B.B.Arreridj - Revue de Presse


La wilaya III dans la guerre

La bleuite, le plan Challe et lea crise de 1963 Dans le lexique de la Révolution algérienne, le terme wilaya renvoie à un découpage territorial opéré pour les besoins de l?organisation politico-administrative et militaire du FLN. Hérité de la période antérieure du MTLD où il signifiait une circonscription au sein de l?organisation du parti, le terme est consacré aujourd?hui comme l?unité supérieure dans le découpage administratif en substitution à ce qui s?appelait auparavant le département. L?intérêt de cette ouverture à une quelconque narration ou discours sur les wilayas dans la guerre réside dans l?impératif majeur de faire le départ entre l?étymologie sèche et froide des mots des dictionnaires et la sémantique qui nous permet l?accès à l?immense richesse polysémique des signes. Je ressens aujourd?hui comme un rabaissement trivial, l?équivoque récupération du terme historique pour son application à un schéma administratif avec l?arrière-pensée de capter dans l?imaginaire du peuple la charge affective du signe. Car dans la saisie langagière des repères et des symboles historiques, le terme wilaya est l?un des rares à côté de celui de « moudjahid » à avoir été adopté spontanément par simple translittération et sans susciter l?image d?un quelconque barbarisme. Cette naturalité émerge comme l?expression de réalités qui s?imposaient par leur ipséité même, réalités ethniques, démographiques, géographiques qui formaient le substrat d?une possible insurrection générale dans les conditions socio-historiques de 1954. Contrairement à l?arbitraire d?un découpage administratif opéré par des fonctionnaires dans les bureaux, la configuration des espaces qui allaient constituer les théâtres de la résistance prolongée procédait de ces réalités-là. Les Aurès, le Constantinois, la Kabylie, l?Algérois et l?Oranie, avant de devenir les Wilayas I, II, III, IV et V, représentaient des ensembles homogènes, autocentrés où se préfiguraient ces institutions virtuelles de la guerre de Libération nationale. Je n?occulterai par la connotation négative de wilayisme qui fut accolée à l?appellation lors de la crise de juillet 1962, mais les responsabilités sont davantage le fait d?autres personnages nationaux et les wilayas en ont été plutôt les victimes. L?histoire réelle des wilayas doit être approchée par delà l?inflation anecdotique et la tendance à magnifier le récit par la considération des déterminismes qui ont conditionné pour chacune d?elles son être propre et les variables qui ont orienté leurs longs parcours jalonnés de faits héroïques et d?immenses tragédies. La Wilaya III dont il s?agit au cours de cette présentation offre l?exemple typique qui va nous permettre de sortir l?histoire des wilayas des appartements folkloriques où l?inculture ou la recherche de la facilité l?ont cantonnée jusqu?à présent. les déterminismes d?abord 1- Déterminisme physique ou géographique. Le relief de la Kabylie exprime à lui seul cette permanence de résistance historique immémoriale contre toutes les invasions possibles et imaginables. Ce sentiment d?une assise de nids d?aigle d?où repartent indubitablement les élans de reconquêtes contre les envahisseurs et les occupants. « Salam ayi durar tmourth nagh - tsafath sigwen ara d?fagh » (salut ô montagnes de mon pays, de vous jaillira la lumière) ou bien « min djibalina talaâ saout el ahrar younadina lil istiqll » (de nos montagnes fuse la voix qui nous pousse à l?indépendance). C?est le geste populaire qui parle. La position charnière entre le Nord constantinois, les Aurès, l?Algérois, la proximité avec la capitale prédisposait la Kabylie en combinaison avec d?autres facteurs sociologiques, ethnologiques, historiques à jouer un rôle particulier durant tout le parcours de la Révolution. 2- Sociologiquement, elle s?identifiait par son extrême pauvreté, la très forte densité de la population (plus de 1000 hab./km2 à l?époque) et constituait aussi un réservoir de travailleurs saisonniers pour les colons et un pourvoyeur de main-d??uvre bon marché en France. Albert Camus titrait un reportage non publié sur la Kabylie pour Alger républicain : « La Grèce en haillons, à la veille de la Révolution ». 