Le dernier exil d’Aziz Chouaki



Le dernier exil d’Aziz Chouaki


Aziz Chouaki n’est plus. On a du mal à formuler cette phrase lourde de peine. C’est RFI qui a l’annoncé mardi soir. Il est décédé mardi. Estomaqué, il a fallu un certain temps pour comprendre et accepter cette terrible nouvelle, ce couperet, ce mot fin. Le dernier acte d’une vie consacrée à l’expression artistique. En Algérie, on se souvient de son roman Baya. Un véritable objet nouveau à l’époque dans l’Algérie du début des années 1990 qui cherchait et perdait ses marques dans le même temps. Un livre annonciateur d’un nouveau souffle qui tardait à arriver mais on sentait les braises chaudes, presque réconfortantes. Pourtant, avant le paisible horizon qu’on cherche encore par centaines de milliers dans les rues algériennes, il y eut les années de sang et de fureur.

Pour Aziz Chouaki, en 1991, ce fut la sentence implacable : l’exil. Se mettre à l’abri avec le troublant éloignement de tout ce qui le faisait vivre et respirer. Cela l’a obsédé.

Il n’en est jamais revenu, il n’en reviendra pas.

Chaque fois qu’on le rencontrait, à Paris, ou à Avignon où il venait souvent pour présenter ses pièces (Les oranges, El maestro, Espéranza, etc…), il transpirait l’épreuve, la peine, la difficulté à vivre couper de ses racines qu’il faisait fructifier sur un sol accueillant mais taiseux sur son errance.

Heureux cependant de voir ses pièces reprises sans interruption ou presque depuis les années 90, par des auteurs différents, certains très jeunes qui n’ont pas connu les aléas de la relégation à des centaines de kilomètres de son Alger, capitale de sa douleur, pour paraphraser Paul Eluard.

La migration forcée qui a été la sienne, il ne pouvait plus la taire. Ces dernières œuvres en sont emplies jusqu’au dégoût, même si l’humour du titi algérois pointe toujours. On sait la force de la dérision dont la ville blanche fait preuve. Dans son dernier spectacle les migrants sont encore présents. Avec Nénesse, il continue de pagayer sur l’océan d’indifférence. Réactionnaire radical », c’est ainsi que se définit Nénesse, diminué par un AVC, râleur impénitent et raciste assumé. Avec sa compagne au chômage, Gina, ils ont trouvé une solution pour payer leurs impôts : installer un Algeco® dans leur appartement et le louer 500 euros à des sans-papiers.

On le voit, Aziz Chouaki n’aura eu de cesse d’interpeller sur les eaux en furies qui détruisent les aspirations à vire dans la dignité. Il le faisait avec le talent qu’on doit à Molière ; faire rire alors qu’on devrait en pleurer. A présent, à 67 ans, Aziz Chouaki rejoint la migration des étoiles. Repose en paix, ami Aziz !

Réaction d’Abdel Bouchama, comédien
« Je jure d’enterrer à jamais cette balle le jour où tous les gens de cette terre d’Algérie s’aimeront comme s’aiment les oranges ». C’est tout l’amour d’Aziz Chouaki pour l’Algérie qu’il évoque notamment dans sa pièce : ‘‘Les oranges’’. J’ai eu le plaisir de jouer ce texte deux années durant au festival d’Avignon avec l’accord d’Aziz qui nous a fait l’honneur d’assister au spectacle en 2017.
Aziz, un poète à la parole fluide et intense est parti rejoindre ses frères d’armes, Mouloud Ferraoun, Tahar Djaout, Assia Djebar et tant d’autres… Triste jour pour les mots qui roulent de travers comme sonnés par un uppercut…
De ton nouvel exil, je t’imagine suivre et soutenir le peuple algérien dans sa révolution. Au revoir Aziz.




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