Tlemcen - A la une

Zoheir Chikhi : De harrag... à créateur de mode



On s'est égaré en pleine mer pendant vingt heures...». 2005. Plage Maarouf, dans la wilaya de Tlemcen. Nuit noire. Froid incisif.
Zoheir, à peine 18 ans, monte dans un Zodiac semi-léger, en compagnie d'une douzaine de jeunes plus âgés que lui. «Personne de ma famille n'était au courant. Mon coup n'était pas vraiment préparé ce soir-là, mais l'occasion s'était présentée presque inopinément, grâce à un ami et je n'avais pas hésité à braver la Méditerranée».
En fait, Zoheir dormait et se réveillait avec l'idée de partir, mais pas ce jour-là. Il avait seulement accompagné un ami, candidat à l'émigration. «Je ne faisais pas partie du convoi, si bien que je me suis trouvé presque, malgré moi, dans la barque, sans débourser l'ombre d'un sou. Passée cette sensation du départ, un rêve qui se réalisait, j'ai été gagné par la peur lorsque je me suis rendu compte que c'était une aventure dangereuse.
On s'est égaré en pleine mer pendant vingt heures et, aujourd'hui, je ne réalise toujours pas comment on a pu survivre et arriver à Almeria, dans l'Andalousie.» Les harraga sont arrêtés par la Guardia (la gendarmerie espagnole) Zoheir, l'air enfantin, est emmené dans un centre pour mineurs d'où il s'échappera et exercera tous les métiers difficiles : cueilleur d'olives et de tomates, vendeur dans les marchés, plongeur, puis serveur dans un restaurant. Durant son temps libre, il entrait dans les boutiques de vêtements sans rien acheter et se rendait régulièrement chez un couturier pour le regarder travailler.
Impressionné par l'intérêt que le jeune Algérien portait à la confection d'habits, le maître consentit à lui apprendre quelques secrets de la couture. «En fait, je suis petit-fils de couturier et j'ai toujours eu cette passion de l'aiguille et du fil...», confesse Zoheir avec passion. En 2009, le harrag obtient ses papiers et jura de s'accorder encore quelques années pour amasser assez d'argent et rentrer au pays pour s'adonner à son métier de rêve : créateur de mode.
Il se déplaçait régulièrement au Maroc, notamment à Fès, pour se former chez des experts du caftan. Neuf ans plus tard, soit en 2014, il abandonne tout en Espagne et retourne dans sa ville natale Maghnia, pour ouvrir sa première boutique Ram 6 au quartier populaire Abattoir. «Je venais de réaliser mon autre rêve, rentrer au pays pour investir mon argent dans la création de la mode.» Ses premiers caftans, tlemceniens et constantinois, avec une touche personnelle, sont connus dans les salons de Dubaï, dans les Emirats où il organisait des défilés dans le prestigieux Village mondial.
Ce succès lui valut des contrats d'exportation de ses produits vers l'Espagne, la France et les Emirats. «Mes ambitions, aujourd'hui, c'est d'ouvrir des boutiques sur tout le territoire national et de passer à la formation des jeunes dans ce domaine.
Moi, j'ai bien émigré d'une manière irrégulière en Europe, mais avec le but de gagner de l'argent et retourner auprès des miens pour investir, sinon à quoi bon braver tous les dangers, souffrir à l'étranger et peut-être mourir dans la misère, loin de son pays '».
A 34 ans, Zoheir Chikhi, père de deux enfants aujourd'hui, est peut-être l'exemple du jeune qui s'est aventuré pour vivre sa passion, sauver sa famille et réussir sa vie...
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