3. Ethnologiquement, la Kabylie était connue pour son esprit rebelle contre toute domination y compris tout autoritarisme d?un état central. Cet esprit qu?on peut apparenter à de l?entêtement se résume dans cette devise : « An?rez ou la n?knoua » (casser et ne pas plier). Cette caractéristique était relevée par les stratégies de la colonisation et Bugeaud se préoccupait de réunir le maximum de force (au moins selon ses dires 80 000 hommes) pour aborder ce qu?il appelait le « guêpier » kabyle avant l?offensive de 1857. Voilà qui va nous aider à décrypter et comprendre bien des événements et des situations qui vont éclairer le rôle de la Wilaya III durant la guerre. Nous avons parlé de déterminismes physiques, sociologiques, culturels, mais rien pour autant ne pouvait être prédéterminé et ce sont les interactions de l?ensemble des facteurs objectifs et subjectifs sur le vecteur de la guerre qui vont modeler ce rôle. Par mesure de précaution, j?attire l?attention du lecteur avisé sur la démarche suivie. Ce n?est pas une démarche d?historien, ce n?est pas non plus une démarche narrative partisane. Acteur, témoin, victime, marqué au plus profond de la chaîne, je ne me dépouille pas de ma subjectivité. Mais les années faisant, la distance et le mûrissement intellectuel me confèrent la force critique pour une rétrospective téléologique des faits : faire accoucher l?expérience vécue de vérités cachées jusqu?alors. On n?appréhende pas à plus de 60 ans de la même façon comme vécue entre 18 et 25 ans son propre parcours. La démarche sera donc faite d?un va-et-vient entre des questions pratiques et des interrogations intellectuelles, un mixte de théorique et de vécu comme le remarquait François Furet au sujet de la démocratie en Amérique de Tocqueville. S?agissant de parcours, G. Duby, lui, parle de vecteur historique, allant au point de départ crucial et causal 1954. A cette époque, l?organisation du parti indépendantiste MTLD en Grande Kabylie était sous l?autorité de deux maquisards mis hors la loi depuis 1947 et tous deux condamnés plusieurs fois à mort : Krim Belkacem et Ouamrane. Leur condition hors du commun en faisait des personnages de légende et il ne leur restait comme raison de vivre que l?espoir d?une insurrection armée pour l?indépendance. Au cours de l?hiver neigeux de 1953, lors d?une descente chez un militant de Sidi Naâmane, commune de Draâ Ben Khedda, des gendarmes intrigués par les traces de pas sur la neige découvrirent dans une cache autour de la maison de l?intéressé un couffin de documents se rapportant à l?organisation. Parmi ces documents, un intriguait plus que les autres. Il s?agissait d?un appel pathétique de Krim à la direction centrale pour aller vers la préparation de l?action. Les autorités coloniales prirent suffisamment au sérieux l?appel même s?il était quelque peu alambiqué et le fameux juge Bernard qui officiait alors à Tizi Ouzou décerna une commission rogatoire contre l?infrastructure du MTLD. Des dizaines de responsables furent arrêtés, notamment les responsables à la propagande et à l?information. Ce rappel permet de saisir dans quelles dispositions d?esprit étaient alors les responsables nationalistes en Kabylie. Dans le même ordre d?idées lorsque le grand parti indépendantiste sera secoué par une crise profonde au printemps 1954, opposant violemment deux tendances rivales, messalistes d?un côté et centraliste de l?autre, la seule préoccupation de l?organisation en Kabylie était de savoir laquelle de ces tendances rivales allait prendre l?option de la lutte armée. Bien que nourrissant une présomption d?« embourgeoisement légaliste » envers les centralistes, ils n?optèrent pas pour autant pour Messali. Krim délégua le regretté Ali Zamoum au congrès des messalistes à Hornu en Belgique afin de sonder leurs intentions quant à la perspective d?une insurrection ; ils déchantèrent très vite. Entre temps, s?est constitué le CRUA qui, comme son nom l?indique, visait à refaire l?unité du parti pour l?action. La Kabylie étaient laissée en marge de cette initiative et ses dirigeants ne participèrent pas à la réunion dite des 22. Mais un événement fortuit allait offrir l?occasion d?