Tlemcen - A la une

Souffrance, combat et défis



Souffrance, combat et défis
En 2011, on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Aujourd'hui, elle mène des campagnes de sensibilisation. Elle veut transmettre aux malades son expérience et leur réapprendre à vivre. Amaria Boudia veut donner le bon exemple?«Je cherche un réalisateur ou un cinéaste pour adapter ma vie dans un film ou un feuilleton. Je lance un appel à toute compétence cinématographique.» Sans doute qu'un bon cinéphile proposera courage comme titre à son film. Amaria Boudia, 60 ans, est une femme qui résiste et qui donne une vraie leçon de courage.Elle est Tlémcenienne, mais nous l'avons rencontrée à Blida. Les clés de sa voiture en main, elle est arrivée la veille pour nous rencontrer. Pas du tout fatiguée par la route, mais surtout enthousiaste de raconter son quotidien de cancéreuse qui ne combat pas seulement la maladie, mais aussi contre le désespoir et l'impuissance qui pourraient exister chez d'autres femmes atteintes du cancer du sein. Elle ne parle pas de la souffrance...elle raconte, avec des pauses d'éclats de rire, sa vie plein d'aventures et d'obstacles.Coquette, comme elle est passionnée de couture, elle porte un hidjab qu'elle a elle-même confectionné avec un foulard assorti. «Parlez-nous de votre cancer», avons-nous demandé. «Lequel ' Je commence par les premières tumeurs diagnostiquées dans les années 1980 ou voulez-vous seulement qu'on évoque le cancer du sein, à l'occasion d'Octobre rose '» C'est en 1986, alors âgée de 31 ans, qu'on découvre à Amaria des tumeurs au niveau des nerfs sympathiques. Elle subit six interventions chirurgicales en une année. Elle rechutait tous les deux mois. Des AVC à répétitions, au moins une fois par an.Mère de deux filles et d'un garçon, grand-mère de sept petits-enfants et bientôt arrière grand-mère, dans la journée, elle n'a pas de repos, elle n'a pas le temps pour être malheureuse ou triste. Sa devise de la vie : «C'est à la plaie de s'adapter à mon rythme et non pas le contraire. Après chaque intervention, je reprends mes activités physiques». Les mardis, jeudis et samedis, rendez-vous avec d'autres femmes atteintes de cancer, particulièrement du sein. Direction : Lalla Setti à Tlemcen.Au stade, à la salle de sports ou encore dans un espace vert, elles s'adonnent à des activités sportives. Premier conseil : «Le sport est très important aux femmes atteintes de cancer ou simplement déprimées. Il faut avoir la force et le courage d'en faire.» Amaria a réussi à regrouper plusieurs femmes pour faire du sport grâce aux campagnes de sensibilisation qu'elle mène. Lors de ses rendez-vous en oncologie, elle tente de convaincre les femmes d'y adhérer. Mission accomplie. Elle crée alors en 2012, après plusieurs tentatives, la section Sport et santé pour toutes les maladies, sous la couverture de l'académie sportive.ConscienceC'est en 2011 que le cancer de sein est diagnostiqué chez Amaria. Une annonce qui normalement fait s'écrouler le monde, mais elle, c'est une femme debout, qui affronte le mal encore une fois. Malgré les différents examens, la chimio qui fait tomber les cheveux, les produits qui déforment le visage et l'hôpital qui devient un passage obligé, la femme reste forte. Les douleurs sont seulement physiques, elle est convaincue que seul «le destin peut nous tuer». «Kolchi bel mektoub.» D'ailleurs, elle insiste pour un autre conseil : «Je tiens ma force du Coran. Je conseille toute femme, à tout malade de se rendre à Dieu, Seul Puissant qui peut nous aider.» Aide ' Elle ne lui parvient de personne, au contraire, la maladie a signé la fin de ses mariages.Son dernier mari ne lui a même pas rendu visite à l'hôpital. Pas fragilisée, elle sort de sa chirurgie