Mostaganem - Pollution


Le risque de pollution mis en exergue à Mostaganem, Les compagnies pétrolières ciblées



A la lumière des manœuvres organisées sur la plage des Sablettes jeudi dernier, il est désormais permis de douter de nos capacités réelles à juguler dans le temps et dans l’espace une catastrophe pétrolière sur nos côtes. D’abord de par les maigres moyens déployés mais aussi par l’absence sidérale de toute simulation de pollution par une quelconque nappe flottante.

En effet, les organisateurs auront négligé cet aspect éminemment pédagogique. Les nombreux Zodiac déployés par les gardes-côtes et la Protection civile se contenteront de faire des cercles sur l’eau pendant toute la matinée que durera la manœuvre. Nulle part, il n’y avait trace d’une quelconque nappe. Pourtant, un simple épandage de sciure de menuiserie aurait permis d’entretenir l’illusion. Même le calme de la mer, ajouté à un ciel radieux, aura incontestablement contribué à dénaturer l’objet initial de la manœuvre. Curieusement, c’est côté terre que la manifestation aura eu quelques impacts. En effet, des firmes internationales hautement spécialisées dans la dépollution feront étalage de leurs équipements. C’est ainsi que le norvégien Framo fera un utile rappel de ses plus récentes interventions, notamment suite à la catastrophe du Prestige au large des côtes espagnoles. Une opération d’envergure, à la mesure de la catastrophe, et qui aura permis à cette entreprise de faire usage de son matériel de pompage d’une très haute technologie et de sa capacité à juguler une nappe pétrolière dans des conditions météorologiques exécrables. C’est ainsi, comme nous l’expliquera Roald Wie, son représentant, que la firme aura déployé des barrages flottants pouvant résister à des vagues hautes de plus de 6 mètres. Grâce à son savoir-faire, ses équipements seront adoptés par plus de 10 compagnies pétrolières qui, depuis les catastrophes de l’Exxon Valdès, et surtout celles de l’Erika et du Prestige, sont désormais dans l’obligation d’avoir des équipements qui peuvent être actionnés immédiatement après une avarie ou une perte de produits pétroliers. La firme française RCY sera également présente avec la panoplie de ses barrages flottants et d’une tente de premiers secours qui se déploie en seulement 10 minutes. Elle pourrait servir comme hôpital de campagne ou comme PC pour superviser les opérations de confinement d’une nappe. La présence de ces fournisseurs potentiels s’explique par les énormes besoins de l’Algérie et de toute la région Sud-Méditerranée en équipements afin de faire face aux risques majeurs de pollution marine par les hydrocarbures. Car l’urgence d’une réelle prise en charge de ces risques n’aura pas échappé aux décideurs. Dans son discours de la 10e conférence de la Cnuced, le président de la République soulignait, le 2 avril dernier, la nécessité pour les pays africains de se doter d’une multinationale spécialisée dans la prévention et la lutte contre ces risques.

Une position centrale

« L’Algérie, soulignait-il, a été à l’origine de la création de la société multinationale de lutte contre la pollution marine par les hydrocarbures et nous suivons de très près son évolution. » Cette initiative est en phase de concrétisation, comme nous l’affirmera Zenasni Mustapha qui exhibera non sans une réelle satisfaction l’expertise qui vient d’être finalisée par un bureau d’études de renom. L’énorme décalage entre les moyens dérisoires développés durant la simulation des Sablettes et les risques potentiels qu’encoure la région de l’Afrique de l’Ouest et cellesde la rive Sud-Méditerranée n’aura pas échappé aux observateurs. En effet, cette mer intérieure draine pas moins de 30% de la navigation internationale, dont 25% du trafic pétrolier que véhiculent quotidiennement plus de 250 mastodontes flottants. Il passe sur cette mer plus de 2000 navires de gros tonnage par jour. A lui seul, le détroit de Gibraltar laisse transiter annuellement 80 000 bateaux, toutes spécialités confondues. C’est dire combien cette région ne peut pas échapper au risque, comme le soulignera un de nos interlocuteurs qui rappellera que la façade maritime nationale aura été le théâtre, depuis 1980, de 40 incidents majeurs, notamment celui du Oued Guetrine qui livrera en plein port d’Alger ses 14 000 t de bitume. C’était en 1986 et à l’époque, toute l’activité du port ainsi que celle de la centrale électrique du Hamma en ont été affectées. L’Algérie, avec un façade maritime de plus de 1200 km, un réseau de pipeline de plus de 16 000 km et ses deux immenses plateformes pétrochimiques d’Arzew et de Skikda, ne peut se contenter d’un barrage flottant côtier de 15 km et de quelques parades par temps calme, sans se soucier des risques à venir. Le tour de table, qu’elle prévoit de réunir en juillet, permettra à ses voisins et partenaires maghrébins et africains de rejoindre les autres pays, afin de mettre sur les rails la fameuse compagnie transnationale que le Président algérien appelle de tous ses vœux. Sa position centrale — à mi-chemin entre le canal de Suez et le golfe de Guinée —, ses énormes ressources pétrolières, ses capacités de traitement et de raffinage, la destine naturellement à abriter le siège de cette compagnie. La réalisation de ce projet connaît un avancement appréciable, comme le soulignera Zenasni Mustapha. Elle permettra de sortir définitivement du bricolage par l’émergence de dispositifs institutionnels et réglementaires ainsi que l’acquisition des moyens de lutte contre les déversements accidentels de pétrole sur les côtes africaines, depuis le golfe de Syrte jusqu’aux côtes de Namibie. Il est, également, prévu l’installation d’un réseau d’alerte couvrant toute la zone. Car, comme le soulignera Hélène Cadars de la société RCY, pour être efficace, toute intervention doit se faire dans des délais raisonnablement courts. D’où la nécessité de disposer de moyens adéquats, judicieusement répartis à proximité des zones à risques. Comme les ports pétroliers, les complexes pétrochimiques et les zones de turbulences des voies maritimes. A défaut d’un consensus avec ses partenaires, le pays ne peut faire l’économie d’une structure de prévention et de lutte. L’idée développée par les Français d’en référer en cas de besoin au centre de prévention du port de Marseille est balayée d’un revers de la main par un de nos interlocuteurs qui rappellera la tragédie des marins du Béchar, en rade d’Alger.

 






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