établir le contact entre Ben Boulaïd d?un côté et Krim et Ouamrane de l?autre. Un maquisard originaire de Sid Ali Bounab (Amar Arab) réfugié dans les Aurès démoralisé prit contact avec l?administrateur local. Celui-ci exigea du demandeur un acte probant pour accepter la reddition. C?est alors que ce dernier s?avisa d?assassiner un compagnon de lutte, le maquisard Zennati et lui coupa le petit doigt en guise de preuve aux yeux de l?administrateur. Une fois le forfait obtenu, ce dernier exigea plus. Il demanda carrément au traître de venir dans l?Algérois pour faire la chasse à Krim et Ouamrane. Sans être entièrement édifié sur tous les tenants et aboutissants de l?opération, Ben Boulaïd envoya un signal d?alarme à l?adresse des intéressés pour qu?ils se tiennent sur leurs gardes. Ce contact permettra dès lors de connecter les deux dirigeants avec le noyau des cinq sorti de la réunion des 22. Le hasard faisant bien les choses, Ouamrane se trouva rapidement nez-à-nez avec le fameux Arab Amar à Belcourt. Faisant l?ignorant, il lui sauta au coup et exprima sa joie débordante à l?occasion de ces retrouvailles « fraternelles ». Accompagné de deux militants de la section de Belcourt, M?hamed Hamadache et Mouhiz, il essaya de l?entraîner hors de l?agglomération, vers le ravin de la Femme sauvage. Parvenus à hauteur de la falaise, Ouamrane dégaina son pistolet mais l?autre perçut le geste et sauta sur lui pour le désarmer. L?intervention des deux compagnons d?Ouamrane permet à ce dernier de se dégager et d?abattre son adversaire dans le dos avant qu?il n?échoue en contrebas du ravin. Arab Amar fut retrouvé grièvement blessé par la police et fut hospitalisé avant d?être, malgré tout, emprisonné probablement pour le protéger. Mais son destin de traître le rattrapa en 1959 quand, une fois libéré, il s?aventura dans son village natal à Sidi Ali Bounab ; il fut immédiatement exécuté par l?ALN. Ce rappel explique que le lien particulier qui s?est établi entre Mustapha Ben Boulaïd et les deux chefs maquisards de Kabylie. Ben Boulaïd, bien que représentant le sanctuaire des Aurès pressenti pour devenir un grand bastion de la résistance, perçut très vite la fragilité de l?entreprise sans l?implication de la Kabylie. « Il est insensé d?aller à l?aventure sans la participation de ceux qui tiennent le maquis depuis 1947. » Sitôt agrégé au projet de l?insurrection, la Kabylie allait en devenir une cheville ouvrière. Elle avait l?avantage d?avoir sous la main des deux dirigeants maquisards une infrastructure intacte mise à l?abri des remous de la crise du parti. L?Algérois se réduisait au groupe de Belcourt-La Redoute, c?est dire en tout 9 bonhommes nettement insuffisants pour opérer en dehors de trois points à Alger. Il revint à la Kabylie de ramener des groupes de Draâ El Mizan, Tizi Ghenif et Ighil Imoula pour attaquer à Blida et à Boufarik sous la conduite d?Ouamrane et Bitat. Pour la confection de la proclamation du 1er Novembre, Didouche envoya les cousins Kaci Abdellah chercher le journaliste Laichaoui au Ruisseau pour l?emmener au grand café de la place Jeanne d?Arc à Belcourt chez Zehouane Ahmed qui l?envoya à Tizi Ouzou chez Belhadj Moustache où Ali Zamoum le récupéra afin de l?emmener ensuite à Ighil Imoula où le document fut dactylographié et tiré sur stencils pour être rediffusé sur le territoire national. L?effet de surprise totale obtenu dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, il s?en est suivi une grande confusion dans le camp de la colonisation. Mais les forces de la répression se ressaisirent très vite et la riposte fut rapide et impitoyable. Le mot d?ordre était : « Frapper vite et à la tête, décapiter pour empêcher le mouvement de s?entendre. » Alger fut démantelée en 48 heures, Bitat qui avait permuté avec Didouche qui voulait aller remonter le Nord constantinois défaillant se retrouva seul et isolé dans la capitale. Les Aurès, seuls, semblaient en état d?insurrection générale. On attaquait les centres urbains à Arris, Foumtoub, Khenchela. Krim que j?avais retrouvé en décembre à Tirmitine en Kabylie exprima sa perplexité et son étonnement. « Ou bien les frères aurésiens ont des réserves en armement insoupçonnées, ou bien les dirigeants sont dépassés », supputa-t-il. Sa préoccupation était de se conformer à la résolution du départ : amorcer un repli et s?adapter aux réactions de l?adversaire. Pratiquement assuré des arrières en Kabylie, il se concentrèrent, lui et Ouamrane, sur Alger dont l?importance stratégique n?