Algérie - Revue de Presse


La politique américaine au Moyen-Orient

Les fossoyeurs de la paix (2e partie et fin) Le problème des colonies constitue aujourd?hui le principal obstacle à la paix. Pourtant si l?on devait s?en référer à la légalité, cet obstacle aurait dû être levé depuis bien longtemps, n?eût été la volonté des Etats-Unis de créer un abcès de fixation pour rendre la paix impossible. En effet, la quatrième Convention de Genève interdit à tout pays d?installer ses populations civiles sur les territoires acquis par la force militaire. D?ailleurs, les résolutions 446 et 465 du Conseil de sécurité font obligation à Israël d?évacuer ses implantations. Bien qu?ayant soutenu ces résolutions, les Etats-Unis se sont toujours arrangés pour en empêcher l?application. Lors du débat public opposant George Bush père à Bill Clinton en 1992, ce dernier mit tout son zèle à appuyer la demande d?emprunt de dix milliards de dollars par Israël en affirmant que l?argent prêté irait à des logements pour les immigrés juifs de l?ex-Union soviétique alors que, à cette époque, Israël avait en réserve des milliers de logements disponibles. Un an plus tard, lors de la signature des accords d?Oslo, les Palestiniens demandèrent à ce que le problème des colonies soit immédiatement abordé. Ce sont les Etats-Unis qui firent pression pour que cette question soit reportée. L?Administration Clinton permit, grâce à ce stratagème, d?offrir à Israël un délai de huit années pour lui permettre d?étendre les colonies à sa guise et mettre ainsi les Palestiniens devant le fait accompli. Bill Clinton et les stratèges WASP du complexe militaro-industriel étaient parfaitement conscients que ces colonies et leur peuplement (qui est passé de 250 000 à 400 000 colons durant les deux mandats Clinton), allaient constituer le principal obstacle à la paix. Ce n?est donc pas un hasard si les Etats-Unis encouragent et soutiennent politiquement et financièrement l?extension des colonies dans les territoires palestiniens. Cela fait partie de leur stratégie pour rendre invivable un Etat palestinien et piéger l?Etat d?Israël en le rendant, pour au moins un siècle, dépendant militairement des Etats-Unis. Les Palestiniens avaient espéré qu?en leur qualité de garants des accords d?Oslo, les Etats-Unis allaient obliger Israël à accepter la mise en application des résolutions du Conseil de sécurité. Ils durent déchanter bien vite. L?Administration Clinton poussa le culot jusqu?à vouloir annuler et remplacer ces résolutions. Dans une lettre adressée le 8 août 1994 à l?Assemblée générale des Nations unies, Madeleine Albright, représentante permanente des Etats-Unis, suggéra, en vain, que « les textes des résolutions qui se rapportent aux problèmes du ??statut final?? devaient être supprimés, puisque ces problèmes font actuellement l?objet de négociations entre les parties elles-mêmes. Il s?agit notamment des réfugiés, des colonies, de la souveraineté territoriale et du sort de Jérusalem ».(16) Tirant et coupant à leur guise les ficelles du « processus de paix », les Etats-Unis ont systématiquement rejeté l?idée d?une conférence internationale sur le Moyen-Orient, sous l?égide de l?ONU, dont les discussions auraient pu déboucher sur un accord de paix entre toutes les parties. Leur jeu a consisté à privilégier les accords bilatéraux dans lesquels ils s?imposent en qualité « d?arbitres » pour mieux influencer, dans le sens qui leur convient, les parties en présence. Il n?est donc pas étonnant qu?ils aient toujours man?uvré pour renforcer le pouvoir des dirigeants israéliens radicaux issus du Likoud. Il suffit pour s?en convaincre de rappeler l?attitude de l?Administration Clinton lorsque les travaillistes organisèrent, en collaboration avec l?OLP, des rencontres ultrasecrètes en Norvège qui aboutirent aux accords d?Oslo en 1993, contournant ainsi la tutelle trop zélée du parrain américain. Les accords d?Oslo, bien que ne reconnaissant pas le droit à l?existence d?un Etat palestinien, constituaient néanmoins un ca dre positif pour parvenir à la paix. Lorsque, à la surprise générale, ces accords furent portés à la connaissance de l?opinion publique internationale, alors que dans le même temps l?Administration Clinton, appuyée par le Congrès, s?opposait publiquement à toute participation de l?OLP au processus de paix, le parrain rappela à l?ordre son gendarme régional et fit reprendre les discussions à... Washington où l?accord fut signé le 13 septembre 1993. Voulant donner une couverture politique conséquente à leur Premier ministre, les négociateurs israéliens demandèrent aux représentants de