Algérie - Revue de Presse


Justice et pardon

Nul n?a le droit de pardonner à notre place. Le pardon est un acte individuel, c?est un acte personnel. Le pardon relève uniquement de la responsabilité des familles des victimes et de leurs proches. » Ce ne sont pas ici paroles de juge, ni de journaliste, ni de leader de parti politique, pas plus que du chef de l?Etat. C?est un cri du c?ur rendu dans une tribune de presse de cette semaine par le père de Katia Bengana, assassinée à la sortie de son lycée, à l?âge de 17 ans, le 28 février 1994 à Meftah pour avoir refusé de porter le voile imposé par les apôtres de l?islamisme politique. L?idée lancée dans son dernier discours par Sa Majesté Bouteflika d?organiser un référendum sur une amnistie générale - s?inscrivant lui-même déjà pour - présente un risque majeur, celui d?un blanchiment généralisé à travers l?apparat d?un scrutin aléatoire comme tous les précédents. Mais là n?est pas le seul risque d?une absolution légalisée sur des crimes de sang à grande échelle, voire crimes contre l?humanité, estiment à raison des consciences. Le oui massif, sollicité dans ce discours à conjoncture fortement consensualiste de cinquantenaire du 1er Novembre et du Ramadhan, abolira toute recherche du travail de justice. L?amnistie, nous disent les juristes, « rend la liberté et dans le même temps efface les faits et les conséquences qui peuvent suivre ». Inscrite en amnésie forcée, l?amnistie décrète l?oubli et l?interdiction même d?en parler publiquement - a fortiori à travers les médias - frappant ces crimes. La justice y perdrait ses dernières plumes après le référendum du 16 septembre 1999, plébiscite de la « concorde civile ». Ce référendum, rappelons-nous, a produit un dispositif opaque d?absolution des terroristes : silence sur les « commissions de probation » prévues par la loi et aucun chiffre officiel sur les repentis (estimé entre 6000 et 7000). « On ne peut, comme disait Bossuet, s?affliger des conséquences tout en s?accommodant des causes. » Un référendum sur une amnistie générale sera le plus gros leurre plombant encore plus la mémoire algérienne récente.
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