échappait à personne. Nous nous sommes retrouvés avec Bitat et Slimane El Fartasse chez le regretté Meguerba Bachir, compagnon de régiment de Krim durant la Seconde Guerre mondiale au bd Cervantès à Belcourt. Le constat était que tout était à reprendre. Abane qui venait de sortir de prison après cinq ans de détention fut appelé à la rescousse et c?est à lui qu?il reviendra de prendre le gouvernail dans la capitale après l?arrestation de Bitat en mars 1955. Ouamrane, désormais, sera détaché à l?organisation de ce qui deviendra la future Wilaya IV, c?est-à-dire tout le département d?Alger excepté la capitale et la Kabylie. Les observateurs avertis auraient remarqué que la proclamation du 1er Novembre n?avait pas de signataire au moment de son tirage, Ali Zaâmoun fut bien embarrassé ; il s?en sorti par une formule sibylline en signant : « Le secrétariat ». Ceci signifiait que le mouvement n?avait pas de coordination à l?échelle nationale. C?était une sorte de big bang en somme. Cette absence de centralité était porteuse de faiblesses considérables. Elle exposait le mouvement au risque de finir en Jacquerie paysanne. Il revint à la Wilaya III d?assumer cette tâche de recomposition d?une centralité. C?est Abane qui travaillera à partir d?Alger à synchroniser les efforts qui devaient aboutir à la « constitution d?Ifri » que l?on appelle selon l?expression courante la plate-forme de la Soummam. Car ce fut une véritable constitution : fixation et harmonisation des structures politico-administratives et militaires, institionnalisation des organes de direction, formulation de la terminologie FLN/ALN et intégration des autres courants politiques au sein du CNRA mettant ainsi en échec les man?uvres de Jacques Soustelle tendant à créer une troisième force. Ce fut une tâche considérable finalisée au bout d?une année et demie à peine à partir du 1er Novembre. On peut estimer que c?est de là que fut définitivement agrégé le système FLN/ALN avec ses institutions qui lui ont permis d?acquérir une force de résistance et des capacités de régulation dans une guerre implacable qui allait durer près de six ans encore face à des forces ennemies démesurément supérieures (753 000 hommes/200 000 supplétifs + les forces territoriales) à la veille de 1962 contre une population sous-développée de 8 000 000 hab. A partir de cette phase cruciale de fin 1956 vont survenir des bouleversements considérables. Sous la pression des ultras, le gouvernement français s?orienta vers la guerre à outrance ; il sonna le rappel des réservistes en France et marqua nettement ses intentions d?écraser la Révolution. Ses officiers d?Indochine vaincus à Dien Bien Phu avaient une revanche à prendre. Ils commencèrent à transplanter sur le théâtre algérien les techniques de contre-guérilla. La Wilaya III fut ciblée en premier à travers l?opération « L?Oiseau bleu » qui consistait à armer des milliers de supplétifs et à les faire agir dans l?ombre. Krim qui avait noyauté l?opération, la retourna contre le commandement français et fit déserter ses éléments au bon moment au profit du FLN mais cela n?était qu?un début. Face à la pression de plus en plus croissante de l?armée française, la Wilaya III était confrontée à une question cruciale : l?absence d?armement. Comment faire face aux combats de plus en plus meurtriers avec l?armée ennemie, gérer l?arrivée massive de jeunes chassés des villes par la répression. Il n?y avait pas de chaîne d?approvisionnement en armement. Cela tenait aux conditions initiales de l?insurrection. Les zones à l?Est et à l?Ouest étaient adossées aux frontières tunisiennes et marocaines. Elles subirent l?effet d?attraction naturelle vers la Tunisie et le Maroc. Le Centre était pris dans la nasse. Les appels désespérés de Abane à la délégation extérieure ne pouvaient être entendus. La Wilaya III fut obligée d?envoyer ses propres convoyeurs en Tunisie. Tragique et pathétique situation que celle de ces sections et compagnies de combattants obligés d?effectuer ces itinéraires impossibles de l?Akfadou jusqu?à la frontière tunisienne, affrontant à l?aller et au retour les terribles obstacles des barrages électriques. Une saga méconnue dans laquelle les unités perdaient une grande partie de leurs effectifs. Quand on fera la recension de cette recherche désespérée d?approvisionnement en armement, on établira combien d?unités de la Wilaya III furent décimées aux portes de Annaba sur les barrages électriques ou dans les Aurès. Le général Maurice Challe, chef d?