
Ces témoignages anecdotiques nous livrent quelques séquences de la vie de l'Homme qu'était Hocine Ait Ahmed dans sa simplicité.Politologue et islamologue marocain, opposant ayant préféré l'exil en Suisse à la tyrannie du Makhzen, Dr Ahmed Benani, était un très proche ami de Hocine Ait Ahmed. Il l'a accompagné jusqu'au dernier moment de sa vie. «J'ai fait la toilette mortuaire à deux personnes dans ma vie: mon père (l'illustre El Hadj Mehdi Benani) et Si L'Hocine.» Ces deux illustres enfants de l'Afrique du Nord étaient liés par une amitié remontant à 1969, depuis que Dr Ahmed Benani s'est installé à Lausanne, en Suisse. Lors d'une rencontre avec des amis algériens à Paris, dont notre confrère Mohamed Sadek Loucif, en février 2015, il retrace avec délectation et allégresse des moments sublimes qu'il a partagés avec Si L'Hocine. C'était à lui d'ailleurs que Hocine Ait Ahmed avait confié la lourde tâche de corriger son livre de témoignage intitulé Mémoires d'un combattant, édité au tout début des années 1990.Deux géants se chamaillaientLe Dr Benani raconte que peu de temps après «l'appel de Londres» signé par Ait-Ahmed et Ben Bella en juin 1985, il se trouvait en compagnie de Si L'Hocine à Lausanne. Voilà qu'arrive Mohammed Boudiaf. Ce dernier était opposé à toute réconciliation avec l'ancien président Ahmed Ben Bella. À peine a-t-il reconnu Ait Ahmed qu'il l'a interpellé sur la proclamation de Londres. Boudiaf était foncièrement opposé à toute réconciliation avec Ben Bella. Ils se mettent alors à palabrer. Incroyable spectacle: Dr Benani avait devant lui deux historiques de la révolution algérienne, deux géants du Mouvement national qui se chamaillaient et exprimaient leur désaccord. «Je les ai invités à aller dans un café. Il m'a fallu des heures pour tout arranger» confiait Ahmed Benani avec un sourire empreint du souvenir tendre qu'il avait de ses deux amis... Ahmed Benani est un intellectuel marocain, l'un des collaborateurs du Pr Arkoun qu'il aimait appeler «notre maître». Il est décédé récemment en Suisse des suites d'une longue maladie.On a subtilisé son portable à Ait AhmedUn jour, alors qu'Ait Ahmed marchait à Paris, raconte José Garçon, tenant son téléphone portable à l'oreille. Deux jeunes le suivent un moment derrière puis l'un d'entre eux lui prend le portable à la sauvette. Surpris, Ait Ahmed ne savait plus quoi faire. L'autre jeune qui était derrière l'avait reconnu. «C'est Ait Ahmed!», criait-il à son copain qui a pris la poudre d'escampette. C'est alors que se produit l'événement qui a marqué le journaliste de Libération. «Celui qui lui avait pris le portable revient vers Ait Ahmed s'agenouilla doucement, lui glissa son portable et repartit», raconte José Garçon. Pour lui, il ne s'agissait que d'un simple fait. Bien plus, il témoigne de la profondeur du respect que deux jeunes d'origine algérienne vouaient à ce monument de l'histoire récente de leur pays...Le geste de Mokdad Sifi à TlemcenLors de son déplacement à Tlemcen, dans le cadre de la campagne électorale pour la présidentielle de 1999, l'ancien chef de gouvernement, Mokdad Sifi, était en déplacement dans la même ville ce jour-là. Un comité d'accueil était installé pour accueillir M.Sifi lui-même candidat à la présidentielle. Il a ordonné au comité d'accueil qui l'attendait d'aller accueillir Hocine Ait Ahmed. Le geste a été beaucoup apprécié, témoigne Medjber Marouf militant de 1963, proche conseiller de Si L'Hocine«Ait Ahmed d'abord, ensuite vous M.le ministre»Lors de la campagne électorale de 1999, il avait pris l'avion pour Constantine en vue d'animer un meeting populaire. À l'atterrissage, un ministre qui était dans l'avion, pressé de quitter l'appareil voulait passer devant Ait Ahmed.Il fut stoppé net par un membre du staff de l'avion. «Excusez-moi Si L'Hocine d'abord, ensuite vous M.le ministre...» C'est ainsi que ce ministre a appris à respecter l'un des pères fondateurs de l'Algérie indépendanteJe croyais que tu étais au mouroirMedjber Marouf, un militant et cadre du FFS depuis 1963, décédé depuis quelques années. La section FFS d'Ath-Yenni porte actuellement son nom. Un jour, Dda Medjber venu à Paris pour des soins appelle Si L'Hocine à Lausanne et ce dernier lui dit:«Viens à Lausanne, il y a de bons médecins ici- Si L'Hocine, je suis à Paris quand même!-Ah! Je croyais que tu étais à Ath Bou Tetchour (un mouroir, Ndlr).»Dda L'Ho le poèteBon vivant, affable, Si L'Hocine ne baissait pas la garde devant l'entendement des faits. Et quand le quotidien est ennuyeux il le provoquait par son sens de l'humour intarissable. «A chaque fois qu'Ait Ahmed nous rendait visite à Paris, Ali était joyeux. Ils étaient heureux de se retrouver. Et nous l'étions tous», raconte Annie Mecili. «En plus, c'était un homme qui, en dehors d'une carrière politique brillante, possède une culture toute différente, littéraire et artistique. Si El Hocine est très porté sur la poésie. On raconte qu'il était doué de ' facilité'' à versifier, une faculté qu'il tiendrait de son aïeul Muhend U L'Hocine.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Brahim TAKHEROUBT
Source : www.lexpressiondz.com