Algérie - Revue de Presse


Khattar Abou Diab. Politologue et professeur à la Sorbonne



« L?UE a froissé l?amour-propre de l?Algérie » L?Algérie est le seul pays du Maghreb, sinon des pays de la rive sud de la Méditerranée, à avoir refusé la nouvelle offre de la politique européenne de voisinage (PEV). C?est quand même curieux... L?Algérie est libre d?accepter, de signer ou d?adhérer à la politique européenne de voisinage. Mais sa position pourrait s?expliquer soit par une analyse d?un bilan de partenariat euroméditerranéen, soit à cause des difficultés relationnelles avec plusieurs pays européens. L?autre explication possible à mon sens, c?est le fait qu?il y ait d?autres partenaires compétitifs sur place comme les USA, la Chine et la Russie. Pour cela, les autorités algériennes ne voient pas toujours l?Europe comme un partenaire indispensable. Leur priorité change compte tenu de ces changements qualitatifs sur le terrain. S?agit-il ici d?un changement du tout au tout de la position algérienne ? La diversification n?empêche normalement pas le partenariat avec l?Union européenne (UE). Qu?en pensez-vous ? Je pense quand même que ce n?est pas définitif puisque des négociations sont toujours en cours, et l?Algérie pourrait changer d?avis selon la conjoncture politique et/ou l?analyse des relations économiques et commerciales avec ces pays. Le malaise a été constaté depuis un certain temps et Bruxelles n?a pas déployé tant d?efforts pour ménager les susceptibilités algériennes connues dans ce sens. En quoi peut-on distinguer la position algérienne de celle de ses voisins marocain ou tunisien ? On pourrait les distinguer par le fait que la Tunisie a toujours été « le bon élève » de ses partenaires euroméditerranéens. Aussi, le Maroc diversifie ses partenaires et du point de vue de l?adaptation économique, il a précédé de beaucoup l?économie algérienne. Ce sont là les premières explications qui me viennent à l?esprit, mais je pense avant tout que l?explication est politique. Le gouvernement algérien actuel reproche à l?UE de ne pas prendre en compte la place privilégiée de l?Algérie et son rôle incontournable dans la région. Par exemple ? L?Algérie prétend à un rôle de leadership dans cette région sud-méditerranéenne et surtout dans le nord de l?Afrique. L?UE, dans l?affaire de l?immigration clandestine comme dans son acceptation de tenir une réunion au Maroc sans la présence de l?Algérie, a froissé énormément l?amour propre national de l?Algérie. Est-il possible que l?Algérie ait refusé la PEV parce qu?elle considère, comme de nombreux observateurs d?ailleurs, que le processus de Barcelone a été un échec et est donc un projet non-viable ? Ce n?est pas un projet non-viable à mon sens. Il faut bien rappeler que lors du dixième anniversaire des accords de Barcelone, le président Bouteflika a dressé un bilan nuancé du partenariat en formulant des critiques à l?endroit d?une Europe favorisant l?Est et le Centre au détriment de la rive sud de la Méditerranée. Cette approche n?a pas aidé à établir des liens de confiance. A l?instar de l?Algérie, les pays du Sud ont compris que l?Europe cherche seulement à renforcer ses marchés, ses liens traditionnels sans en donner la contrepartie. Je crois que c?est là que le processus de Barcelone n?a pas été jugé comme il faut. La faute n?incombe pas seulement aux Européens, car l?inexistence des mécanismes d?intégration régionale au sud de la Méditerranée et l?inadaptation des institutions dans cette région ont fait le reste pour ne pas permettre à ce processus de passer à une autre étape. Qu?il s?agisse maintenant de l?Algérie, du Maroc, de la Tunisie ou d?autres pays de la région, est-il plus convenable, compte tenu de la nature des enjeux géopolitiques en présence, de désigner l?appellation de tous ces pays comme des pays arabes plus Israël ou tout simplement comme des pays géographiquement situés sur la rive sud de la Méditerranée ? Les pays du sud de la Méditerrané, sauf Israël, appartiennent à la fois au monde arabe et islamique comme aussi à l?aire méditerranéenne. Ainsi, compte tenu de l?aspect spécifique du processus de Barcelone, il vaut mieux traiter avec ces pays comme pays du sud de la Méditerranée. Cela correspond mieux à leur place dans ce processus. Le plan américain dénommé le Grand Moyen-Orient (GMO) n?entre-t-il pas justement dans une espèce de confrontation directe avec les ambitions du processus de Barcelone et de la PEV ? Le GMO est un processus de remodelage du Moyen-Orient selon le souhait américain avec une démocratisation messianique. L?objectif majeur américain est de préserver la domination sur le monde à travers cette région, le refaire en vertu de sa présence sur ce territoire. Mais compte tenu de ce qui se passe en Irak, on pourrait parler plutôt d?un échec précoce de ce projet. Quels sont, selon vous, les jeux et enjeux géopolitiques que suscite cette région ? C?est une région conflictuelle par excellence avec celui des essais nucléaires iraniens, l?Irak et le conflit historique israélo-palestinien et enfin l?affaire libanaise. Tout ce climat conflictuel fait de cette région un centre de tension. Géographiquement, celle-ci occupe une position axiale dans notre planète et représente un immense réservoir de l?énergie. A ce niveau, il se dessine des contours d?une guerre froide économique très forte. Quelles sont les chances et les atouts pour le partenariat Euromed de passer à un niveau de dialogue politique escompté ? La chance dépend surtout d?une possible élaboration d?une politique étrangère européenne commune. L?UE est l?acteur central dans cette affaire. Mais elle a besoin de transformer sa force économique en puissance politique aussi. Tandis que pour le sud de la Méditerranée, tant qu?il n?y a pas un marché économique et un processus d?intégration régionale, malgré toutes les bonnes volontés, ce dialogue sera inachevé. Le dialogue euro-arabe de 1973 a été lancé et les Arabes ont utilisé à l?époque l?arme du pétrole lors de la guerre de la même année. C?est ainsi qu?ils ont pu négocier cette arme économique contre un soutien européen à la cause palestinienne.




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