpitante et compliquée et en même temps nous fait découvrir les choses de l’art.

Dans ce roman débordant d’inventivité et de sensibilité, j’ai beaucoup appris sur la peinture…et sur l’amour. Le roman que l’on termine avec regret foisonne de personnages féminins tout en couleur, aux noms antiques — Soha, Maya, Meyssa, Sarah, Farah — ou d’épopées — Zakary, Seyfi, Sami — qui « apparaissent n’obéir qu’à un engouement capricieux », comme le dit feu Lacheraf dans Des noms et des lieux. L’auteur instaure un saisissant jeu de mise en scène en abîme sentimental mais s’inscrit quand même dans la tradition des romans sociaux où les relations d’amour s’imbriquent avec l’amitié sans que le roman soit « rosissant », ce qui ne semble pas être le dessein de l’auteur. Soha, le personnage principal, est noyée dans un ego qui l’inspire. Elle est artiste avant tout. L’amour de la peinture qu’elle hérite de sa grand-mère Maryam va être le point de fuite de sa vie. Une vie qui commence mal, dès sa naissance, par le refus du père parce que fille et qui se complique par un divorce précoce. Et l’histoire nous est racontée au moyen d’une succession de quinze tableaux chronologiques, temporellement indéterminés, ce qui facilite la lecture. Divorcée, Soha, à défaut de construire une œuvre amoureuse avec Seyfi, construit une œuvre artistique dans une brisure sentimentale qui la motive. Son monde, c’est la peinture, un art pur de tout manichéisme, si ce n’est pour éclairer l’éternelle question des relations d’amour au moyen de la clarté des couleurs, des formes et de l’esprit afin de sortir du vieux combat du couple qu’on croit solide et inséparable, alors que « les femmes qui attribuent à la vie l’image suprême de l’homme se trompent ». Soha échoue dans son mariage, efface Seyfi… et réussit dans l’art qui la confirme au cours d’un vernissage brillant. Son nouveau statut l’incite à s’installer sur une position enviée par son entourage. Et cela l’exhorte à se dépenser et à briller (Soha est au fond un modèle inaccessible pour l’homme). En dépit d’un optimisme teinté d’ironie, Soha incarne l’engagement humanitaire — elle aime tout le monde — et l’espoir que l’homme peut construire et progresser. Elle progresse et capte autour d’elle ses amis et dans la frénésie tombe amoureuse de Zakary, le mari de Maya, son amie. Mais comment introduire un amant dans une vie d’artiste, une vie bien huilée ? Elle plonge et connaît alors « les délices qu’offre une passion amoureuse ». Sacré toi, Soha ! Je ne vous raconterai pas la suite de cette histoire d’amour, laissant le soins au lecteur de la découvrir, en même temps qu’il découvrira la richesse de la langue, l’art de la description des personnages et une approche sur la peinture.Nadia Sebkhi nous fait le portrait d’une certaine société, au goût et à la pratique artistique, mais qui a les mêmes problèmes que tout le monde dans l’éternelle place de la femme dans une société d’hommes. Nadia Bekhti écrit sur tout le monde avec le point de vue d’une femme car en Algérie, on écoute que les hommes. L’auteur dit des choses qui lui tiennent à cœur, à la façon spontanée, qui quelquefois frôle l’érotisme — l’érotisme des mots — mais elle les dit avec cœur. Nadia, comme Soha, n’est-elle pas tombée dans la parabole du papillon en commettant ce livre ? Sacré toi, Nadia !




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