Tlemcen - Revue de Presse

Tlemcen : Derrière le décor d'une visite présidentielle



Initialement prévue hier vendredi, la visite de travail et d'inspection du président de la République Abdelaziz Bouteflika dans la wilaya de Tlemcen sera, finalement et officiellement entamée, aujourd'hui dimanche, et se poursuivra jusqu'au mardi, a-t-on appris.

Le chef de l'État sera accompagné à cette occasion par quatre hôtes «VIP» qui sont l'ancien président Ahmed Ben Bella (Héros de l'Union soviétique et Prix Kadhafi des droits de l'Homme en 1995 et président, aujourd'hui, du comité international de ce prix libyen, récipiendaire de la «torche de champion» en sa qualité de président du groupe des sages de l'UA), son homologue malien Alpha Oumar Konaré (membre du Haut Conseil de la Francophonie, docteur Honoris Causa de l'Université de Rennes 2, Haute Bretagne et de l'Université libre de Bruxelles, un des membres fondateurs du Collegium international éthique, politique et scientifique), le président de Säo Tomé et Principe, Fradique de Menezes ainsi que l'ancien Premier ministre tanzanien le Dr Ahmed Salim Ahmed (ancien SG de l'OUA et envoyé spécial de l'UA pour le Darfour).

A noter que Ben Bella avait été décoré en mai 2005 par le président Bouteflika du titre honorifique de docteur Honoris Causa, lors d'une cérémonie officielle à l'université Abou-Bekr Belkaïd de Tlemcen. Lors de notre tournée en ville, jeudi dernier, histoire de tâter le pouls de l'ambiance qui y régnait, à la veille de cette visite présidentielle, nous avions incidemment assisté et en live à une «séquence» du scénario des préparatifs de la visite du président.

Toutes sirènes hurlantes, gyrophares allumés, le cortège du wali fort pour la circonstance des services de la présidence, s'arrêta net devant la maison de la Culture, sise en face du Mechouar. Il était 13h45... Visiblement stressé, et au moment où le wali Hadj Abdelouahab Nouri descendait de la Peugeot 607 qu'il conduisait, le portable lui échappa de la main et alla glisser sur le macadam. Et pour cause. Chambardement des plans à priori. La MCT Abdelkader Alloula, qui n'était pas prévue dans le programme d'autant plus qu'elle est en chantier (travaux de rénovation), est retenue pour accueillir la délégation présidentielle, alors que le chef de l'Etat devait prononcer son discours dans l'amphithéâtre flambant neuf du nouveau pôle 2 (UABT) de Mansourah ou au sein de l'auditorium ultra-moderne de la faculté de médecine Dr Benzerdjeb (caserne Miloud), au centre-ville. Des ouvriers (peintres et maçons) étaient affairés pour ne pas dire effarés à l'idée de perdre leur job, devant l'entrée: le portail en fer forgé n'était pas encore peint ainsi que la façade qui était encore «anonyme» (sans enseigne signalétique). Colère et montée d'adrénaline du chef de l'exécutif... «Remuez-vous pardi, enlevez-moi ce bric-à-brac...», tança-t-il le directeur de la Culture et celui de la MCT. A l'intérieur de la salle de conférences Cheïkh Abdelkader Mahdad, c'est le remue-ménage. Une tension était perceptible sur les visages. «Envoyez-nous une vingtaine d'ouvriers, on patauge ici!», criait le wali sur son mobile, probablement à l'adresse du super P/APC Abdennabi Brixi (ou du DAL).

Une partie de la première rangée (soit une dizaine de fauteuils) devait être descellée pour être remplacée par des sièges munis de tablettes et plus «rehaussés» destinés aux VIP. A cet effet, un responsable du protocole de la présidence procéda à une simulation «ergonomique» en se vautrant dans un fauteuil puis demanda à une de ses collègues de s'installer sur la scène pour apprécier le niveau de proxémique (tribune officielle/assistance). S'inquiétant quant au problème de la traduction simultanée (la MCT n'étant pas équipée à cet effet) sachant que les trois chefs d'Etat sont francophones, le premier responsable de la wilaya fut rassuré par le délégué de la présidence qui lui signalera que l'allocution du président sera distribuée dans les deux langues (arabe et français). La position hiérarchisée des VIP a été étudiée avec minutie. Même le risque de glissade sur le sol dallé en pente a été relevé. Rien n'a été laissé au hasard. A défaut d'incident, il ne faudrait pas qu'il se produise d'accident protocolaire.

Le staff «mixte» tiendra un briefing informel à la sortie, devant la maison de la Culture, avant que le cortège ne s'ébranle, en démarrant en trombe, vers une autre destination (point de visite). Mais quelle mouche a piqué les services de la présidence en ciblant un établissement sous-équipé, en l'occurrence la maison de la Culture (en sus en chantier) au lieu des deux autres sites flambant neufs précités? Visiblement les voies du protocole (ou de la sécurité) sont hermétiquement impénétrables pour les profanes que nous sommes.

A propos, Abdelaziz Bouteflika abordera-t-il dans son allocution la question de la révision de la constitution, fera-t-il le bilan de la réconciliation nationale, évoquera-t-il l'affaire du Sahara Occidental (sur le sillage de son homologue sahraoui Mohamed Abdelaziz qui s'exprima, récemment, sur le sujet dans la même salle, à la faveur de la clôture de la caravane nationale de solidarité)?

