Le "Haouzi" Tlemcénien, Une poésie populaire ancrée dans la société



L’office du tourisme de Tlemcen a organisé une conférence-débat sur le haouzi, mercredi dernier, en soirée ramadhanesque, animée par M.Hamdi Hammi, président de l’association Gharnata.
Le conférencier qui a fait des recherches très poussées dans le «jardin» du haouzi, a commencé d’abord par définir le mot haouzi qui vient de haouz qui veut dire quartier périphérique de la vieille médina de Tlemcen. C’est une poésie populaire qui reflète, dira-t-il, «la véritable ambiance de la société de l’époque, c’est-à-dire celle du XVIIe et XVIIIe siècles, les thèmes abordés par les poètes de l’époque sont la nature, les aventures romantiques et amoureuses et le medh du Prophète (Qsssl)».
L’orateur, très à l’aise, allia la théorie à la pratique en démontrant avec ses enregistrements sur magnétophone la symbiose qui existait entre les rythmes des noubas (zidane, inklabat, barouali) et les vers de la poésie populaire interprétés par les grands cheikhs: Hadj Larbi Bensari, son fils Redouane, Abdelkrim Dali, Samy El Maghribi, Benchabane dit Cheikh Salah, etc. Après avoir décortiqué avec art le contenu de certaines poésies célèbres telles Yadawaini, Ana barrani ghrib, El hourm ya rassoul allah, le conférencier donna une biographie sommaire sur les poètes de l’époque El Mandassi XVIIe siècle avec sa célèbre El akika et une poésie lue devant l’auditoire où ce poète fustige les autorités turques pour leur répression féroce et sanguinaire contre les habitants de Tlemcen. Voilà un témoignage historique du XVIe siècle qui doit être investi par les chercheurs des départements de la culture populaire et de l’histoire de l’université Aboubekr-Belkaïd. Ensuite, M.Hamdi aborda longuement la biographie et l’oeuvre des deux poètes, Ibn M’saïb et Bensahla connus à travers tout le Maghreb pour leurs poésies chantées jusqu’à présent par tous les artistes du chaâbi et de l’andalou avec des rythmes variés suivant la région à Constantine, Alger, Blida, Oran, Fez, Oujda. Maître Hamdi nous fera écouter des extraits des rabïyat (printanières) du grand poète Bentriqui, XIXe siècle où les chanteurs chevronnés ont utilisé plusieurs modes de musique andalouse (istikhbar, zidane, mezmoum, hsine et insraf), Laqui ya rabi laqui, Elkalb betsali d’Ibn M’saïb décédé et enterré en 1768 près du saint vénéré par Tlemcen, Cheikh Essenouci.
Quant au poète Bensahla Boumediène, élève d’Ibn M’saïb, poète de l’amour connu pour ses métaphores, ses poèmes sont très prisés tels que Ya dem ayani où il vous fait visiter Tlemcen et ses ahwaz (quartier en dehors des remparts séculaires où dans chaque (hawaza) ou derb, il décrit sa bien-aimée ce qui lui a valu les foudres du bey d’Oran qui l’a emprisonné.
Tous ces poètes ont connu l’exil au Maroc car ils dérangeaient, par leur poésie populaire très ancrée dans la société, les autorités turques de l’époque XVIIe et XVIIIe siècles. Cette soirée du hawzi, agrémentée par le thé et la harissa succulents servis par l’office du tourisme permit de délier les langues d’un auditoire de connaisseurs en la matière.
Un débat très riche s’ensuivit jusqu’à une heure tardive, maître Hamdi dominant son sujet à fond répondit à toutes les questions de technique musicale de conservation de ce patrimoine par les anciens cheikhs à qui il a rendu un hommage. Avant de clôturer cette longue promenade à travers le boustène (jardin) du haouzi, le président de Gharnata annonça que Tlemcen a été choisie pour organiser annuellement un festival du haouzi mais tous les auditeurs présents regrettent que le festival de l’andalou créé par décret en 1974 et qui a permis à toute une jeunesse de vibrer chaque été, soit mis au placard puisque l’édition 2006 n’a pas eu lieu. Cette question du festival de l’andalou souleva un débat animé même après la clôture de la conférence sur le haouzi.
Un vieux mélomane me dira: «Tlemcen doit conserver son festival de musique andalouse par respect pour le grand cheikh Hadj Larbi Bensari, un monument de cet art.».







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