état-major de l?armée française en Algérie, relate comment son plan stratégique général comportait comme préoccupation principale l?anéantissement de la Wilaya III. D?où sa conception et la mise à exécution du plan d?opération connu désormais sous le nom de « plan Challe ». Le plan consistait à faire abattre sur tout le territoire de la wilaya une nasse avec des mailles de plus en plus étroites à quadriller ainsi l?espace au kilomètre près, sinon davantage et pouvoir ainsi donner la chasse aux combattants de l?ALN et aux cadres du FLN par la mise en mouvement de ce qu?ils appelaient les têtes chercheuses, commandos mobiles adaptés au terrain. Inspirés par la formule de Mao Tsé Toung qui dit que les « révolutionnaires sont au sein de la population comme un poisson dans l?eau », les officiers spécialistes de la contre-guérilla entreprirent de vider l?eau pour asphyxier le poisson. C?est ainsi que la population fut emprisonnée (c?est le terme) dans des centres de regroupement. Cyniquement appelés centres de rayonnement. Les opérations connues auparavant d?encerclement et d?anéantissement étaient limitées une semaine, quinze jours, parfois un peu plus. Cette fois, la perspective était tout autre. Amorcé au cours de l?été 1958, le plan Challe durera jusqu?à l?automne 1960. Engageant l?ensemble des réserves stratégiques de l?armée française, Challe tint à en assurer la direction opérationnelle lui-même. Il installa son PC Artois sur les hauteurs de l?Akfadou et assura la coordination des troupes engagées parmi lesquelles celles qu?il fit rabattre sur les flans est et ouest de la wilaya à partir du Constantinois et de l?Algérois. L?ALN ne fut pas surprise. Les signes avant-coureurs étaient si perspectibles des mois auparavant que le commandement engagea d?abord une vaste campagne d?information et de sensibilisation au sein de l?ALN et auprès de la population. L?organisation politico-administrative fut enterrée, les unités de combattants furent éclatées en commandos très légers, les stocks de ravitaillement furent consolidés autant que faire se peut. Ce qui surprit, ce fut l?ampleur et la durée des opérations. On imagine la confrontation. La foi, l?énergie du désespoir portèrent les combattants de l?ALN. Il n?y eut pas de réaction nationale de soutien. Tunis était trop loin et les autres wilayas n?avaient pas de coordination entre elles. Quand Challe amorça le déplacement d?une partie du dispositif vers le Constantinois en 1960, la Wilaya III perdit 2/3 de ses effectifs. Mais elle ne s?effondra pas, la nature du combat avait changé. Il fallait reporter l?action vers les villes par la pénétration de fidaïnes et de petits commandos relancer le terrorisme à Alger même. C?est à Rabah Krim, jeune frère de Belkacem, que fut confiée la mission de cette relance. Il réussit des actions spectaculaires très importantes au c?ur de la rue Michelet, des Galeries algériennes... Fin 1960, une nouvelle perspective se dessina à partir des manifestations du 11 décembre. La démoralisation fut dans le camp adverse. L?indépendance n?était plus désormais qu?une question de temps. Il y eut une dynamique de reconstitution du tissu social et de l?infrastructure de la résistance. Le rêve des millions d?Algériens engagés dans la guerre de Libération était à portée de main. Malheureusement, à peine l?indépendance arrachée, que la Wilaya III eut à subir une autre tragédie, la guerre avec les troupes venues de l?Est. Bordj Bou Arréridj, Sétif furent des points d?affrontement où succombèrent beaucoup de combattants que l?armée française n?a pu éliminer. Qui en portera la responsabilité ? A l?histoire de juger. Dans tout l?itinéraire de la Wilaya III du début jusqu?à la fin, il y a une sorte de vocation au tragique. Une vocation qui s?exprime dans des crises et des affrontements sanglants. La bleuite, le plan Challe, la crise de 1963, celle de 1980, la récente crise des archs. La révolution mange-t-elle ses enfants ? Sans attendre de l?histoire d?être réparatrice, on est en droit d?en attendre un peu de justice. C?est le mot de la fin. Hocine Zehouane (*)(*) Avocat Ancien moudjahid de la wilaya III
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