Tlemcen - A la une

Une occasion pour remettre quelques pendules à l'heure



Une occasion pour remettre quelques pendules à l'heure
Cela, Mouloud Mammeri, dont on célèbre le centenaire de la naissance, l'a bien compris, mais certains comportements folkloriques (robes kabyles) de certaines instances associées à l'organisation de l'étape d'Oran risquent de dénaturer le message de cette manifestation.Cet état de fait n'a pas échappé à Ahmed Bejaoui, universitaire et critique de cinéma, un des intervenants à ce colloque consacré à la relation entre la littérature et le cinéma.En se référant symboliquement, parlant de lui-même, à Yaghmoracen et aux Zianides, la dynastie berbère, qui a eu pour capitale Tlemcen, il s'est d'abord érigé contre une étroitesse d'esprit qui limiterait le travail de Mouloud Mammeri à sa région. «Il ne faut pas qu'on reste cloisonnés», a-t-il prévenu à juste titre, en rappelant que, pour le Festival du film amazigh, on avait tenu à ce qu'il soit dans un premier temps itinérant, afin de permettre à tout Algérien de s'approprier ou de se réapproprier ce pan entier de son patrimoine. C'est dans le même esprit que ce Centenaire a été pensé pour toucher toutes les régions du pays.Cependant, les erreurs d'appréciation sont commises un peu partout. En effet, pour rester dans le contexte «mammérien», aussi brillant diplomate soit-il, Lakhdar Brahimi, interrogé pour le compte d'un documentaire sur l'Algérie diffusé par les chaînes françaises, a déclaré : «Les événements de 1980 ont été déclenchés suite à l'interdiction par le pouvoir de l'époque d'une conférence que Mouloud Mammeri devait donner à l'université de Tizi Ouzou, qui est une ville ?berbère' alors que, quelque temps auparavant, sans susciter de controverse, il avait donné la même conférence à Tlemcen qui est une ville ?arabe'.» Lakhdar Brahimi était évidemment de bonne foi et croyait bien faire, c'est-à-dire aller dans le sens de la démocratie, mais c'est son approche qui est erronée. Dire que Marseille est une ville française ne fait pas référence à la langue que parlent les habitants mais au territoire à laquelle elle appartient. Donc, comme Tlemcen, Tizi Ouzou est une ville algérienne, où certainement et dans les deux cas plusieurs langues sont parlées.A ce propos, il est utile de constater que ce sont les Occidentaux qui sont plus attachés à la notion de territoire. Les Américains, même quand ils veulent mettre sous la même coupe toute une région, parlent par exemple de MENA pour Moyen-Orient et Nord-Afrique, une dénomination qui s'oppose franchement aux notions de monde arabe, ou même monde musulman utilisées localement, mais qui ne renvoient pas spécialement à un territoire. Dans un autre contexte, interrogé au sujet de son prénom par le journal le Monde qui lui a consacré un portrait, Amazigh Kateb, fondateur du groupe Gnawa Diffusion, a déclaré que son père (le célèbre écrivain), originaire de Constantine, lui a donné ce prénom par esprit de «tolérance».Le chanteur était également de bonne foi, mais l'assertion est erronée, car son père était tout simplement très loin de se sentir étranger ! Pour rester dans le contexte, c'est Kateb Yacine qui a par ailleurs donné le téléphone de Mouloud Mammeri à Ahmed Rachedi, le célèbre cinéaste qui l'a sollicité pour rédiger le commentaire devant accompagner les images du film L'Aube des damnés sorti en 1965. C'est Rachedi qui témoigne de sa rencontre avec Mammeri qui, en 1964, enseignait encore à la faculté d'Alger. Les deux hommes se sont rencontrés au Coq Hardi et c'est à partir de là que la collaboration entre eux a commencé : «Les images du film étaient déjà prêtes et j'ai demandé à Mammeri de m'aider à élaborer le commentaire qui devait soutenir ce projet.N'ayant pas le temps pour m'accompagner à Rome où s'effectuait le montage, il m'a juste demandé de lui résumer le contenu par écrit, puis grâce aux discussions que nous avions eues, il a pu saisir ce que je voulais et le texte qui en est sorti était magnifique.» Ahmed Rachedi s'est étonné du résultat, alors que l'auteur n'a même pas vu le film. Néanmoins, en tant qu'Algériens, fraîchement libérés du joug colonial, il est évident que les points de vue convergent. Pour le cinéaste, cette collaboration a posé les jalons de ce qu'allait être le cinéma national des années qui allaient suivre.La cinéphilie de Mammeri a été en outre rappelée par Ahmed Bejaoui, qui voit dans L'Aube des damnés un «poème lyrique à la gloire des peuples du tiers-monde avec un texte qui colle parfaitement aux images, dans le sens où non pas qu'il les interprète mais qu'il les complète». Dans le même contexte, une comparaison a été établie avec le commentaire fait par Abdelkader Alloula sur le film documentaire Combien je vous aime, réalisé par Azzedine Meddour et consistant à «coller un texte sur des images fabriquées par autrui et pour bien d'autres fonctions». Cet épisode est notamment rappelé par Belkacem Hadjadj qui a axé son intervention sur la notion d'oralité et son utilité dans le cinéma. Dans le rapport entre littérature et cinéma, hormis l'exemple célèbre de L'Opium et le bâton, on a également fait le parallèle avec L'Incendie, de Mohammed Dib, porté à l'écran en le transposant dans l'univers de La Casbah d'Alger par Mustapha Badie.Au minimum, malgré les «trahisons» de l'?uvre littéraire liées à l'adaptation cinématographiques et ses exigences techniques, on retiendra le fait que l'image a beaucoup contribué à faire connaître et à ancrer dans la mémoire collective beaucoup d'écrivains.
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