l?Administration Clinton d?user de leur influence auprès de la droite pour faire accepter le respect des résolutions du Conseil de sécurité de l?ONU et le principe de l?existence d?un Etat palestinien à l?intérieur de frontières viables. L?Administration Clinton refusa net. Le complexe militaro-industriel n?est pas intéressé par la paix : il lui faut vendre des armes en gérant une instabilité permanente dans toute la région qui regorge de pétrodollars. Et il ne fallait pas compter sur les Américains d?origine juive de l?Administration Clinton pour s?opposer, dans l?intérêt bien compris du peuple et de l?Etat d?Israël, aux sombres desseins du complexe militaro-industriel : ils sont à la fois trop faibles et trop lâches pour cela. Maniant d?une main experte la carotte et le bâton pour faire plier les récalcitrants à sa politique d?armement, le complexe a plus d?un tour dans son sac pour les ramener à la raison. En novembre 2001, le secrétaire d?Etat Collin Powel en fit les frais pour avoir un peu trop librement exprimé son opinion sur la question. Ainsi, 88 sénateurs signèrent une lettre, adressée au président Bush, lui demandant d?empêcher le secrétaire d?Etat de formuler toute critique à l?égard d?Israël dans le discours qu?il devait prononcer à l?université de Louisville. Dans ce même courrier, ces sénateurs exigèrent que le président Bush n?empêche pas les ripostes d?Ariel Sharon et qu?il soutienne les attaques israéliennes tout en s?opposant à ce que les Etats-Unis fassent quoi que ce soit en faveur des Palestiniens. (17) Une grande partie d?échecs est en train de se jouer dans cette partie du monde et les jeux sont loin d?être faits. Les WASP du complexe militaro-industriel, arrogants et convaincus de leur supériorité vis-à-vis des autres peuples du monde, ont pensé que la conquête de l?Irak n?allait être « qu?un tour de chauffe »(18), pour s?en aller ensuite imposer leur « démocratie » alibi en Iran, à coups de bombardements génocidaires. Mais les stratégies élaborées dans les salles opérationnelles du Pentagone se sont avérées complètement fausses car il faut se rendre à l?évidence : à la faveur du bourbier irakien, les Iraniens sont sortis vainqueurs sans avoir tiré un seul coup de feu ! Au grand dam des « stratèges » néoconservateurs et de leurs apprentis israéliens. L?ancien Premier ministre Ehud Barak, fervent partisan de cette invasion, à l?instar des « nouveaux philosophes » (B. H. Levy, A. Glucksmnan, etc.) s?en est ouvert au vice-président Dick Cheney : « L?Amérique a perdu en Irak... Israël a appris qu?il n?y a aucune voie pour sortir vainqueur d?une occupation... La seule issue pour vous, c?est de choisir la taille (size) de votre humiliation.(19) » Se prenant trop au sérieux dans leur rôle de gendarme régional, les services secrets israéliens s?activent à mettre en application le « plan B »(20) consistant à faire de l?agitation chez les Kurdes irakiens dans le but de susciter la création d?un Etat kurde, dont le territoire empiéterait sur la Syrie et l?Iran provoquant, ainsi, une situation de belligérance larvée entre les Etats de la région. Ce qui n?est pas fait pour arranger les affaires de la Turquie qui l?a fait savoir, d?abord, en qualifiant Israël d?Etat terroriste, en rapport avec le problème palestinien (sic), ensuite en rappelant son ambassadeur à Ankara « pour consultation » le 7 juin 2004. L?alliance stratégique turco-israélienne, qui constitue l?un des fondements du système stratégique américain dans la région, est en train de se fissurer. Il faut ajouter à cela que Tel-Aviv est en train de négocier avec Washington, un contrat d?achat de 500 bombes anti-bunker (Blue 109)(21) capables de percer plus de deux mètres de béton armé, en prévision d?attaques surprises contre les installations atomiques de Téhéran. A trop jouer avec le feu, le tandem Bush-Sharon finira par se brûler. Pour les peuples de la région qui se sont frottés depuis des millénaires aux turbulences de l?histoire, ce ne sera qu?un épisode de plus à mettre dans leur sac à sagesse. En attendant des jours meilleurs, ils continueront à appliquer le vieil adage : « Celui qui dort sur Ie sable n?a pas peur de tomber du Iit. » Notes (16) Madeleine Albright, lettre à l?AG des Nations unies 8 août 1994 citée par S. Zunes (17) Dans le New York Times du 17 novembre 2001 (senators urge Bush not to hamper Israël). (18) Cité dans l?entretien de Noam Chomsky du 13 avril 2003. (19) Cité par Seymour Hersh dans le New York Times du 21 juin 2003. (20) Idem op cit. (21) Le Monde du 25 septembre 2004 (information AFP)
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