du cancer du sein, elle rejoint ses trois enfants. Son mari ne cherche pas après elle. Une volonté de réveiller les consciences : «Autre conseil aux femmes cancéreuses du sein : ne pas céder, ne pas être fragilisée si leurs maris les abandonnent. Vivez votre vie, soyez fortes et heureuses. Vous savez tous que la faiblesse de la femme est lorsqu'elle est rejetée par son mari. Aux hommes, alors, de ne pas abandonner leurs épouses à cause de la maladie.».Après le traitement qu'elle subi dans les années 1990 suites aux autres tumeurs et complications, Amaria ne vit pas dans l'inquiétude d'une rechute, mais dans le désir de changer des choses dans sa vie. Elle change sa vie. Après avoir été depuis son jeune âge dans la confection, elle décide de reprendre les études. Trois mois dans un centre de formation professionnelle à Tlemcen et trois autres mois dans un autre à Birkhadem, à Alger. Elle se déplaçait à l'époque avec des béquilles, à cause de ses premières interventions aux membres inférieurs. Résultat : un diplôme de technicien supérieur de tailleur pour homme.ChocEncore plus attachée à son autonomie, elle devient enseignante dans un centre de formation professionnelle à Tlemcen. Elle crée l'association de protection de patrimoine et de tradition El Assala en 1996, dont elle est encore présidente. Puis en 1999, elle réalise un rêve : elle ouvre un restaurant typiquement tlémcénien à El Machouar. Amaria croque la vie, reprend sa santé. Dans ce restaurant soigneusement entretenu, les invités de marque défilent. En 2010, une décision du ministère de la Culture tombe : récupérer les lieux. Aujourd'hui, c'est devenu le Centre de préservation du costume traditionnel.Un choc. C'est alors qu'elle découvre son cancer du sein. «J'ai vu ce restaurant naître, je l'ai vu grandir et j'ai vu sa réussite, lorsque la décision est tombée, on dirait que j'avais perdu un de mes enfants. C'était un bien qui honorait toute l'Algérie.» Même si le restaurant est perdu, elle tient tête à Khalida Toumi, à l'époque ministre de la Culture, sur plusieurs points du patrimoine. Amaria est aussi connue pour avoir tenu tête à l'ancien wali de Tlemcen. Elle ne recule devant rien. Elle n'a peur de rien, mais surtout elle défend toute les causes.En 2012, elle se rend à La Mecque, même si son médecin le lui avait interdit car elle présentait une métastase au niveau du col de l'utérus. De retour en Algérie, pas de complication et la tumeur n'évolue pas ; la chimio ne s'impose donc pas. Depuis 2013, elle fait chaque année une omra. «C'est une période qui passera. C'est aux femmes de gérer leur vie et leur stress.» Depuis des années, elle se rend à Biskra pour consommer du lait de chamelle. «Je veux faire profiter les autres malades des bienfaits de ce lait mélangé aux urines de chamelle.Nous sommes alors partis à Biskra le week-end dernier en bus.» Ambiance assurée. Eclats de rire, blagues et confidences. Entre femmes, pas de place pour l'angoisse ou les discussions sur la maladie. Arrivées à Biskra, un déplacement qui deviendra désormais une habitude, les femmes se donnent rendez-vous à Zriba. La formule en question est servie fraîche. Résultat garanti : un lavement extraordinaire de tout le corps.Le lait de chamelle est beaucoup plus léger, moins épais et moins gras que le lait de vache. Il agit aussi, affirme Amaria, sur l'ostéoporose, une maladie silencieuse où une diminution de la masse osseuse et une détérioration de l'architecture interne du tissu osseux rendent les os plus fragiles et augmentent le risque de fractures. La majorité des femmes ayant eu un cancer en souffrent. Amaria donne un autre rendez-vous pour une campagne de sensibilisation à Tlemcen.
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