En matière d'urbanisme, la ville de Tlemcen pose, depuis quelques années déjà, des problèmes restés insolubles en matière de gestion du bâti et d'occupation de l'espace. Les schémas directeurs d'urbanisme successifs (deux en moins de dix années) y ont apporté des versions schématiques vite dépassées et ce, à défaut d'une vision réaliste et cohérente entrant en jeu toutes les contraintes avec aussi des perspectives. Toujours est-il que la ville de Tlemcen souffre de déficiences qui font que son avenir urbain reste mal défini, et c'est ce qui explique ses nombreux déficits aujourd'hui face à la croissance urbaine qu'elle enregistre depuis ces dernières années. La spécificité des problèmes urbains de la ville de Tlemcen se justifie par plusieurs facteurs: historiques, économiques, géographiques... A Tlemcen, après quelques progrès qui ont agi plutôt dans l'amélioration de la façade de la ville, le pari reste entier et exige un traitement profond et plus approprié des problèmes urbains graves cumulés et cela, depuis plusieurs décennies au cours desquelles, la cité a enregistré une véritable explosion de l'habitat et de la construction. Aux déficits se sont ajoutés d'autres carences relevant de la gestion des besoins en matière, par exemple, de création de parkings, de places publiques dont nombre d'entre elles continuent d'être squattées au coeur même de la ville, d'entretien des espaces... La ville quelque peu figée dans ses problèmes a besoin d'un traitement mieux approprié répondant à la nature diverse à ses épineux problèmes d'urbanisme voire l'occupation des sols, l'aménagement et la construction, l'architecture. C'est quelque peu le fiasco. La société civile a vu aussi, loin de ce qu'on peut espérer, ses espaces d'expression réduit comme peau de chagrin. Aux problèmes spécifiques, il faut aujourd'hui des solutions spécifiques et rationnelles. Au premier rang des problèmes figure sans doute celui des quartiers populaires qui ceinturent la cité, nés des phénomènes de transfert des populations posés dès l'indépendance et même avant avec la paupérisation des campagnes pendant la colonisation. Ces quartiers d'habitat précaire dont certains, de par leur ampleur, sont des ghettos exigent depuis longtemps de meilleures conditions de vie pour leurs habitants. Les projets menés jusque-là pour la résorption de l'habitat précaire ont été sans effets parce que superficiels, étant basés sur un choix plutôt cosmétique donc aléatoire qui tient plus facilement du décorum que de la solution systématique qui exige une réflexion impliquant les compétences mais aussi, une sensibilisation des décideurs politiques pour le financement des opérations. Dans cette ville qui souffre depuis longtemps déjà de sous représentation politique, les élus n'ont jamais pris position sur les questions de déséquilibres sachant bien que gouverner c'est agir. Les déficits sont clairement identifiés. Il s'agit de lutter contre le fléau de l'habitat précaire, d'agir en faveur de la rénovation et la réhabilitation des vieux quartiers, d'user de leur imagination pour l'intégration culturelle des sites et monuments historiques... Dans l'état actuel de nos partis politiques dont la plupart ne sont idéologiquement pas performants encore, le résultat dépend aussi de la société civile et de son rôle qui doit être dynamisé pour l'expression des idées et l'élaboration des choix or, ce n'est pas tout à fait le cas dans cette ville où les décideurs s'accommodent d'un système aseptisé et qui annihile l'esprit d'initiative par la marginalisation des élites. A Tlemcen, le phénomène des constructions incontrôlées a pris des proportions alarmantes. Il y a va certes de l'avenir de la cité qui doit faire face à des choix d'avenir. Les causes de cette situation relèvent de plusieurs facteurs dont l'inefficacité de la politique urbaine et cela en l'absence d'une vision réaliste et cohérente des problèmes. Parmi les causes aggravantes du phénomène de l'habitat précaire, il y a lieu de citer les blocages et les pesanteurs administratives. La bureaucratie et l'incompétence y sont vécus comme un fléau dans cette région. L'urgence est aussi certes de rétablir l'ordre administratif et technique dans ce secteur. Les demandes de permis de construire sont souvent bloquées sans motif réel pendant des mois et parfois plus d'une année dans des services mal gérés sans respect des citoyens soucieux de leurs droits.L'autre aspect des problèmes de la construction et de l'urbanisme dans la ville est celui des quartiers anciens d'un tissu très dégradé aujourd'hui, autour de ses nombreux monuments classés. Là encore se pose aussi un problème de gestion du patrimoine avec toutes ses difficultés et ses exigences. La loi sur le patrimoine attend encore ses décrets d'application et en l'absence d'une visibilité claire, il y a de l'à peu prisme avec les inconvénients d'une situation peu maîtrisée d'où, aussi, la confusion qui existe encore entre les notions tout à fait distinctes de champ de visibilité, de zone de protection et de monument classé. Pour la prise en charge réelle de ce secteur, la situation exige en urgence la définition claire et précise de règles de normalité avec l'élaboration de cahiers des charges et aussi d'outils réglementaires en tant que garde-fous, pour éviter les dépassements bureaucratiques. La plupart des quartiers anciens sont dans un état pitoyable et n'excluent pas à terme leur disparition, et ce sera alors, un dommage irréparable pour la mémoire de cette ancienne capitale qui, pendant près de mille ans, a été au carrefour des grands événements ayant marqué l'histoire politique et culturelle du Maghreb. Les quartiers de Bab El-Djiad, El-Eubbad, Messoufa, Sidi al-Halloui... entrés dans la légende avec les poésies des grands poètes maghrébins et andalous tels Ibn Khamis, Lissan Eddine Ibn Khatib (14ème siècle) et locaux parmi les pères fondateurs dès le 16ème siècle, du genre poético-musical «haouzi» : Saïd Ben Abellah Mandassi, Bentriqui, Ben M'saib, Ben Sahla... ne seront plus que des souvenirs ayant perdu à jamais leurs traces. Dans son ensemble, la vieille Médina de Tlemcen offre aujourd'hui, l'image d'une ville à demie ruinée et abandonnée. Une bonne partie de la vieille Médina est, de fait, protégée car la plupart de ses quartiers sont compris à l'intérieur des zones de protection des 200 m érigées par la loi autour des monuments classés au nombre de plus d'une dizaine au centre de la vieille ville. La zone de protection n'est pas à confondre avec le monument classé qui est la propriété de l'Etat. Cette zone est subordonnée à chaque monument dans le but de protéger son environnement. Pour rendre effective cette protection il faut une politique participative habitants - société civile — pouvoirs publics, spécialistes... Ces quartiers avec leurs masures, leur insalubrité, leur manque d'hygiène et de sécurité dégagent une image forte de misère qui n'a pas encore suffisamment focalisé l'attention des autorités locales sur leur sort.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El-Hassar Bénali
Source : www.lequotidien-oran.com