Une soirée musicale andalouse sera animée à cette occasion (visite) par l'inusable voix du rossignol de l'Algérie, l'inamovible icône de Nedroma Cheïkh Ghaffour, un spécialiste du genre mixte «andalou-gharbi». Par ailleurs, c'est la luxueuse salle de conférences (d'une capacité d'accueil de 200 personnes) de l'hôtel Agadir (ex-Albert 1er) récemment rénové qui abritera le centre de presse.

Des techniciens étaient en train d'installer les PC extra-plats, les fax et les téléphones (18 lignes). Du matériel sous emballage, avons-nous constaté lors de notre passage. Parallèlement se tenait un séminaire sur le mésothérapie.

Les joueurs du club de Constantine qui allait affronter le WAT prenaient leur petit-déjeuner. Ils seront certainement épatés par le gazon naturel homologué dont le stade Akid Lotfi de Birouana vient d'être équipé et qui est inscrit sur l'agenda du président.

«L'hôtel sera réquisitionné dès le vendredi soir pour l'hébergement (70 lits), la restauration (500 couverts) ainsi que le centre de presse (8 PC et autant de fax téléphones), il est réservé à la presse accréditée et tout journaliste ou correspondant ne détenant pas de badge ne sera pas admis dans l'établissement», nous fera savoir le gérant M. Selem Boukli qui semblait bien informé du calendrier protocolaire, en l'occurrence le jour de la réunion avec le responsable du service de presse de la présidence pour la distribution des badges et des dossiers de presse. Suite à cette réquisition et en guise de compensation, le directeur de cet hôtel dût réserver des chambres «extra muros» pour les clients «délogés» pour les besoins de la cause.

A quelques encablures se dresse le complexe «Les Zianides» qui accueillera, pour sa part, les services de sécurité et les officiels. Les chiens renifleurs (détecteurs d'explosifs) seront logés, comme à l'accoutumée et pour des raisons de commodité dans la discothèque insonorisée de l'hôtel.

Le palais de Mansourah sera appelé à la rescousse. La résidence de la wilaya du boulevard Colonel Lotfi offrira, quant à elle, son hospitalité à l'illustre hôte et aux VIP qui l'accompagnent. On ignore si le président se prêtera au traditionnel bain de foule de Bab Wahran-Tafrata d'autant que le souvenir du sanglant épisode de Batna est encore vivace dans l'esprit de sa garde rapprochée. Au niveau de la wilaya, le cabinet du wali et le secrétariat général ainsi que le parc auto (dont un convoi se préparait à partir, dans ce cadre, en mission) étaient en effervescence. Un accès de fièvre téléphonique s'empara des responsables locaux et les instructions ne cessaient de pleuvoir. Les audiences «utiles» (officielles et populaires, celles des organisations de masse) battaient leur plein. Du côté de la cellule de communication, aucune information n'a filtré sur la date, ni le programme de visite; cette prérogative relèverait du service de presse de la présidence, argue-t-on.

Mobilisés H24, des agents communaux s'affairaient le long de la route menant à la zone industrielle, à hauteur de Sidi Saïd. Qui nettoie les bas-côtés, qui badigeonne les arbres, qui colmate les nids de poule. Ce sont là les exigences d'un décor protocolaire. Des souvenirs d'enfance viendront immanquablement cogner à la vitre blindée de la voiture officielle lorsque le cortège présidentiel passera par là, c'est-à-dire à quelques encablures de la maison paternelle de Bouteflika (Terfous).

A l'entrée de la ville, superbement décorée, c'est la même fièvre laborieuse malgré la pluie et des vents violents. A Chetouane, au niveau du rond-point, c'est le branle-bas de combat. Le chef de parc de la commune était dans tous ses états. Deux portraits géants de Bouteflika, version campagne, agrémentés de la Grande mosquée, géographie (toponymie) oblige, trônaient à l'entrée du nouveau lycée qui n'est pas encore baptisé mais qu'on localise par le qualifiant «El-djadid».

Un hélicoptère militaire de reconnaissance tournoyait dans le ciel, survolant la ville.

Un balayage sécuritaire préventif. «Tayara! tayara!» (même s'il s'agissait de «nefafa»), criaient des enfants qui jouissaient de ce spectacle aérien inaccoutumé. Ces mêmes bambins seront peut-être «invités» à déclamer des vivats pour la circonstance, le long du parcours urbain de l'illustre hôte: «Tahia Bouteflika! tahia Bouteflika»...

Quant à la météo, elle semble garder le cap: pluie et vents forts. Une réédition, à priori, de la visite pluvieuse et brumeuse de mai 2002. Comme la météo commençait à faire des siennes au deuxième jour de cette visite «unique (un précédent météorologique sous l'angle sécuritaire, notamment le paravisibilité) dans les annales protocolaires» (dixit un membre de la présidence), Bouteflika dut troquer son manteau en cachemire contre une djellaba en «oubar» (poils de chameau).

Les membres de la délégation (sécurité et officiels) recevront un lot de parkas, style para, de la part du secteur militaire. Un confrère attentionné offrira (cédera) son parapluie à M. Yazid Zerhouni qui ne s'en formalisera pas. Aussi, si «la crainte est un sentiment, la prévoyance, elle, est une opération de l'esprit», nous rappelle sentencieusement Joseph Joubert... En tout cas, après une nuit pluvieuse (jeudi), un vent violent qui risquerait de défaire le décor planté mais qui n'arrive pas, en revanche, à étouffer les hululements des sirènes déchaînées, souffle sur la ville, ce vendredi matin, au moment où nous rédigions ces lignes...


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)