Ils recrutent pour des firmes étrangères : Chasseurs de têtes en Algérie

Les compagnies étrangères basées en Algérie recrutent à bras-le-corps. Petit à petit, les entreprises publiques se vident et l’élite algérienne commence à renaître dans les compagnies étrangères.

Dans le stand de Statoil Algérie, Feryal Lamdjadani est imperturbable. Il est presque 10 heures. Avec ses collègues, elle s’attelle à préparer le stand. Sur une table, une corbeille de fruits, une autre plus petite est remplie de bombons. L’ambiance est bonne. Des prospectus sont là. Dans quelques minutes, les portes du palais des expositions d’Oran où se tient la troisième exposition internationale sur le pétrole et le gaz, vont s’ouvrir pour accueillir les visiteurs (du 25 au 29 novembre). L’exposition attire des PDG de grandes sociétés, des ambassadeurs, des ministres, la presse étrangère. Entretenir et améliorer l’image de Statoil en Algérie est un exercice permanent. Chargée de communication et des relations publiques chez Statoil Algérie, Feryal Lamdjadani veut que tout soit parfait. Ou presque. Sans le dire, cette demoiselle aux allures de mannequin, le fait comprendre sans difficulté. Architecte de formation, Feryal Lamdjadani est avec Statoil depuis dix mois. Elle était à Canal Algérie. « Je présentais l’émission Bonjour d’Algérie. Et c’est là que j’ai rencontré les dirigeants de Statoil » raconte-t-elle. En moins d’une année, elle a déjà appris à parler comme les Norvégiens. Calmement et méthodiquement. En dix mois, elle connaît déjà une partie de l’histoire de la Norvège et le parcours de Statoil. « J’ai déjà fait cinq stages en Norvège. A chaque fois, j’apprends quelque chose de nouveau sur mon travail », ajoute Mlle Lamdjadani. Son discours sur les activités de la filiale algérienne du groupe pétrolier norvégien est limpide. Tout est bien calculé. Dans cette entreprise, chacun fait et assume son travail. Il n’y a pas de plans et d’arrière-plans. Sollicitée pour une rencontre avec son PDG, le rendez-vous a été réglé en moins d’une heure. Juste le temps de passer un coup de fil au gérant de Statoil Algérie parti à Arzew. Puis, un RDV est pris. Dans les grandes entreprises européennes, le service de communication ne sert pas uniquement à collecter les articles et confectionner des prospectus. « Je travaille sans regarder l’heure. Les jours fériés, tout le temps. Ça me plaît. Je sens que je fais quelque chose dans ma vie», avoue Feryal Lamdjadani.

 En dix mois avec Statoil, la vie de cette célibataire de 28 ans a presque basculé. Comme la plupart des Algériens, elle rêvait d’intégrer une grande entreprise étrangère basée en Algérie. Pas seulement pour le salaire. « Je n’ai pas choisi Statoil uniquement pour l’argent. J’étais en discussions avec une boîte de communication étrangère. C’est vrai que je touche trois fois plus qu’avant, mais je vous assure que c’est pas cela qui a pesé dans la balance. Il y a la formation, le cadre et les conditions de travail sont formidables », jure-t-elle. Entre-temps, elle profite de parler de l’objectif de Statoil d’»algérianiser» ses cadres en Algérie. Brièvement, elle raconte son expérience difficile avec une autre société étrangère de communication fortement présente en Algérie.

 A quelques mètres du stand de Statoil, celui de la fondation norvégienne DNV Energy. Avec son teint nord-africain, Menouar Draou, 37 ans, n’échappe pas aux regards. C’est un Belge d’origine algérienne qui travaille pour une fondation norvégienne. Originaire de Maghnia, cet ingénieur et MBA de HEC de Bruxelles fait partie des cadres de DNV. « Je suis né et j’ai grandi en Belgique. Je m’occupe des relations avec la Sonatrach. Dans mon travail, la composante culturelle compte beaucoup comme la connaissance du marché intérieur et les mentalités », précise Menouar Draou. Au lendemain de l’explosion du train de GNL de Skikda, la Sonatrach a confié à la fondation norvégienne DNV la mise d’un système de gestion des crises et des urgences. Entamé en 2005, ce projet d’un montant de deux millions d’euros sera achevé dans une année.

 La fondation DNV s’intéresse de près à l’Algérie et au projet de sécurisation des sites de Sonatrach. « Nous sommes en train d’étudier la possibilité d’ouvrir un bureau à Alger. Il y a une volonté de se rapprocher de l’Algérie et de l’Afrique du Nord. Nous n’avons pas uniquement un rôle commercial, nous faisons du transfert d’expertise », insiste M. Draou.

 L’exemple Feryal Lamdjadani et Menouar Draou ne sont pas uniques. Dans les couloirs de la semaine de l’énergie, les Algériens et Algériennes qui portent les badges des compagnies étrangères sont nombreux. Impossibles à compter. Pour mieux connaître le marché algérien, les entreprises étrangères s’appuient sur les locaux. C’est bon pour les affaires et l’image. L’arrivée massive depuis début 2000 des compagnies étrangères en Algérie est en train de modifier profondément le paysage économique algérien.

 En fait, c’est l’ouverture du secteur de la téléphonie mobile qui a cassé le monopole de fait des entreprises publiques sur les compétences locales.

 Les filiales algériennes des compagnies étrangères ne lésinent pas sur les moyens pour recruter les bonnes compétences. Des cabinets étrangers «chasseurs de têtes» se sont même installés à Alger. Gros salaires, stages de formation à l’étranger, les compagnies étrangères offrent des conditions de travail introuvables dans le secteur public, plus grand employeur du pays. Leurs méthodes de recrutement sont agressives et ciblées. Généralement, ils sont conseillés par des consultants locaux qui connaissent très bien les besoins des cadres en logement, voiture, loisirs. Le secteur des travaux publics, du bâtiment, celui des hydrocarbures, des télécoms, des banques. Tous les secteurs sont concernés. Et l’offre n’est pas suffisante par rapport à la demande. Des chefs d’entreprises se plaignent souvent du manque de jeunes cadres bien formés et qui sachent lire et écrire le français et l’anglais. D’autres se plaignent et sont déçus de la mentalité de certains de leurs jeunes cadres. « Le matin, lorsque je dis bonjour à l’un de mes jeunes collaborateurs algériens, il me répond souvent qu’il est déjà fatigué. Je ne sais pas qu’est-ce qu’il a fait pour arriver le lendemain au travail avec un moral aussi bas », confie le directeur d’une filiale algérienne d’une banque étrangère.

 Dans la chasse aux compétences, les entreprises publiques semblent hors de course. Certains groupes privés locaux tentent de rivaliser, mais peinent à convaincre des compétences de plus en plus rares. Excepté le bruit autour des départs des cadres de Sonatrach, l’Algérie se vide doucement et dans le silence de ses élites.






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