La bataille des fermes, cinquante ans plus tard
Le 22 septembre 1956 est une journée jalon pour la Révolution nationale et une date phare pour la mémoire collective dans la lutte contre la colonisation.
Symboliquement, elle représente l’un des premiers actes de guerre sur le terrain économique face à l’occupant. C’est sous la conduite d’un jeune révolutionnaire, Benaoum Lahcen dit Si Abdel Illah que des attaques seront menées, en ce début d’automne, contre les fermes des colons de la plaine de Tighennif. Benaoum Lahcen avait le grade de commandant en chef de la zone 7 de l’historique wilaya V. Pour déterminer les objectifs qu’il s’était fixés Benaoum Lahcen, se fera assister par Kaïd Tahar, un enseignant d’El Bordj, militant de la cause nationale et membre actif du FLN. Cet instituteur venait d’Alger d’où il a été expulsé par l’administration coloniale pour «activisme subversif». Si Abdel Illah formera un groupe de cinq révolutionnaires avec Trari Amar Abdelkader, Abbou Daho dit Si Mahmoud, Hadj Keddari Medjahed et Benaoum Bachir dit Abdelaziz. Et avec le soutien des cellules de l’Organisation civile du FLN, ce groupe s’assigne pour mission l’élargissement des actions à travers toute la région. Ils aménageront des casemates et collecteront l’argent des cotisations. Constatant que la situation dans la zone 7 était maîtrisée, les responsables de Si Abdel Illah lui feront parvenir de nouvelles instructions. Il lui sera demandé de se rendre dans la wilaya de Sidi Bel-Abbès, Djebel Tlemcen pour y rencontrer le commandement de l’ALN. Sur place, il sera procédé à la sélection des armes destinées à l’opération de la zone 6, ensuite on s’entendra sur l’itinéraire devant être emprunté par les djounoud pour se diriger vers le lieu de l’attaque. Quelques jours plus tard, les éléments de l’ALN reçoivent l’ordre sous le commandement de Si Abdelkader, de rejoindre la région. Les responsables de la zone devaient renforcer les rangs de l’ALN de 15 éléments de l’organisation civile pour le transport des armes et servir de guides. Cependant, un fait inattendu surviendra à hauteur de Sfisef, l’armée coloniale qui avait reçu l’information concernant le déplacement de l’ALN, organisa de suite un ratissage. Les Moudjahidin se verront alors contraints de dissimuler les armes et les munitions avant de se disperser à travers le maquis, mais une partie de ces armes fût découverte par l’armée française. De nouveau rassemblés, les éléments de l’ALN décident de continuer leur route vers Béni Chougrane, plus précisément à la maison de Si Daho dit «Momo» près de Mascara. Dans ce repaire demeuré secret jusqu’à l’Indépendance, ils passeront une nuit avant de rejoindre la plaine de Ghriss. Pour poursuivre leur marche sur douar Trara, près de Tighennif, où ils sont accueillis chez Ammar Abdelkader Trari, passent une nuit et se dirigent vers douar Deraouche pour se maintenir dans une cache d’Ouled Sidi Ahmed Bachir, base de l’opération. Ils écouleront deux journées consécutives pour récupérer et procéder aux dernières retouches du plan. La préparation de l’opération se résumera à l’éclatement de la compagnie de l’ALN aux trois sections. L’attaque avait pour cible les fermes des colons, sources de revenus pour l’économie française, la première section resta à Ouled Sidi Ahmed Bachir, sous les ordres de Belghezal, la deuxième section partit vers douar Ouled Khamsa sous les ordres de Si Medjdoub, la troisième se rendit à douar Sidi Safi, à l’Est chez Mokhtar Fatmi dit «Blindé», sous les ordres de Yakdoumi dit Lazreg. Les différents pelotons, élargis aux fidayine de l’Organisation civile, encadrés par deux ou trois éléments de l’ALN se sont, à leur tour, subdivisés en plusieurs groupes. Chaque peloton avait une ferme comme objectif. L’opération fut déclenchée le 22 septembre à 22 heures. Les brasiers de feu étaient visibles à des kilomètres à la ronde. Le message adressé ainsi à la France coloniale était, on ne peut plus clair. Désormais, les colonisateurs allaient devoir revoir leurs cartes.
B. Boudjellel
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com