C'est à la faculté de médecine éponyme
qu'est revenu l'honneur d'abriter, lundi dernier, la commémoration du 54ème
anniversaire de la mort du premier médecin martyr, le Dr Benaouda Benzerdjeb
(1957-2011).
Lors de son allocution d'ouverture, le
président de l'Ecolymet le Pr Boumediene Benyoucef soulignera que «fidèle à ses
objectifs, notre association Å“uvre pour la préservation de la mémoire
collective, afin que nul n'oublie (devise de l'Ecolymet, ndlr)». C'est à M.
Réda Benmansour, cousin du Dr Benzerdjeb, par ailleurs cadre à la CAM du
Mechouar, que reviendra l'honneur de retracer, le premier, le parcours du
médecin martyr. Son enfance au quartier de Bab El Hdid, sa scolarité au collège
de Slane, son baccalauréat, ses études à Paris, son installation à la rue
Clauzel, ses activités clandestines (soins, affaire de la ronéo), son
arrestation, son exécution ainsi que les manifestations du 16 janvier 1957,
seront relatés dans le détail. L'orateur ne manquera pas de rendre hommage à sa
grand-mère qui a su «protéger l'intégrité de son fils pour qu'il garde intacts
les bénéfices de son istichhad» (en refusant les divers privilèges proposés).
Dans son intervention, le Pr Mohammed Negadi, universitaire, fera une analyse
pertinente de «l'après Benzerdjeb», soit les répercussions sociales, politiques
et militaires des manifestations des 16, 17 et 18 janvier 1957 (changement
radical des comportements vis-à-vis des colons français, actions subversives,
«levée» de la décision du FLN pour la wilaya V, internationalisation de la
question algérienne, mobilisation de la classe intellectuelle)… Pour sa part,
le Dr Hamidou, ancien militant (interné au camp de concentration de Bossuet),
fera part de souvenirs personnels de ses contacts avec le Dr Benaouda
Benzerdjeb.
A
Tlemcen, lors d'un mariage chez les Mansouri (juillet 1955), à l'occasion de
ses noces à la rue Ferdinand de Lesseps (décembre 1955), à l'hôtel du Quartier
latin, au cercle du Bd Saint Michel à Paris, au Louvre, au château de
Versailles, à l'Opéra (palais Garnier). C'était un intellectuel, un amoureux
des arts et des lettres, témoignera le doyen des médecins qui précisera que le
Dr Benaouda Benzerdjeb était président de l'association des étudiants musulmans
nord-africains. «Ce patriote plein d'énergie a su mettre en accord ses idées
avec ses actes, il a donné sa vie pour le bonheur des autres et envers qui la
mémoire collective a été ingrate, à mon sens», soulignera le rescapé de
Bossuet. Le Pr Boumediene Hamidou (malade), transmettra d'Oran un message via
sa fille le Dr Hamidou Tabet Derraz, dans lequel il brosse le portrait militant
du Dr Benaouda Benzerdjeb : «Ses idées nationalistes l'amenèrent à militer au
sein du MTD et à gérer l'association des étudiants musulmans nord-africains,
dans le local historique du 115 Bd St Michel (resto U) qui vit croître
politiquement et «nutritivement» les élites maghrébines…». M. Abdelkrim Berber,
ancien DSP d'Oran, citant son frère aîné Mohammed, abondera dans le même sens,
lorsqu'il appellera à casser le cliché du «médecin militant» (qui soignait les
moudjahidine, les approvisionnait en matériel de duplication…). «Il faudrait
qu'on considère le Dr Benzerdjeb comme un acteur de la Révolution», invitant
par la même les historiens à retracer authentiquement le parcours nationaliste
du Chahid. Clôturant la série de témoignages, Mme Choumissa Boudghène
Stambouli, ancienne éducatrice, axera son intervention (qui coïncidera avec
l'entrée du ministre Djamel Ouled Abbès dans l'auditorium), sur les qualités
morales et intellectuelles du chahid. Elle lancera, dans ce cadre, un appel
pressant aux jeunes (absents dans la salle) pour s'imprégner de l'épopée de
leurs aînés et apprendre l'histoire de leur pays. En outre, le Pr Amine
Damerdji, agronome, frère du chahid Dr Tidjani Damerdji, ancien voisin du Dr
Benaouda Benzerdjeb, regrettera que la commémoration du médecin martyr, ne fut
plus célébrée, à Tlemcen, depuis 2002, en signalant que d'autres villes avaient
pris le relais, comme Alger, Constantine, Sidi Bel- Abbès. Quant à M. Abdesslem
Tabet Aouel, frère du chahid Touhami, co-auteur de «La bataille de Tlemcen»
(Ecolymet), il reviendra sur les manifestations de 1957 qui ont suivi
l'assassinat du Dr Benzerdjeb. A noter que lors du débat, la question des
circonstances de la mort du chahid Benzerdjeb restera «en suspens». A-t-il été
abattu par balles au douar Hlima (Sebdou), version coloniale, ou bien est-il
mort des suites des tortures dans une ferme à Saf Saf (Tlemcen) ? Le bilan des
trois manifestations de Tlemcen ne sera pas connu, sauf que «les bijoux qui
jonchaient la chaussée, suite à la casse des vitrines des joailliers juifs,
n'ont pas été pillés» (ne pas confondre manifestation politique avec émeute
sociale, semblait-on suggérer, actualité oblige).
Pour information, le Dr Benaouda Benzerdjeb est né le 9 janvier
1921 à Tlemcen, dans le quartier de Bab El Hdid (rue de Paris). Il est mort,
assassiné par la soldatesque française, un 17 janvier 1956 (le gardien du
cimetière Sidi Senouci informa les parents du chahid qu'il avait été enterré
par l'armée vers 5 h du matin, ce jour-là).
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Allal Bekkaï
Source : www.lequotidien-oran.com