Le ciment otage de la spéculation
La crise du ciment est devenue plus qu’inquiétante, compromettant encore plus la réalisation d’importants projets inscrits par la wilaya de Tlemcen à travers toutes les communes, notamment le programme des 8.000 logements, la nouvelle ville de Boujlida, les 4.000 places pédagogiques de l’université Abou Bakr Belkaïd et d’autres infrastructures socio-économiques, socio-éducatives et socioculturelles. Tenues par les délais, les entreprises en charge de ces projets ne comprennent toujours pas les raisons de cette crise qui a fait grimper le prix du sac de ciment à 500 dinars au marché parallèle. Alimentés à partir de la cimenterie de Béni-Saf, les entrepreneurs du bâtiment rencontrent les pires difficultés à s’approvisionner régulièrement. Pourtant cette unité n’a pas réduit sa production qui varie toujours entre 3.000 et 3.500 tonnes par jour. Ce qui est très suffisant pour satisfaire sa clientèle répartie à travers notamment les wilayas de Tlemcen et Aïn Témouchent. Même les sous-traitants privés, ou ceux qui sont agréés pour conditionner le ciment en vrac, sont a l’arrêt depuis plus de trois mois.
Nous avons essayé d’entrer en contact avec la direction de la cimenterie de Béni-Saf, mais toutes nos tentatives sont restées vaines sous des prétextes fallacieux du genre «le directeur est en réunion», «il est absent pour l’instant». Ceci étant, nous avons mené notre propre enquête sur ce qu’on peut qualifier aujourd’hui de «filière du ciment». Sur les lieux, des centaines de camions, tous tonnages confondus, formant une chaîne de plus de trois kilomètres, attendent leur tour, parfois depuis plus de deux jours, sans pour autant être sûrs d’être approvisionnés. «Pourtant, avant, affirment-ils, même si on attendait quelques heures, le chargement était assuré». Pour la plupart des transporteurs publics, et même si ces retards cumulés leur rapportent un plus, ils se disent néanmoins «outrés par cette situation qui pénalise les entreprises» tant sur le plan du coût du transport que sur celui des retards dans l’exécution des projets lesquels, s’ils ne sont pas réalisés dans les délais, risquent pour celles-ci des pénalités de retard lourdes de conséquences pour leur avenir et, par extension, la préservation des postes de travail. Mais, la question qui tourmente actuellement les professionnels du bâtiment et les transporteurs publics est: «Qui est le propriétaire réel de la cimenterie?» Pour certains, ce sont les Saoudiens qui l’ont acquise, pour d’autres les Koweïtiens. En fin de compte chacun a sa propre version. Une chose est cependant sûre : l’usine est gérée par des Syriens. La privatisation de cette unité performante s’est opérée, rappelons-nous, «en douce» et ses contours restent pour le moins «obscurs», d’autant plus que cette cimenterie affichait une bonne santé financière et produisait un ciment de très haute qualité répondant à toutes les normes internationales. La crise du ciment semble néanmoins avoir d’autres raisons et les transporteurs n’hésitent pas à pointer du doigt ceux qui revendent les bons d’approvisionnement. «Des personnes étrangères viennent quotidiennement nous proposer des bons moyennant un bénéfice très juteux. Qui leur délivre ces bons?», s’interrogent les camionneurs, avant d’ajouter: «Ces bons d’enlèvement représentent des centaines de tonnes et génèrent donc des gains énormes. Ceux qui refusent cet état de fait doivent attendre des jours et des jours avant d’être servis». Ce sont manifestement ces spéculateurs qui ont tissé tout un réseau parallèle, faisant atteindre au sac de ciment de 50 kilos le prix de 500 DA. Et même à ce prix, le ciment est toujours rare sur le marché de la wilaya de Tlemcen, alors que son coût réel est de 230 DA.
La flambée du prix du rond à béton, à 10.000 DA le quintal, et la crise du ciment ont mis les entreprises devant une situation sans précédent. «Depuis la privatisation de cette unité stratégique, une mafia du ciment s’est installée autour, d’où l’urgence de l’intervention de l’Etat pour mettre de l’ordre et réguler ce marché qui reste intimement lié à la réussite de l’ambitieux programme du président de la République, à savoir la réalisation d’un million de logements», déclarent les entrepreneurs qui ont relevé un fait très grave, affirmant que «ceux qui ont acquis la cimenterie de Béni-Saf ont aussi acheté l’énorme carrière». Et d’autres de nous préciser que «la matière première de la carrière, le klinkel, est exportée à partir du port de Ghazaouet vers les pays du Moyen-Orient». Devant le silence des responsables, nous n’avons cependant pas pu vérifier cette dernière information.
Devant cette crise inexpliquée, les responsables du secteur et les pouvoirs publics sont interpellés pour mettre un terme à cette pénurie qui freine déjà l’élan de développement multisectoriel engagé par l’Algérie. Les spéculateurs, de par leurs agissements, font visiblement partie d’un vaste plan consistant à mettre en échec l’ambitieux programme de soutien à la relance économique engagé par le chef de l’Etat. D’où la nécessité impérieuse de neutraliser cette mafia du ciment, un produit hautement stratégique.
B. Soufi
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com